Archives de catégorie : vins et vignerons

dîner des grands prix du vin Bettane & Desseauve jeudi, 29 novembre 2007

Le Grand Tasting est un événement qui compte dans le monde du vin. C’est le successeur du feu « salon des grands vins » rebaptisé, géré maintenant par Michel Bettane et Thierry Desseauve. Ces deux compères ont recouvré le droit de publier un guide des vins sous leur nom, ce qu’ils ont fait avec bonheur et succès depuis 2007. La veille du salon se tient le « dîner des grands prix du vin Bettane & Desseauve », ce qui est l’occasion de retrouver au Grand Hôtel de nombreux vignerons et gens de la presse et du vin. Donner des prix, c’est sacrifier à cette mode des médailles et autres récompenses, qui font évidemment plaisir aux lauréats et un peu moins au nominés comme on dit aujourd’hui. Il y a cinq prix aux noms sympathiques. Le prix « le bonheur tout de suite ! » est attribué au champagne Fleury pour son brut rosé. Le prix « la découverte de l’année est attribué au jurançon du domaine Bellauc pour son Jurançon supérieur 2005. Le prix « le vin étranger de l’année » couronne deux vins, un suisse du domaine Cornulus, le Clos des Corbassières Cornalin 2004 et un argentin des vignobles Michel Rolland, le Val de Flores 2004. Le prix « le meilleur vin français de l’année » est aussi partagé en deux, pour le Château Pavie-Macquin 2005 et pour le Clos de Tart 2005. Enfin le prix « l’homme de l’année » est remis à Eric Rousseau du domaine Armand Rousseau, vinificateur d’un immense talent.

Avant le dîner je bavarde avec des aristocrates du vin comme Marcel Guigal, Philippe d’Halluin de Mouton et bien d’autres grands vignerons tout en buvant un Champagne Laurent Perrier Brut Millésimé 1999 qui glisse en bouche avec bonheur et un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1995 de belle race et d’une grande précision. Nous passons à table dans la magnifique salle dessinée par Garnier, l’auteur de l’Opéra éponyme, mais la sonorisation assez épouvantable rendra inaudibles certains propos tenus par les vignerons primés, ce qui est dommage. Le repas ne restera pas gravé dans les mémoires sauf sur une curiosité : dans le plat « oursin farci au tartare de fruits de mer », j’ai reconnu des crevettes grises, des pétoncles et des huîtres lovés dans une demi-coquille d’oursin. Point d’oursin, sauf le test, ce qui est piquant. L’attention se portait plus volontiers sur les vins. Le Chassagne-Montrachet Abbaye de Morgeot Louis Jadot 1999 est un blanc joyeux, d’une belle définition. Je ne lui vois pas de défaut. Il est précis, clair, sans fanatisme. Et la comparaison est intéressante avec le vin suivant, un Chablis Grand Cru Bougros William Fèvre 2005 que je trouve absolument chantant, magnifique, et dégageant une émotion beaucoup plus intense. Le Château Doisy-Daëne, Barsac 2002 est très précis et bien fait mais il écrase de sa puissance un foie gras amer. C’est décidément violent avant les rouges. Le vin qui suit est un cadeau d’une rare générosité pour plus de cinq cents personnes. C’est Château Latour 1986. Le nez est incroyablement minéral, de pétrole. Cette odeur s’estompera lorsque le plat de veau paraît et réapparaîtra dès que la viande est consommée. On ressent un grand vin, surtout par comparaison aux deux autres rouges, mais on est loin de la brillance habituelle de Latour, impression qui sera confirmée par des convives d’autres tables. Le château Prieuré Lichine 2004 est un peu fermé en ce moment et le Château Fonplégade saint-émilion 2005 veut trop jouer les vins du nouveau monde pour qu’on succombe à son charme, malgré le côté flatteur évident.

