déjeuner à l’hôtel Meurice vendredi, 20 février 2026

Alors que je connaissais l’hôtel Meurice depuis de longues années, c’est lorsque Yannick Alléno est devenu chef au restaurant de l’hôtel Meurice que j’ai fait des dîners en cet endroit. Ces dîners se sont arrêtés lorsque Yannick Alléno est devenu chef au Pavillon Ledoyen car je l’ai suivi en ce lieu où j’avais fait de nombreux dîners avec Christian Le Squer.

Lors de la réunion de Primum Familiae Vini qui a eu lieu au Grand Palais, j’ai eu le plaisir de rencontrer Pascal Billard Directeur de l’hôtel Meurice et nous avons discuté de l’idée de faire certains de mes dîners en ce lieu chargé d’histoire. Un rendez-vous à déjeuner est pris.

La gestion de la circulation des voitures sur la rue de Rivoli est probablement la plus ridicule de toutes les capitales du monde. Lorsque je me présente à la réception une jeune femme me dit : bonjour Mr. Audouze. Je lui demande comment elle me connaît. Elle me dit qu’ayant vu que je déjeunais avec son directeur, elle a voulu savoir de qui il s’agissait. Cette attention m’a plu.

Je descends dans ce qu’on appelle la salle à manger de la direction. C’est une pièce noire avec un éclairage étonnant et une belle table ovale pour une dizaine de personnes. Je suis accueilli par Olivier Bikao, directeur du restaurant Le Meurice Alain Ducasse, par Amaury Bouhours le chef exécutif qui a travaillé au Louis XV et au Plaza Athénée et a deux étoiles au Meurice et par Gabriel Veiddaire directeur de la sommellerie, que j’ai connu au restaurant Guy Savoy.

J’ai apporté deux vins pour ce repas, notamment pour les faire goûter au sommelier et à son équipe, afin qu’ils voient des exemples des vins que je mets dans mes dîners. Bien évidemment j’ai choisi des vins qui ne sont pas ceux que tout le monde connaît. Je les ouvre devant le sommelier et le directeur du restaurant. Malgré des déchirures des deux bouchons, aucun morceau de bouchon ne tombe dans le vin.

Le repas qui va se dérouler est d’un niveau assez impressionnant. Je ressens la patte d’Alain Ducasse et une intelligence certaine. Ce qui m’impressionne, ce sont les textures et les mâches. Nous aurons : chou rave – géranium / endive – truffe noirs / crevette – pomelos / bulot, menthe, cactus / tartelette, œuf confit, caviar, raifort / huître ‘la Laurène’, kiwi, gin tonic / petit pâté chaud de perdreau et foie gras, salade amère / homard bleu croustillant, navet, mole végétal, combava / chevreuil rôti, seiche, oseille, caviar Kristal / gousse de vanille de Madagascar.

C’est manifestement élégant, réfléchi et remarquablement exécuté. Les clients du Meurice, comme ceux du Plaza Athénée ou du Louis XV de Monaco veulent ce type de cuisine bien construite.

Le Pouilly Fuissé De Moucheron & Cie 1957 est d’une jolie couleur d’un bel or et d’un parfum assez riche mais peu puissant. En bouche ce vin bien équilibré est près plaisant. Ce n’est pas un vin puissant mais il a suffisamment de subtilité pour être aimé.

Le Volnay Santenots Hospices de Beaune Drouhin Cave de la Maison Poulet Père & Fils 1957 est lui aussi un vin qui ne joue pas sur la puissance mais sur une belle subtilité. C’est un élégant compagnon de cette belle cuisine.

L’accueil que j’ai reçu dans ce lieu est sympathique et attentif. Je serai très heureux de faire de grands repas car c’est un lieu privilégié. Je ne peux que remercier mes hôtes de ce grand moment avec des personnes attentives, qui représentent la qualité de la cuisine et de l’art de vivre à la française. Bravo et merci à partager avec vos équipes.

308ème repas au restaurant Pages jeudi, 19 février 2026

Un ami fidèle de mes dîners me demande d’organiser un déjeuner pour cinq personnes selon le principe de mes repas. Ce sera le 308ème repas de wine-dinners. J’arrive au restaurant Pages pour ouvrir les vins du repas, auxquels j’ai ajouté les deux vins ouverts la veille, un Krug Grande Cuvée étiquette couleur bordeaux et un Echézeaux du domaine de la Romanée Conti 1961.

