dîner de la Saint-Sylvestre 2025mercredi, 31 décembre 2025

Pour une fois, le réveillon de la Saint-Sylvestre se tiendra à notre domicile et pas dans notre maison du sud. Nous recevrons six amis et deux couples passeront la nuit chez nous.

J’avais fait un programme de onze vins mais comme nous ne sommes que sept à boire, j’ai allégé d’un bordeaux blanc et d’un vin du Rhône rouge et du fait des arrivées décalées des invités, j’ai rajouté un champagne. Ma femme a préparé le repas pendant trois jours, avec l’envie de faire un grand repas.

Le menu sera : amuse-bouches avec poutargue, gougères, saucisson, jambon espagnol Pata Negra, olives, œufs de caille, foie gras et autres / deux caviars avec du thon cru / deux autres caviars avec des coquilles Saint-Jacques crues / boudin blanc à la truffe / deux services de wagyu / Brillat-Savarin / madeleines et financiers.

Des amis sont arrivés deux heures avant l’heure prévue car ils ont eu peur des manifestations devenues traditionnelles de fin d’année. Prévoyant ces décalages d’arrivées j’avais mis au frais un Champagne Taittinger Comtes de Champagne 2006 que j’ouvre devant eux. Je savais que ce 2006 est une véritable réussite, mais ce champagne va bien au-delà de mes attentes. Il est d’une profondeur spectaculaire. Il est riche, envahit le palais et se montre percutant. Quel grand champagne à l’aube de sa vie !

Les autres amis arrivent, et l’un d’eux montre des tranches fines d’un thon cru qu’il suggère pour l’apéritif. Simplement en le voyant, je pense que sa place sera de cotoyer les caviars, car le Champagne Dom Pérignon 1962 ne me semble pas du tout adapté à lui. Le 1962 est tout en douceur et en rondeur. Il est charmant, facile à vivre, ce qu’il n’exclut pas sa belle compléxité. C’est champagne de plaisir, à l’aise sur tous les amuse-bouches et qui trouve avec le foie gras une asssociation gourmande.

Le Tokaji Aszu Esszencia Hongrie 1915 est logé dans une structure en bois qui exige que l’on trouve la façon de l’extraire de cette boîte sans parois. Il fait libérer le col de la bouteille par une sorte de pont-levis. J’ai voulu faire cette ouverture devant les amis car une telle présentation est rare. Après plusieurs minutes, aidé des conseils des amis et de Chat GPT, la bouteille sort de son carcan et le bouchon vient entier, délivrant un parfum magique.

Nous passons à table et j’annonce que ce repas, fait selon la philosophie de mes dîners, sera le 306ème de mes dîners.

Deux caviars, l’osciètre et le kristal se mangent avec du pain et du beurre et on leur a ajouté le thon cru. L’accord thon et osciètre est tellement pertinent. Nous nous régalons. Le Champagne Krug 1982 est très différent du 1962. Il est noble, glorieux et montre qu’il incarne l’aristocratie du champagne. Il s’accorde à merveille avec les caviars et le thon.

Le deuxième plat a aussi deux caviars, l’osciètre et le baeri qui sont posés sur des tranches de coquille Saint-Jacques crues, à la douceur extrême. L’accord avec le Krug est agréable et je pense que le Dom Pérignon aurait aussi apprécié la délicatesse des coquilles.

L’Hermitage Blanc Château de Thouet Salavert 1949 est une grande surprise, car l’accord avec le boudin blanc à la truffe est phénoménal. Ils sont faits l’un pour l’autre. La cohérence de ce vin joyeux qui n’a pas l’ombre d’une trace d’âge est enthousiasmante. Nous sentons tous que c’est un grand moment de gastronomie.

Le premier service de wagyu est fait avec deux vins de Bordeaux, le Château Haut Bailly 1962 et le Château Cheval Blanc 1943. Ce sont deux vins très différents. Le 1962 est percutant, tout en longueur et en profondeur comme l’était le champagne de Taittinger. Au contraire le 1943 est en rondeur et en grandeur, avec la noblesse qui n’appartient qu’aux grands vins d’un grand millésime. On peut aimer les deux mais dans les votes le Cheval Blanc sera le plus apprécié.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1964 accompagne le deuxième service de wagyu. Il donne instantanément l’image du vin parfait. On sent tout de suite qu’on est au sommet de ce que le domaine de la Romanée Conti peut offrir. Il y a de la sagesse, de la subtilité mais surtout de l’émotion. On le boit en se recueillant. Quel bonheur.

L’Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1990 est servi avec le Brillat-Savarin. Ce vin d’un équilibre rare est conçu comme une œuvre architecturale. Il est d’une précision étonnante. Il est « jeune » à mon goût et je ressens que trente ans de plus le mettraient dans le sillage du mythique 1961.

Le Tokaji Aszu Esszencia Hongrie 1915 est servi sur des madeleines et des financiers. Le silence se fait car nous pensons que nous sommes face à un vin hors du commun, riche, intense, exotique, doux et profond. Une image de la perfection. Ce bonheur unique nous laisse sans voix.

J’avais prévu un Porto de 1943 mais j’ai envie de proposer autre chose. Il y a un meuble où j’ai des dizaines d’alcools qui ont été ouverts au fil du temps. Je dis à mes amis : choisissez de boire ce que vous voulez. Je sors une Fine Normande 1903, un marc de rosé d’Ott 1929, un Quetsch de 50° des années 50 et le fameux calvados d’un chauffeur de ma société que d’adore au dessus de tout et que je boirai.

Nous sommes sept à voter pour huit vins car le 2006 Comtes de Champagne n’était pas sur ma liste. Le Tokaji raffle six votes de premier et La Tâche gagne le vote de premier qui reste à attribuer.

Le classement de la table est : 1 – Tokaji Aszu Esszencia Hongrie 1915, 2 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1964, 3 – Château Cheval Blanc 1943, 4 – Champagne Krug 1982, 5 – Hermitage Blanc Château de Thouet Salavert 1949, 6 – Champagne Dom Pérignon 1962.

Mon vote est : 1 – Tokaji Aszu Esszencia Hongrie 1915, 2 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1964, 3 – Hermitage Blanc Château de Thouet Salavert 1949, 4 – Champagne Krug 1982, 5 – Château Cheval Blanc 1943.

Nous avons tous senti que nous vivions un dîner exceptionnel avec deux accords émouvants, le boudin avec l’Hermitage blanc 1949 et le wagyu avec La Tache 1964, suivis par l’émotion intense du Tokaji. Voilà un beau moyen de finir l’année 2025 sur du bonheur.