La divine surprise, si l’on peut dire, car je suis familier de ces vins, c’est le Maury Mas Amiel cuvée Charles Dupuy vintage 2005. J’adore le Maury, et celui-ci nous fit un numéro amusant. Quand on le boit seul, c’est du bois et de la griotte, combinés élégamment. Et dès que le délicieux dessert au chocolat et café entre en scène, le vin s’assemble, s’arrondit, perd le bois et la griotte au profit d’un vin aérien, d’une légèreté impressionnante. Je n’ai jamais bu un Maury aussi aérien que celui-ci.

Les discussions allaient bon train entre gens du vin heureux de se rencontrer et se retrouver. Les deux vins de cette soirée sont pour moi le Maury tout en finesse légère et le Chablis Bougros au charme élégant. Une bien belle soirée.

dîner du Grand Tasting jeudi, 29 novembre 2007

La magnifique salle classée du Grand Hotel de l’Opéra.

 A ma table, deux convives parlent au téléphone, chacun de leur côté, ou se parlent-ils ?

 

Dans la coquille, ne cherchez pas d’oursin, il n’y en a PAS, malgré le titre du menu.

 

 accord divin avec le Maury

Le Grand Tasting – 30/11 et 1/12/2007 samedi, 24 novembre 2007

Le Grand Tasting, c’est un salon de dégustation de vins ouvert au public, qui se tiendra au Carrousel du Louvre les 30 novembre et 1er décembre.

Ce salon est animé et dirigé par Michel bettane et Thierry Desseauve.

On s’inscrit et on voit le programme sur leur site : Grand Tasting

Ce salon fait la suite du Salon des Grands Vins rebaptisé Le Grand Tasting. Vous pouvez aller consulter les comptes-rendus des précédentes éditions de ce salon en utilisant l’outil de recherche de ce blog.

J’ai exposé des bouteilles vides à ce salon, j’y ai même eu un stand (raconté dans ce blog).

Voici une photo d’une des vitrines d’exposition de mes bouteilles :

 Je serai assez souvent auprès de Michel Bettane à la tribune des Master Class. Cela me donnera l’occasion de rencontrer des amateurs amis.

Académie du Vin de France au restaurant Laurent mardi, 20 novembre 2007

L’académie du vin de France, présidée par Jean-Pierre Perrin du Château de Beaucastel tient des séances de travail qui sont suivies chaque année par un dîner de gala auquel on me fait l’honneur de me convier. Les plus grands vignerons français sont présents, ainsi que des journalistes, des restaurateurs et quelques gastronomes bons vivants que l’on reconnaît au tour de taille dont j’ai le calibre. Ce dîner se tient au siège de l’académie, le restaurant Laurent, car chacun se plait à reconnaître en Philippe Bourguignon une excellence qui convient à celle des vins des académiciens.

A 19heures, au premier étage, sont alignés en quatre salles tous les vins qui font rêver les amateurs, généralement de l’année 2005 qui connaîtra un jour la renommée de 1990. Il y a les champagnes et les blancs, et j’adore la subtilité d’un Chablis de Raveneau 2005, d’un Corton Charlemagne Bonneau du Martray 2005 et un tonitruant Meursault Clos de la Barre Comtes Lafon 2005. Les blancs sont particulièrement brillants. La salle suivante est consacrée aux vins rouges qui ne sont pas de Bordeaux, et je suis très agréablement impressionné par le vin rouge du Château d’Arlay 2005. L’Hermitage rouge Chave 2005 est puissant, mais je le trouve serré en ce moment, moins chaleureux que le joyeux Hermitage blanc Chave 2005 que j’avais goûté dans l’autre salle. Le Beaucastel rouge 2005 est plus plaisant que le Chave à ce stade de sa croissance, plus harmonieux. Mais le vin qui remporte tous les suffrages, de cent coudées, c’est le Romanée-Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2004. Je souris, parce que ma passion pour les vins de DRC est telle que je suis probablement partial. Force est de constater que ce vin est absolument immense, d’une subtilité poivrée combinant raffinement, délicatesse et soleil. J’en complimente Aubert de Villaine qui reconnaît qu’il est bien fait. Dans la salle des bordeaux le Corbin Michotte 2005 me plait beaucoup, le Gazin 2005 est très bien fait, et le Montrose 2005 paresse en robe de chambre.