L’ouverture des vins est sans histoire. Les convives sont un ami fidèle et son épouse que je ne connaissais pas et un couple de leurs amis que je ne connais pas non plus. La conception du menu est faite avec mon ami et le chef Ken ainsi que Pierre-Alexandre, directeur de Pages. Ce sera : carpaccio de sériole / poisson maigre à la sauce au vin rouge / veau et carottes blanchies / wagyu / tarte Tatin.

Le Champagne Salon 1999 avait eu un pschitt fort sympathique à l’ouverture par Pierre-Alexandre. Il est brillantissime, vif, fringant et dynamique. A côté de lui je suis content d’avoir ouvert le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette bordeaux, car nous pouvons comparer deux styles très différents et très complémentaires. Le Salon est un guerrier, le Krug est un aimable compagnon, accueillant, raffiné et rassurant. C’est le Salon qui est le plus vibrant avec le poisson cru.

Le Château Mission Haut-Brion 1948 avait un niveau à mi épaule, et une belle couleur. Le parfum à l’ouverture m’avait rassuré sur sa qualité. L’accord avec le poisson est pertinent. Le vin est solide, serein, équilibré, très dogmatique. Il est rassurant, profond et long. Un vin noble et de plaisir.

Nous allons boire maintenant deux vins de la Romanée Conti. En premier, le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988 au niveau parfait, au bouchon parfait et au parfum révélant déjà la complexité du vin. Sur le délicieux veau, le vin délivre un festival de saveurs raffinées. Le vin est riche mais surtout élégant, à la magnifique rémanence en bouche.

A côté de lui, l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961 est plus lourd, plus charpenté mais j’adore sa richesse. Et il va briller sur le wagyu, révélant une force et une cohérence qui sont exceptionnelles. Le fait que ce vin si blessé soit nommé premier par un des convives grâce au wagyu est quelque chose qui me ravit : même le plus blessé des vins peut trouver un moment de grâce pure.

Pierre-Alexandre était allé avec Victor le pâtissier acheter des pommes pour préparer la tarte Tatin que j’avais suggérée. Quel restaurant ferait cela aussi spontanément ? La tarte Tatin est très bonne mais un peu trop sucrée. Le Château d’Yquem 1988 était mon préféré de la trilogie 1988, 1989, 1990. C’est l’Yquem que j’ai bu le plus des 107 millésimes d’Yquem que j’ai bu. Il est solide, parfait, cohérent, rond et de grand plaisir. Un Yquem qui marquera l’histoire.

Nous ne sommes que cinq avec six vins mais nous allons voter. Le Grands Echézeaux 1988 a trois votes de premier, la Mission 1948 et l’Echézeaux ont chacun un vote de premier.

Le vote de l’ensemble de la table est : 1 – Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988, 2 – Château d’Yquem 1988, 3 – Champagne Salon 1999, 4 – Château Mission Haut-Brion 1948.

Mon vote est : 1 – Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1988, 2 – Champagne Salon 1999, 3 – Château d’Yquem 1988, 4 – Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961.

L’ambiance fut extrêmement sympathique. L’implication de toute l’équipe du restaurant Pages est exemplaire. La performance d’un vin blessé de la Romanée Conti est pour moi la surprise la plus belle, car il faut toujours donner sa chance à un vin, tant les surprises sont étonnantes.

déjeuner à la maison avec un vin incertain mercredi, 18 février 2026

Un de mes fournisseurs m’a proposé un lot de 18 vins anciens dont beaucoup ont des niveaux bas. Le prix proposé m’a poussé à acheter ce lot car j’ai confiance dans la technique de l’oxygénation lente qui permet à des vins de bas niveaux de ressusciter. Et si cela ne marche pas pour tous, il suffira de quelques uns pour justifier cet achat.

Ma fille cadette vient déjeuner à la maison ce qui me donne l’occasion d’essayer une des bouteilles de ce lot, un Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961 dont le niveau est environ à 15 centimètres sous le bouchon, ce qui est très bas. Je ramène la bouteille à la maison pour l’ouvrir demain.

Le lendemain matin je remonte la bouteille de la cave et je constate que le bouchon a glissé et baissé de presque cinq centimètres et qu’il pourrait tomber dans le vin ce qui serait très désagréable, car le bouchon me paraît très sale. J’incline la bouteille et avec un calme « olympien », j’arrive à remonter le bouchon qui aurait pu chuter à chaque geste. Il remonte entier. Le goulot est très sale et le vin sent mauvais.

