dîner au restaurant Pages avec Peter Gago de Penfoldsvendredi, 6 février 2026

Lors du passage de flambeau entre Richard Geoffroy et Vincent Chaperon à Hautvillers au poste de maître de cave de Dom Pérignon, j’avais fait la connaissance de Peter Gago, le maître de chais de Penfolds, le vignoble le plus célèbre d’Australie. Nous avions envisagé de nous revoir.

Les caves Taillevent avaient organisé en octobre 2025 une dégustation des vins de Penfolds. J’y suis allé et j’ai rencontré Clément Leroux le responsable français de la commercialisation de Penfolds. C’était l’occasion d’évoquer une rencontre avec Peter Gago.

Nous nous retrouvons au restaurant Pages pour dîner. Le choix des vins que je vais apporter est toujours excitant. Comme tenu de l’honneur qui m’est fait de rencontrer ce vigneron, j’ai choisi un Krug Clos du Mesnil 1985. Ensuite il faut un vin rouge que Peter n’a jamais bu. Je choisis un F. Sénéclause de Saint-Eugène à Oran 1930, vin d’Algérie au niveau dans le goulot. Et c’est l’occasion de venir avec le vin Para Seppeltsfield un tawny fortifié australien 1883 titrant 16,7 degrés qu’avait apporté un australien de Sidney pour que nous le dégustions ensemble il y a quatre mois.

J’arrive à 18 heures pour ouvrir mes vins. Le bouchon du vin de 1930 est d’une qualité parfaite et le parfum est riche et solide, promettant un grand vin. A l’inverse, le bouchon du Clos du Mesnil s’est déchiré en deux morceaux lors de la torsion du bouchon pour ouvrir. Aucun pschitt n’est apparu.

Peter, Clément et Lara Edington arrivent vers 19 heures. Ils ont apporté un Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 de 2011 et un Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962. Peter me dit qu’il s’agit d’un vin très rare et il demande que le vin ne soit ouvert que vingt minutes avant d’être servi.

J’ai construit le menu avec le chef Ken qui est : carpaccio de bar / carpaccio de wagyu / lotte à la sauce umami / canard sauce vin rouge / deux services de wagyu / financiers.

Pour nous préparer au repas, Pierre-Alexandre Fouquet le directeur de Pages nous propose un verre du Champagne Marteaux Guillaume ‘le météque’ extra-brut 2020 dont j’apprécie la longueur et l’intensité. C’est un bon champagne de grand intérêt qui ne souffre en aucun cas de sa jeunesse.

Le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 a une couleur légèrement ambrée et une bulle active qui contraste avec l’absence de pschitt à l’ouverture. Ce Krug est confortable, serein et d’une grande subtilité. On est dans l’aristocratie du champagne, avec une vivacité remarquable.

Je fais servir le Penfolds Yattarna Chardonnay Bin 144 blanc 2011 qui est riche, gourmand et dont les complexités s’expriment surtout dans le finale très large. Il apparaît avec évidence que le carpaccio de bar est divin avec le champagne et que le carpaccio de wagyu trouve un accord parfait avec le chardonnay. Les deux vins se complètent bien même si mes amours me poussent vers le Clos du Mesnil.

Le Sénéclause rouge d’Algérie Saint-Eugène à Oran 1930 est bluffant. Je crois n’avoir jamais bu un vin d’Algérie aussi équilibré dans la puissance. Je pense que la décennie 30 a fait de meilleurs vins en Algérie que la décennie 40, malgré les brillants 1947 de Frédéric Lung. Ce vin puissant, goulleyant, gourmand et équilibré est un bonheur. Je ne l’attendais pas à ce niveau glorieux.

Lorsque je goûte le Penfolds Cabernet Kalimna Shiraz Bin 60A 1962 je sais que je suis en face d’un très grand vin. Sa finesse est exemplaire. Peter insiste pour me dire que c’est un vin exceptionnel et je peux lire sur l’étiquette que ce vin a reçu trois médailles d’or, huit médailles d’argent, trois médailles de bronze et dix-neuf trophées dans les présentations de vins australiens. Ceci étant dit c’est un très grand vin qui ne joue pas sur sa puissance mais sur sa longueur et sa subtilité.

Mais je suis fasciné par le fait que les deux vins rouges si différents se complètent aussi bien sur le canard et encore plus sur le wagyu. La performance de mon vin me plait énormément et la découverte de ce trésor australien me ravit.

Nous sommes tous heureux de la complémentarité de deux mondes si disparates du vin. D’aucun des deux vins on ne peut dire qu’il est âgé. Je suis sur un petit nuage de bonheur.

En l’honneur de Peter Gago je suis venu avec le Para Seppeltsfield tawny fortifié Australien 1883 qui est d’une richesse folle et intense, domptée par les financiers délicats.

Nous avons parlé de vin évidemment. Peter est né à Newcastle et parle un anglais parfois difficile pour moi. Mais nous nous sommes compris et ce grand moment a montré une amitié précieuse.

Je suis un amoureux de Penfolds que je bois hélas trop peu. Nous allons essayer de remédier à cela.

Ce fut un grand repas, avec l’élégance de la cuisine de Pages.