Dans un tout petit bureau il y a trois vins, mais quels vins ! Un Vouvray 2005 de Huet a une verdeur et une acidité qui sont la promesse d’un vin succulent et grandiose dans une trentaine d’années. Alexandre de Lur Saluces a apporté Château de Fargues 2003 élégant, pondéré, qui doit attendre encore avant de nous offrir toutes les merveilles qu’il cache encore. Mais c’est le dernier vin qui est un uppercut à l’âme. Le Gewurztraminer Hugel 2005 dont je n’ai pas noté s’il est sélection de grains nobles est merveilleux en bouche. La valse de la douceur entraînée par l’acidité se prolonge dans un final virevoltant quasi infini. Quelle promesse ! Si je dois voter pour quelques vins, alors que l’esprit de cette présentation n’est pas à comparer mais à profiter, je citerais en premier le Romanée Saint-Vivant DRC 2005, puis le Gewurztraminer Hugel 2005 et le Meursault Comtes Lafon 2005. Tous les autres, dégustés avec leurs propriétaires, sont de grands vins.

Nous passons à table et Jean-Pierre Perrin fait comme d’habitude un discours puissant, engagé, solennel. Le menu conçu par Alain Pégouret, chef sensible de grand talent, avec Philippe Bourguignon est un chef d’œuvre de cuisine et d’harmonie et Jacques Puisais, l’inénarrable raconteur des vins et des mets, signala que ce fut la plus belle réussite qu’il ait connue en cet endroit.

Voici le menu :  Huîtres spéciales « Gillardeau » n° 2 lutées dans leurs coquilles, bouillon de mousserons citronné et fleurette au bacon. / Foie gras de canard grillé posé sur une cracotte, figues et amandes fraîches / Carré de chevreuil et son toast de légumes d’automne au mascarpone / Munster fermier et pain au carvi / Canons de chocolat, l’un finement cacahouèté et l’autre : cerises, oranges amères confites et sauge. Je m’amuse à classer mes préférences, le bouillon de mousserons est divin et la cuisson du foie gras est unique. L’accord le plus éblouissant est sans doute celui du foie gras et du riesling.

Les vins ont été nommés dans le menu qui nous est remis non pas du nom du domaine mais du nom de celui qui représente son domaine ou celui qui a fait le vin. L’attention est charmante.

Il faut bien vite prendre en premier le Chablis Grand Cru « Valmur » Jean Marie Raveneau 2000 pour goûter sa fraîcheur et son message floral et minéral, car le Meursault Premier Cru « Goutte d’Or » Dominique Lafon 2000 est du genre Terminator, à ne pas aimer partager la vedette. Et c’est le plat qui va permettre aux deux de briller d’égale façon, car l’huître seule préfère le Chablis quand les mousserons adorent le Meursault. Les huîtres lutées sont goûteuses à souhait.

Le Riesling Grand Cru « Rangen de Thann » Clos Saint-Urbain 2000 Léonard Humbrecht, quand on le boit seul fait un peu surmaturé, et l’amertume est un peu forte. Mais le foie gras joue un rôle déterminant car il transforme complètement le riesling qui se civilise, s’arrondit pour devenir le gendre idéal du foie.

La juxtaposition de deux monstres sacrés promet d’être passionnante. Comme le dira plus tard Jacques Puisais, ces deux frères ennemis vont en fait se mettre en valeur mutuellement. L’Hermitage rouge Gérard Chave 1998 a une attaque puissante, virile, mais derrière cette façade, il y a de jolies variations sur le fruit. Le Chateauneuf-du-Pape Château de Beaucastel rouge Jean-Pierre Perrin 1998 paraît plus subtil et plus complexe, mais lorsque l’on passe de l’un à l’autre, on se prend à aimer celui que l’on boit. Après de multiples allers et retours, mon cœur penche pour le Beaucastel dont j’aime le romantisme. Mais je suis prêt à adorer les deux.