J’ai tellement vu de vins de la Romanée Conti ressusciter bien qu’étant aussi sales et qui sentent mauvais que j’espère une bonne nouvelle.

J’ouvre aussi un Krug Grande Cuvée à l’étiquette de couleur bordeaux qui doit doit être composé de vins des années 80 et début des années 90. Un pschitt sympathique accompagne l’extraction du beau bouchon.

Pour le déjeuner, nous commençons par un caviar Baeri de Kaviari qui fait briller le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette bordeaux. La bulle est très active et le parfum du champagne est magique. Au goût, je suis conquis car ce champagne est d’un équilibre idéal et d’une complexité extrême. C’est un très grand champagne. Alors que je suis un fervent admirateur des deux premières génération du Krug Grande Cuvée, aux étiquettes de couleurs olive pour la première génération et crème pour la seconde, je suis surpris que ce Krug plus jeune soit aussi grand.

Sur un délicieux poulet, je sers l’Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1961. Le nez s’est nettement amélioré mais n’est pas encore parfait. En bouche, le vin est très dense et épais. Il est gourmand et son finale manque un peu de précision. Je suis plutôt satisfait de le boire et ma fille beaucoup moins. Je continue à le trouver agréable à boire, même s’il est dense et épais plus que ne devrait être un Echézeaux.

Une délicieuse tarte aux prunes est accompagnée par le Krug qui profite de l’acidité des fruits.

Ayant prévu le lendemain un déjeuner, je garde ces deux vins qui sont environ arrivés à la moitié de leur volume.

Dîner avec de grands Richebourg vendredi, 13 février 2026

Des étudiants de grandes écoles participaient aux concours des grandes écoles européennes de dégustation à l’aveugle. Nous nous sommes rencontrés et avons souvent profité de la confrontation de nos impressions et sensations. Nos apports en vins se sont faits aussi en échangeant nos visions. C’est toujours un plaisir de bâtir avec eux un programme. Ils avaient annoncé un grand Richebourg. J’ai eu l’idée d’une confrontation de trois Richebourg de vignerons qui ont marqué l’histoire.

Nous dînerons au restaurant Pages. J’y suis allé pour ouvrir les vins à 18h, rejoint par l’un des amis. Fatigué par une semaine anormalement chargée, j’ai utilisé les notes d’un des convives en les retouchant à ma façon, mais je n’ai pas fait beaucoup de changement car nos impressions ont été identiques.

Le menu élaboré par le chef Ken est: amuse-bouches / carpaccio de wagyu / déclinaison orange (carotte, butternut, orange et pamplemousse) / Saint-Jacques et cheveux d’ange / homard et bisque / poularde de Culoiseau / viande de Sallers, normande et wagyu / glace à la truffe, petit sablé et caramel / financiers

Le Champagne Charles Heidsieck Diamant Bleu 1961 est difficile à ouvrir. Le bouchon vient en plusieurs morceaux. Le vin a besoin d’air. Servi en premier, il est aimable avec un tranchant surprenant pour son âge. Il n’a plus de bulle, mais il accueille à merveille le Wagyu cru et la crevette relevée avec le citron vert.

Le Bâtard Montrachet Charles Viénot 1961 est une très heureuse surprise, car tout en lui est accompli. Ce vin est un roc, il est solide et puissant. Il a de l’alcool, de l’amertume, et même quelques sucres qui laissent à penser qu’il est né plutôt demi-sec que sec. Il accompagne à merveille la Saint-Jacques.

Le Richebourg Charles Noëllat 1942 est d’une délicatesse infinie, il est léger et aérien. Le homard renforce son côté sauvage et son poivre. La poularde le fait faiblir, et la viande de Sallers l’excite et le fait virevolter. C’est un vin romantique.

Le Richebourg Charles Viénot 1945 est tout l’inverse, c’est un bloc monolithique qui ne se laisse pas approcher facilement. Son nez est austère et sa bouche est plus courte. En revanche, ce vin est d’une densité forte, et il est résolument terrien. Il vit bien avec la poularde, mais c’est avec la viande normande qu’il s’élève prodigieusement. Un vin baroque et très sérieux.

