dîner au restaurant Le Vieux Crapaudjeudi, 26 mars 2026

Ma fille est avocate dans un grand cabinet international. Elle va assez souvent déjeuner avec des collègues dans le restaurant le Vieux Crapaud tenu par le chef Thomas Boutin. Il se trouve que les amis de ma fille me suivent sur Instagram ainsi que le sommelier Avedis. Le chef et le sommelier seraient très heureux que je vienne dîner en ce lieu et les amis de ma fille aussi.

Elle m’a donc de nombreuses fois indiqué que je ferais des heureux si j’organisais un dîner avec des vins de ma cave en ce lieu. Je ne connais pas les avocats. Nous serons six. J’ai décidé de ne pas rendre la dégustation facile car je choisis des vins dont je suis assez sûr qu’ils ne les connaissent pas.

J’arrive à 16h30 au restaurant pour ouvrir mes vins. Avedis est un fou de vin et enthousiaste. Il va rester avec moi tout au long de la séance d’ouverture. Nous avons bavardé tout le temps et je vois à quel point il est passionné. Il décide d’ajouter à mes vins un vin de sa famille qui a un vignoble dans la Napa Valley. Nous partageons maintenant nos discussions avec le chef pour créer le menu. Ce moment passé avec Avedis est joyeux et dynamique, tant il est un fou de vin.

Après l’ouverture des vins je rejoins ma fille dans son cabinet et je fais connaissance avec ses confrères dans leurs lieux de travail. Au passage j’avais visité le magasin de Lavinia où il n’a pas fallu longtemps pour que je sois reconnu.

Le menu que nous avons élaboré grâce aux propositions du chef et d’Avedis est : morille farcie, farce fine de volaille, duxelles de morille, jus de viande glacé / côte de bœuf maturé, sauce béarnaise / cœur croustillant de ris de veau du Limousin, jus réduit / stilton / millefeuille à la fève de Tonka / financiers.

Nous commençons par un Champagne Mumm Cuvée René Lalou 1976 qui surprend évidemment mes convives par son âge. Qu’un champagne de 50 ans soit aussi jeune a effectivement de quoi troubler. Ce champagne est grand, intense, large et très gastronomique. La morille est gourmande à souhait aussi nous pouvons après le champagne lui associer le premier groupe de deux vins rouges.

Il y a un Pommard Domaine Launay 1976, puissant, pénétrant et solide et un Gevrey Chambertin Henri Richard 1978 beaucoup plus léger et gracieux, moins adapté que le Pommard à la morille, mais d’une élégance très impressionnante.

Pour la pièce de bœuf nous aurons deux vins, le Steltzner Vineyards Cabernet Sauvignon Napa Valley 2004 qui est très équilibré, étonnant par sa justesse de ton et son raffinement et une maturité plus grande que ce qu’on attendrait d’un vin de 22 ans. Et nous buvons aussi un Châteauneuf du Pape Bouchard Père & Fils 1964 qui est d’une élégance charmante et charmeuse, avec une longueur fascinante. Les Châteauneuf de cet âge sont toujours éblouissants.

Le menu n’ayant pas été annoncé en début de repas, mes convives tombent des nues quand ils voient apparaître le ris de veau alors qu’ils n’attendaient rien ensuite. Mais l’accord est justifié avec tous les vins si l’on avait pris soin d’en garder. Le Châteauneuf paraît le plus glorieux et le Gevrey Chambertin paraît le plus raffiné et subtil. Les quatre vins rouges, si différents les uns des autres, nous ont fait voyager dans un monde de saveurs qu’ils n’avaient pas encore exploré.

La suite du repas est un voyage dans l’inconnu car les deux vins servis maintenant n’ont aucune étiquette et aucune indication. La première bouteille a un vin très lourd et opaque, très brun. C’est à mon palais un très vieux sauternes et très probablement des années vingt et presque sûrement, du fait de l’ampleur du goût, un sauternes de 1928 ou 1929. Risquons un Sauternes très probablement 1928. Ce vin est un pur bonheur de cohérence et d’ampleur. Il transcende toutes les mémoires que mes amis pourraient avoir de jeunes sauternes.

Le millefeuille ou, je devrais dire, le dix millefeuille tant il est pantagruélique. Et le sauternes s’en accommode bien. Il est incroyablement élégant

Le vin suivant peut être trouvé grâce à la forme de la bouteille qui indique un Madère, confirmé par le goût. Je le nommerais Madère de nom inconnu probable années 50. Il est riche et puissant, accompagné idéalement par les financiers, qui trouveront aussi un accord avec un Tokaji Escenzia Aszu 1988 qui est d’une grâce enjôleuse tant ce vin est plus léger que le madère.

Le amis de ma fille ont été heureux de faire ce voyage dans le monde des vins anciens, que je n’ai pas voulu rendre facile. Nous avons bavardé de mille choses.

Si je devais faire un classement, ce serait : 1 – Sauternes très probablement 1928, 2 – Châteauneuf du Pape Bouchard Père & Fils 1964, 3 – Gevrey Chambertin Henri Richard 1978, 4 – Tokaji Escenzia Aszu 1988. Mais les autres vins mériteraient d’être dans ce classement.

La cuisine du chef est excellente. Le restaurant était plein ce qui est un bon signe. Avedis était heureux car il est amoureux du vin sous toutes ses formes. Ce repas très gai fut un grand moment de partage.