Le Gewurztraminer Grand Cru « Hengst » Léonard Humbrecht 2000 se prête avec bonheur au jeu des deux munsters, le plus jeune et le plus affiné. Sa jeunesse est quand même un handicap car je sais ce qu’il offrirait avec vingt ans de plus. Venant de boire il y a quelques jours un banyuls de 1925, j’accueille le Banyuls « la Coume » Jean Michel Parcé rimage 1985 avec amitié, sensible à son fruit exubérant. Mais là aussi, il faut à ces vins des décennies de plus pour qu’on en goûte la substantifique moelle.

Le repas fut une réussite spectaculaire. Le service et l’atmosphère sont uniques. Alain Pégouret fut fortement applaudi. J’ai revu des amis avec des milliers de promesses de se rendre visite. Cette fête de l’amitié vigneronne est un grand moment, cher à mon cœur.

Imaginons qu’un coup de baguette magique ait permis d’assister au même repas, avec les mêmes plats et avec les mêmes vins qui auraient, chacun d’eux, vingt ans de plus. Nous aurions gravi deux échelons de plus dans l’échelle du plaisir. Il serait impossible de rassembler autant de bouteilles d’un même millésime ancien pour autant de monde. Mais quel enjeu !

dîner de l’Académie du Vin de France au restaurant Laurent mardi, 20 novembre 2007

Beaucastel 2005 et Hermitage Chave 2005, c’est l’aristocratie du Rhône bue avant le dîner.

 

Crozes Hermitage la Guiraude de domaine Alain Graillot et Chateau Simone 2005

 

Jurançon sec du domaine Cauhapé 2005 et sur la photo : Champlain, le célèbre caviste canadien, probablement le plus grand collectionneur de Romanée Conti en grands formats, François Audouze et Alexandre de Lur Saluces propriétaire de Fargues.

 

Les huîtres lutées sont très belles et le foie gras (à droite) est goûteux à souhait.

 

Merveilleuse cuisine élégante d’Alain Pégouret.

Prix Laurent-Perrier Grand Siècle lundi, 19 novembre 2007

Depuis de très nombreuses années, la maison familiale de champagne Laurent-Perrier décerne un prix «Grand Siècle  Laurent-Perrier» à une personnalité éminente qui par son engagement et ses qualités humaines marque son époque. Cette année, c’est un historien polonais, Bronislaw Geremek, député européen, qui a entre autres participé activement à la création de Solidarnosc. Ce qui me plait le plus dans ces grandes soirées, c’est le discours du récipiendaire. Plus l’homme est grand, et plus le discours est humble, humain, mêlant sensibilité et sérénité. En l’écoutant, on se sent fier d’être européen. Le mécène, Bernard de Nonancourt, n’est pas présent, mais est représenté par sa famille, active dans la société. L’apéritif au Pavillon d’Armenonville se fait au champagne Laurent Perrier Grand Siècle en magnum, ce qui titille suffisamment les papilles pour que l’on discute avec toutes les célébrités présentes, du monde du spectacle, de la politique, du journalisme ou du domaine caritatif. Et bien sûr, les amis de Laurent-Perrier. Nous passons à table et je suis assis près d’un cardiologue retraité de Singapour, que j’avais rencontré au dîner de la Bacchus Society au château Pichon Longueville Comtesse de Lalande, grand collectionneur de vins, qui sillonne le monde pour visiter les grands vignerons et fréquenter les plus belles tables. A la même table présidée par Didier Depond, président de Salon-Delamotte, le président de la chaîne hôtelière Relais & Chateaux et Pierre Hermé, le célèbre pâtissier et sa compagne.