Le Richebourg Domaines Gros-Renaudot 1962 est bouleversant. Il est au sommet de la Bourgogne, on ne saurait lui trouver de défaut. Tout en lui est accompli, et son classicisme impose le respect. Il s’épanouit avec tous les plats, mais c’est avec le Wagyu qu’il s’envole vers d’autres cieux.

Avoir trois Richebourg aussi disparates est passionnant. Le 1942 fragile et émouvant, le 1945 solide et conquérant et le 1962 d’une perfection absolue. Quel bonheur !

Nous ouvrons le Champagne G. H. Mumm & C° Rosé 1979 dont la qualité est très supérieure à ce qu’on pourrait attendre. Le vin est cohérent, sa bulle est grande, il ne fait pas son âge. Il est accompagné d’un petit prédessert, une glace à la truffe, qui le complète très bien. On ne l’attendait pas à ce niveau.

 

Le Fougueyrolles appellation Haut-Montravel Dordogne 1900 est un vin paysan, dur et quelque peu fatigué. A l’ouverture, c’est l’alcool qui domine, et le vin a mangé tous ses sucres. Le financier lui fait du bien et le rend bien plus aimable. Il sera infiniment meilleur demain.

Le repas se finit par une curieuse surprise : un thé Oolong Pu Erh datant de 1992. C’est un univers dans lequel nous n’avons aucun repère, mais il permet de clore merveilleusement ce diner.

Mon classement serait : 1 – Richebourg Domaines Gros-Renaudot 1962, 2 – Richebourg Charles Noëllat 1942, 3 – Bâtard Montrachet Charles Viénot 1961, 4 – Champagne Charles Heidsieck Diamant Bleu 1961, suivis du Richebourg 1945 exaequo avec le Mumm rosé 1979.

Chacun des vins avait une histoire à raconter, et tous étaient porteurs de grandes émotions. Ces dîners inter-générationnels sont enrichissants.

307ème dîner au restaurant Pages jeudi, 12 février 2026

Le soir même je vais retrouver un couple de deux turcs d’Istanbul pour un dîner. Ils s’étaient inscrits pour un de mes dîners et comme j’ai été très occupé par des sujets qui n’ont rien à voir avec le vin, je n’ai pas pu constituer une table entière et j’ai repoussé la date du dîner. J’ai senti au téléphone une tristesse profonde, car ils voulaient à cette date proposée fêter un anniversaire important.

Je leur ai alors proposé de faire un de mes dîners, mais pour trois. Ils étaient heureux que je m’adapte à leurs désirs. Ce sera le 307ème dîner au restaurant Pages.

Je suis sur place à 18 heures pour ouvrir les vins et j’ai bâti une menu correspondant aux vins avec le chef Ken et le directeur Pierre-Alexandre. Aucun bouchon ne m’a posé de problème et les parfums sont encourageants.

Le Champagne Krug Private Cuvée années 60-70 fait partie d’un lot que j’avais acheté, dont toutes les bouteilles se sont montrées parfaites, malgré une présentation avec des étiquettes souvent déchirées. Ce Krug a fait un pschitt à l’ouverture ce que je trouve passionnant pour un champagne aussi âgé. Le champagne est élégant, précis et raffiné. Un grand champagne aristocrate. Nous le buvons avec un carpaccio de sériole.

Pour le carpaccio de wagyu, je fais servir le Château Laville Haut-Brion 1975 à la couleur très jeune. C’est un vin très puissant, tranchant et pénétrant comme un couteau et d’une grande longueur. Ce vin blanc fait si jeune qu’on pourrait lui donner moins de vingt ans alors qu’il en a cinquante ! C’est un grand vin expressif. Le poisson qui accompagne le vin a une sauce un peu lourde mais la coque donne une fraîcheur marine idéale qui donne un coup de fouet au vin.

Le Chambertin Grand Cru Louis Latour 1955 est d’un charme certain. Il paraît jeune et lui aussi sans âge. Sa subtilité élégante a le charme des grands chambertins. Le homard à la sauce intense crée un bel accord qui surprend mes convives. L’accord avec le wagyu est beaucoup plus naturel mais les deux plats montrent des facettes qui se justifient.

Le Château d’Yquem 1976 n’était pas mon choix initial mais le désir de la charmante stambouliote. Il d’un grand classicisme généreux et parfait.