Le traiteur Potel & Chabot a réalisé une prestation de première grandeur. Pour cinq cents convives environ, c’est une brigade d’au moins quatre-vingt personnes en habit et gants blancs, qui arrivent en procession avec les vins tous servis en magnums, et qui servent à la française, avec un rare raffinement. La cuisine est succulente. En voici le menu : consommé de volailles, éclats de truffe / soufflé de brochet beurre blanc / noix de joue de veau Rossini, tatin de tomate, crème de potimarron / macaronade aux framboises, sorbet au champagne rosé. Délicat, goûteux, c’est un véritable exploit de traiteur.

Les vins n’étaient pas en reste : le champagne Laurent Perrier Grand Siècle en magnum est un élégant compagnon de gastronomie, avec une flexibilité qui lui permet de mettre en valeur les saveurs subtiles. Le  Château Rauzan-Ségla 1996 en magnum, que j’avais bu récemment au sein d’une verticale fort instructive indique au nez que son oxygénation a été parfaite. Le vin est généreux, épanoui, et montre un équilibre joyeux. Le champagne Laurent Perrier rosé cuvée Alexandra en magnum arrive trop froid. Sa couleur est très saumonée, intense. Dès qu’il s’ouvre, il dégage un charme aussi délicieux et intelligent que celui de sa marraine. C’est un très beau rosé expressif et vineux auquel le sorbet donne un coup de fouet excitant.

Cette soirée mondaine sera contée dans les tabloïds. Elle fut un grand moment humain et une belle prestation gastronomique.

Les Mots et les Vins au George V avec Chateau Latour mardi, 13 novembre 2007

Le George V (Four Seasons) a trouvé une formule extrêmement intéressante d’un dîner autour d’un livre et son auteur et d’un vin et son auteur. L’écrivain est interviewé par Olivier Barrot et le vigneron est présenté par Eric Beaumard avec sa verve légendaire et des commentaires sur les mets et les vins d’une justesse éclairante et d’une poésie radieuse. Comme la chance sourit aux meilleurs, Philippe Claudel venait de recevoir la veille le Prix Goncourt des lycéens pour son livre « Le rapport de Brodeck ». C’est l’indice d’une aptitude à captiver la jeunesse. Sa deuxième chance est d’être invité en même temps que le Château Latour présidé par Frédéric Engerer, qui est à la tête de la propriété appartenant à François Pinault depuis une quinzaine d’années. Chance supplémentaire, Frédéric Engerer est particulièrement généreux sur le choix des années et sur les quantités. La chance encore quand Philippe Legendre fait un repas d’une excellence rare dont voici le menu : petits amuse bouche dont langues d’oursins, huîtres chaudes et Saint-Jacques crues cuites / pâté en croute traditionnel de palombe, gelée à l’aigre doux / tarialini à la truffe d’Alba / homard fumé et rôti à la choucroute fraîche et aux graines de moutarde / royale d’aubergine à la truffe noire / millefeuille glacé à la mandarine et nougatine comme un vienetta / café et mignardises.

C’est du grand Legendre et la royale d’aubergine est un des plats les plus subtils que l’on puisse goûter, d’un niveau dépassant largement la norme du trois étoiles. Cela annonce, je l’espère, un retour proche en tête de classe.

Le champagne de bienvenue est un Diebolt-Valois de Cramant ce qui me fait plaisir car j’avais eu la chance de visiter la cave où des 1953 et 1976 furent de petites merveilles. Avec les amuse-bouche, c’est un festival d’accords joyeux.

Les vins sont servis en trois séries de deux, avec la faculté d’être resservi ce qui est un luxe apprécié.

Le Forts de Latour 2005 a un nez de vin vraiment très jeune, et l’écart de senteur avec le Château Latour 2005 est spectaculaire. Il y a dans le Latour 2005 une race et une noblesse remarquables. Le goût du Forts de Latour est très franc, charnu, un peu amer. Le Château Latour que j’aurais attendu trompetant est calme, moins exubérant que je n’imaginais. J’aurais bien vu plus de puissance, mais la sagesse de ce vin est exemplaire.

Le nez du Forts de Latour 2003 est de pierre à fusil. Le Château Latour 2005 après quelques minutes se referme un peu mais montre l’esquisse d’une structure énorme. Un peu de poivre apparaît en fin de bouche. Le Forts de Latour a des tannins forts alors que le Château Latour 2005 est un vin plus enlevé.

Le Forts de Latour 2003 trompe son monde. J’imagine volontiers qu’à l’aveugle, il en remontrerait à beaucoup de premiers vins. C’est une bombe, et c’est bon. Il y a toujours une signature d’amertume, comme pour le Forts de Latour 1996 qui a aussi un nez soufré. Le 2003 est taillé pour lutter avec les plus grands. Il est éblouissant. Le 1996 me paraît plus limité même s’il est intéressant. Je lui trouve quelques notes végétales. L’âpreté des trois Forts de Latour est une constante. Je suis assez impressionné par le 2003, même si Frédéric Engerer me dit que c’est le Forts de Latour 2005 qui va terrasser toute compétition. Ce 2003, si on laisse de côté la signature d’amertume, a une élégance assez spectaculaire.

Le Château Latour 2001 a un nez très subtil. On sent une très grande structure. En bouche, il est charpenté, grand et prometteur. Frédéric Engerer dit avec raison que ce 2001 est dans la ligne historique de Latour. Il est velouté, de très bel équilibre.  

Avant de passer au dernier vin, je reviens au Château Latour 2005 qui a une opulence calme de vin très complet. Le Château Latour 1990 a curieusement aussi un nez soufré. En bouche, ne cherchons plus, c’est cela que nous voulons boire. C’est tout simplement exceptionnel. C’est un vin géant qui a encore beaucoup à développer car malgré ses dix-sept ans, il va mûrir encore. La royale d’aubergines d’une subtilité raffinée propulse encore le Château Latour 1990 à des hauteurs infinies. La fragilité florale du plat rehausse toutes les qualités du vin. On lui sent un potentiel quasi infini. Il est fruité, complexe, multiple. Je le trouve assez fabuleux. Le contraste avec le 2005 auquel je reviens est saisissant. Ce bambin joue sur le calme, la fraîcheur aérienne, contre tous les canons de l’époque. C’est courageux et cela paiera quand le vin sera prêt à trôner sur les tables.

Faire un classement de ces vins est assez difficile, car doit-on juger en potentiel ou sur ce que l’on a dans le verre ? Le 2005 est handicapé si l’on n’examine que l’immédiat, car Latour est connu pour avoir une maturation beaucoup plus longue que tous les autres grands vins de Bordeaux. Sur le goût immédiat, je classe : Château Latour 1990, Château Latour 2001, Forts de Latour 2003, Château Latour 2005, Forts de Latour 2005 et Forts de Latour 1996. En considérant le potentiel, les deux 2005 remontent dans le classement.

L’ambiance était chaleureuse, car mêler les échanges sur la littérature et sur les grands vins est fécond. Eric Beaumard a un enthousiasme, une joie de vivre et des mots tellement justes qu’il donne à chacun l’impression d’être devenu un expert. Le cadre du Salon Anglais, un service impeccable et une grande cuisine sur un grand vin, que demander de mieux ?

dinner by Joel Robuchon in Las vegas jeudi, 8 novembre 2007

Here is the entrance of the restaurant, within Hotel MGM Grand, and the Atelier is just next door !

The decoration is lovely.

 Bipin Desai, on the right, with a Swiss friend, born in Hamburg. The lovely table set.

 

They have, among many breads, the real French baguette that I adore !

 

To see which courses are shown, please read the report on this dinner.

 

 

 

Gil who has organised this wonderful dinner, with his lovely wife.