Depuis des années j’avais partagé en fin de repas avec des convives une Fine de Mouton que j’avais achetée dans une boîte portant la mention : Fine de Mouton Cave personnelle de Philippe de Rothschild. Ce couple aura eu l’occasion de boire les dernières gouttes de ce bel alcool dont il ne reste rien et dont je n’ai pas d’autres exemplaires.

L’ambiance de ce dîner à trois a été extrêmement chaleureuse. Lorsqu’ils ont quitté le restaurant et qu’il me restait à ranger toutes mes affaires, les personnes des trois tables voisines ont demandé à ce que l’on fasse des photos d’eux avec moi. Cette célébrité éphémère a fait plaisir au personnel éronné du restaurant Pages.

Mes deux convives ravis vont demain célébrer leur anniversaire au restaurant Plénitude. Ils se sont inscrits au dîner que je ferai au mois de mai. Voilà une belle soirée.

déjeuner dans ma cave jeudi, 12 février 2026

Des amis avaient organisé chez eux des concerts de jazz où nous sommes allés. Nous ne nous étions pas revus depuis une dizaine d’années. Elle m’appelle car elle voudrait organiser des événements marquants pour l’anniversaire de son mari. Après avoir discuté, nous décidons que ce sera un déjeuner dans ma cave avec des vins que je choisirai. L’amie fera des emplettes simples que nous que nous avons définies ensemble.

Je vais chercher mes amis à la plus proche station du RER. La visite de ma cave est toujours une grande surprise. L’amie arrange les plats avec ma secrétaire et nous prenons place dans la grande salle où reposent des milliers de bouteilles vides que j’ai gardées pour le souvenir et le témoignage.

Il restait du Champagne Mumm René Lalou 1969 que j’avais ouvert il y a deux jours pour une journaliste venue me voir ici. Il a encore une belle cohésion et un goût plaisant.

J’ai choisi de le faire suivre par un Champagne Mumm Cordon Rouge 1973. Il fait beaucoup plus jeune et se montre plus fringant. Il surpasse le René Lalou ce qui n’était pas envisageable a priori. Mais 1973 est une grande année en champagne ce que ne savent pas ceux qui se fient à la valeur des vins de Bordeaux.

Le Bonnes-Mares Domaine Comte Georges de Vogüé 1980 avait un niveau très satisfaisant de 4 centimètres sous le bouchon qui est venu facilement, très propre et entier. Ce vin est tout en délicatesse. Quelle élégance. On a pour lui de l’amour courtois. Il montre en quoi le vin de Bourgogne, dans sa noblesse, a un charme inégalable. Mes amis sont totalement ravis.

J’avais envisagé de servir le reste du Châteauneuf-du-Pape Clos de l’Oratoire des Papes 1971 ouvert il y a deux jours, mais cela ne m’est pas apparu pertinent. Nous nous sommes quittés pleins de joie, avec l’envie de nous revoir.

déjeuner dans ma cave mardi, 10 février 2026

Lors d’une conférence faite à l’ambassade parisienne du Portugal, j’avais rencontré une journaliste qui m’a proposé d’écrire un article sur ma passion des vins anciens. Je la reçois à déjeuner dans ma cave.

Après la traditionnelle visite de cave nous allons déjeuner dans la grande salle où sont exposées des milliers de bouteilles que j’ai bues. Le menu est simple : pâté de tête, pâté en croûte, brillat-savarin et tarte aux pommes.

J’aime beaucoup le Champagne Mumm René Lalou 1969 pour plusieurs raisons. J’aime la jolie bouteille de ce champagne dont le modèle a été vendu à Vranken et que Mumm ne peut plus utiliser. J’ai au moins dix fois suggéré à Mumm de le racheter. A ce jour ma suggestion n’a pas été retenue. La deuxième raison d’aimer ce champagne est directement liée à son excellence. C’est un champagne cohérent et qui vieillit bien. Celui-ci est un peu ambré. Il a une expression conquérante et joyeuse.

Il restait du Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 Australie 2011 bu il y a trois jours avec Peter Gago. Le vin est puissant, long et pénétrant et a gardé toute sa vigueur.

J’ai ouvert un Châteauneuf-Du-Pape Clos de l’Oratoire des Papes 1971. Quel beau vin, tout en élégance. Il domine avec évidence le trio de vins, grâce à un équilibre qui correspond bien au millésime 1971. C’est une très belle surprise.

La journaliste souriante a pris beaucoup de notes. Nous verrons ce qui aura retenu son attention.

Voyage à Tampa et dîner au Bern’s Steak House vendredi, 30 janvier 2026

Avec ma femme, mon fils et son épouse, nous partons à Tampa au nord de la Floride. Il fait un froid inhabituel. La route est longue, d’environ cinq heures. Les hommes vont aller au restaurant Bern’s Steak House et les femmes iront de leur côté à Saint-Pétersbourg où nous passerons la nuit.

Mon fils avait réservé une table pour nous deux pour dîner à 19h30. J’avais prévenu de notre venue Brad Dixon, le chef sommelier du restaurant, en lui demandant de préparer les bouteilles les plus anciennes du restaurant comme nous l’avions déjà fait lors d’une précédente visite en ce lieu mythique.

Pour fixer les idées, du temps du fondateur du restaurant, la cave a compté jusqu’à deux millions de bouteilles. Son fils et successeur a préféré diminuer la taille de la cave qui est de l’ordre de six cent mille flacons. La politique tarifaire a elle aussi profondément changé, les grands vins devenant quasiment intouchables. Brad Dixon gère les achats et les ventes de vins qui sont de l’ordre d’un million de dollars par mois. On ne peut que baisser son chapeau par respect pour une telle performance.

Quand nous arrivons, il y a une longue file d’attente de personnes ayant réservé leurs tables. Je demande que l’on prévienne Brad Dixon de notre arrivée. Il arrive tout souriant et nous embrasse gaillardement. Quel plaisir de se revoir !

Il a fait préparer en cave une vingtaine de bouteilles anciennes. Mon fils utilise la lampe de son téléphone pour me montrer la couleur du vin par transparence. Dans ce lot, il y a essentiellement des bouteilles de niveau très bas et beaucoup de vins sont dépigmentés. On est bien loin du choix que nous pouvions avoir il y a quelques années.

Je choisis deux bouteilles anciennes qui me semblent avoir de belles couleurs. Je commande un champagne Rare que j’avais vu sur la liste des vins de plus de 200 pages mais il a été vendu aussi nous prenons un Champagne Dom Pérignon 2012.

Brad ouvre les deux vins anciens avec son tirebouchon et réussit à retirer les bouchons entiers ce dont je le félicite. Comme moi il n’aime pas utiliser le tirebouchon Durand pour les vins très anciens. Les parfums des deux vins me plaisent beaucoup. Voilà une bonne nouvelle.

Brad nous a réservé une belle table. Williams son adjoint qui me suit sur Instagram va s’occuper de nous mais Brad reviendra très souvent, notamment pour goûter, à mon invitation, les vins que nous allons déguster.

L’entrée que j’ai choisie est faite de sashimi de thon, tartare de wagyu, caviar osciètre, sauce soja Bluegrass. Mon fils a choisi l’entrée d’escargot avec champignons, citron, aneth, jus de moelle osseuse. Les entrées au lieu d’être servies ensemble se suivront, ce qui fait que nous goûterons les deux.

A la table voisine, un homme accompagné de deux femmes a commandé Pétrus 1995, un Chevalier Montrachet Ramonet et un autre bordeaux de 1961. Je pressens que nous allons pouvoir faire des échanges intéressants.

L’entrée de thon et wagyu est idéale pour le Champagne Dom Pérignon 2012. Il est très différent du 2013 plus charmant. Mais son assurance solide en fait un champagne très convainquant et plaisant. On peut aimer les deux années sans avoir à désigner un vainqueur.

Sur les recommandations d’un serveur qui a vu l’amitié qui nous lie à Brad Dixon, nous avons commandé un morceau de bœuf Delmonico d’une tendreté que je n’ai sans doute jamais ressentie aussi bonne. J’ai choisi des frites en demandant d’avoir deux services car le frites froides perdent de leur intérêt.

Le Château Haut-Brion 1923 a une couleur d’un rouge intense. Le nez est puissant et le vin est conquérant, large et puissant.

Le Château Lafite-Rothschild 1934 a une couleur moins profonde mais jolie, un nez délicat et une subtilité très agréable.

Mon fils a une préférence pour le Lafite et j’ai une préférence pour le Haut-Brion. Le 1923 gardera tout au long du repas son énergie. Le 1934 va s’épanouir progressivement ce qui fait que les deux vins seront également plaisants en fin de repas.

J’ai fait goûter à Brad ainsi qu’à la table voisine nos deux vins rouges et en contrepartie nous avons pu goûter le Pétrus 1995 d’une immense richesse ainsi que l’autre bordeaux de 1961 dont je n’ai pas retenu le nom, gourmand mais pas au niveau du Pétrus.

Pour fixer encore les idées de ce repas, Brad nous a dit qu’il attendait mille personnes en ce jour, qui est la veille de la fête des Pirates, que nous avions déjà vue il y a quelques années.

Dans les salles nombreuses, il y a beaucoup de mouvements et tous les genres sont représentés. L’ambiance est joyeuse et bruyante mais fort heureusement, il n’y a pas de musique assourdissante comme c’est souvent l’usage aux Etats-Unis.

Etre à Bern’s Steak House est un pèlerinage car j’adore ce restaurant. Mais force est de constater que le stock de bouteilles centenaires est pratiquement épuisé. Et comme les prix des grands vins de toutes régions sont devenus stratosphériques – je n’ose pas dire le prix du Pétrus 1995 dont nous avons pu goûter quelques gouttes – les raisons de venir à Tampa vont devenir minimes, malgré l’amitié qui nous lie à Brad Dixon, le plus charmant des sommeliers que je connais.

Le lendemain nous avons visité à Saint-Pétersbourg le musée Salvador Dali avec une exposition particulière d’œuvres de Giacometti que nous avions déjà visité. Il est impressionnant de voir que nous sommes bien loin d’avoir exploré tout le génie de Salvador Dali. Chaque nouvelle visite est un émerveillement.

Nous sommes allés ensuite au Musée Dale Chihuly, un autre génie du verre, créateur de formes et de couleurs invraisemblables.

Par un froid incroyable pour la Floride et avec un vent qui rend le froid encore plus insupportable, nous avons passé deux jours de très grand plaisir.

déjeuner chez la plus fidèle de mes dîners vendredi, 23 janvier 2026

Il n’y a pas de séjour à Miami sans que nous allions déjeuner au restaurant Kiki on the river. Au bord de l’eau il y a une espèce de chapelle vouée à un grand champagne. Il y a quelques années, c’est Dom Pérignon qui était la vedette. Aujourd’hui, c’est Perrier-Jouët qui bénéficie d’une sainte chapelle. Mais nous serons probablement excommuniés car les tarifs pratiqués nous conduisent à ne pas communier. C’est dommage car le site sur les rives d’une rivière est charmant et la cuisine plaisante. Tant pis.

Nous allons déjeuner chez Sarah, l’amie la plus fidèle de mes dîners, qui habite tout près de la maison de notre fils. Elle habitait à Charlotte et a emménagé à Corral Gables à Miami. Sa nouvelle maison est très belle et spacieuse.

J’ai apporté une bouteille de Champagne Rare 2013 que j’ai trouvée chez un marchand de vin qui fait en même temps restaurant où j’ai mangé des profiteroles qui sont probablement les meilleurs de ma vie.

Notre amie Sarah est une bonne cuisinière qui a équipé sa cuisine des plus grands raffinements. Le Champagne Rare 2013 est à la fois précis, raffiné et élégant. Il est agréable à boire.

Le Charmes-Chambertin Grand Cru Domaine Arlaud 1999 est bien construit et profite d’un millésime particulièrement réussi en Bourgogne. On ne peut qu’aimer ce beau Charmes Chambertin qui porte bien son nom. Un vin du sud eut été plus adapté au très bon cassoulet mais le vin bourguignon a su s’adapter.

Sarah avait participé au déjeuner que j’avais proposé au groupe de chevaliers du Tastevin de Floride au siège de la maison Salon-Delamotte. Elle s’est éprise de ce domaine aussi n’est-ce pas étonnant que l’on boive un Champagne Delamotte Blanc de Blancs 2014. Il est solidement charpenté et offre un message brillant, très différent du Rare 2013. La tarte à la pomme lui a convenu.

Les deux champagnes se justifient pleinement, l’un dans le charme délicat, l’autre dans la rigueur précise et entraînante.

Retrouver Sarah chez elle alors que je l’ai connue surtout dans mes dîners fut un beau plaisir.

dîner d’amateurs de vins au Happy Wine jeudi, 22 janvier 2026

Abdo est le propriétaire par sa famille d’un magasin qui vend du vin baptisé Happy Wine. En cet immeuble il y a au premier étage une très grande salle où l’on peut dîner. Abdo est jeune, souriant et enthousiaste et nous sommes heureux de nous retrouver chez lui, où nous avons eu de grands moments d’amitié.

Nous serons huit amateurs de vins à partager le dîner avec une cuisine simple mais permettant aux vins de s’exprimer. Je connais plusieurs présents rencontrés dans de précédents dîners et pratiquement tout le monde me suit sur Instagram. Beaucoup ont envie que je raconte des histoires de vins.

Nous commençons par un Champagne Comtes de Champagne Taittinger 1981 à la couleur un peu trop foncée. Le champagne fait plus vieux que son âge et n’arrivera pas à nous séduire.

En revanche, le Champagne Rare 1985 dégorgé en février 2025 est éblouissant. Il est frais, très jeune pour ses quarante ans et offre une finesse impressionnante. Ce champagne fait partie de l’aristocratie du champagne tant il est précis, fin, complexe et d’une longueur infinie. Sa jeunesse surprenante le rend idéal.

Le Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème magnum est de la deuxième génération des Grande Cuvée de Krug, qui faisaient suite aux Private Cuvée. Il a donc des vins de plus de quarante ans. Ce champagne est grand, correspondant à ce que la Maison Krug a toujours voulu : un champagne grand et serein, d’un équilibre parfait. Je dirais que c’est le gendre idéal qui a toutes les qualités. Mais dans ce trio de champagnes, c’est le Rare 1985 qui est le plus séduisant.

L’Hermitage Jean-Louis Chave blanc 2014 est élégant, complexe et raffiné et se montre beaucoup plus brillant que l’Ermitage de l’Orée M. Chapoutier blanc 2013 qui manque un peu de présence et de complexité.

Le Meursault Perrières Domaine Ballot Millot 2020 a du mal à se situer après deux hermitages beaucoup plus forts et conquérants. Il ne m’a pas laissé beaucoup de souvenirs dans ce long dîner.

Le Clos Vougeot Grand Cru Domaine Georges Mugneret 1996 est bien fait, mais le Clos de Vougeot Grand Cru Méo-Camuzet 1996 a un charme et une force d’expression qui me plaisent par son raffinement séducteur.

Le Château Haut-Brion 1984 que l’on pourrait aimer s’il était servi seul, a du mal à se situer après les deux vins bourguignons.

Le Chateauneuf-du-Pape Cuvée Spéciale Henri Bonneau 1990 est annoncé sur l’étiquette avoir 16,5° d’alcool. Même si on est impressionné par la grande puissance de ce vin miraculeux, on ne ressent pas l’alcool. Ce vin rare car la Cuvée Spéciale n’a été faite que pour ce millésime, est l’archétype du Chateauneuf parfait. Quelle générosité, quelle grandeur mais aussi quelle sérénité er quel équilibre. Je me régale avec une forte émotion car j’ai eu la chance de visiter les caves du domaine Henri Bonneau et de comprendre à quel point ce viticulteur cherchait la perfection. Ce 1990 fait partie des plus grands Chateauneufs que j’ai bus.

Le Château d’Yquem 1995 fait suite au même 1995 que j’avais pu boire il y a deux jours. Il est aussi plaisant que le précédent, subtil et d’une longueur infinie.

J’ai bu boire ensuite un Beringer Johannisberg Riesling 1985 incroyablement liquoreux, dix fois plus lourd que l’Yquem, avec des saveurs variées et puissantes qui font voyager le palais. Je n’avais pas de repères sur ce vin intéressant par la puissance des saveurs changeantes.

Nous n’avons pas voté mais j’ai envie de le faire, tout seul, ainsi : 1 – Chateauneuf-du-Pape Cuvée Spéciale Henri Bonneau 1990, 2 – Champagne Rare 1985, 3 – Clos de Vougeot Méo-Camuzet 1996, 4 – L’Hermitage Jean-Louis Chave blanc 2014, 5 – Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème magnum qui pourrait être troisième, mais je le connais trop, 6 – Yquem 1995 que, lui aussi, je connais trop.

Nous avons parlé de vin, bien sûr, dans une ambiance amicale et ouverte. Abdo était si heureux de nous avoir reçus qu’il a envoyé des messages le lendemain disant que nous aurons table ouverte à tout moment, dès que nous le voudrons. De nouvelles amitiés, se sont forgées.