dîner avec des amis œnophilesvendredi, 9 octobre 2026

J’ai gardé des relations très amicales avec des élèves de l’École Normale Supérieure qui participent aux concours internationaux de dégustation de vins à l’aveugle. Ils sont évidemment très pointus, dotés d’une grande connaissance des vins, et l’un d’entre eux m’invite à me joindre à un petit groupe d’amis autour d’une importante personnalité japonaise, amateur de vin, qui souhaitait me rencontrer. Dans cet appartement, les jeunes s’affairent pour faire les achats et préparer les plats, ce qui donne à la soirée un petit côté camping tout à fait charmant.

Nous commençons par le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs 1996 que j’ai apporté, d’une rondeur fort agréable et d’une présence très impressionnante, qui me fait chaque fois regretter que la maison Henriot ait cessé de produire cette cuvée. Vient ensuite un Champagne Philipponnat 1996, intéressant mais qui ne m’a pas particulièrement enthousiasmé, alors que le Champagne Mumm Cordon Rouge 1973, d’une belle année pour les champagnes, montre une énergie plus expressive.

Le menu préparé par ces élèves comporte à l’apéritif des rillettes de Bercé, un jambon serrano et de la salicorne, puis : tomates farcies maison / tajine d’épaule d’agneau aux pruneaux / fromages (tête de moine, Red Leicester, Scamorza, millefeuille de gorgonzola et mascarpone) / crêpes maison et mousse au chocolat à 100 %.

Le Bourgogne Côte de Beaune-Villages Bouchard 1970 est aimable et, malgré un léger manque de complexité, se boit avec plaisir. Je suis absolument conquis par le Fleurie A. Fromont 1935, d’une personnalité étonnante et lumineuse.

Le clou du repas devait être la confrontation de deux vins de 1953 : le Vin rouge d’Algérie Sénéclauze 1953 et le Vega Sicilia Unico 1953 que j’ai apporté. Ayant déjà bu le Sénéclauze 1953, je suis d’abord un peu déçu par celui-ci, qui manque de brio, mais à ma grande surprise il va s’épanouir au cours du repas pour rejoindre le niveau de celui que j’avais connu. À côté, le Vega Sicilia est puissant, large, complexe, joyeux. C’est un vin assez extraordinaire.

Je n’ai pas bu le vin chilien 1967 qui figurait au programme. Le Château Haut-Brion 1970 offre l’image traditionnelle de Haut-Brion, toujours plaisant quel que soit le millésime.

Au dessert, le Vouvray Moelleux Réserve 1990 se montre franc, gourmand et fort agréable. Il me restait du déjeuner de midi le Massandra Madeira 1938, d’une complexité absolue. Nous avons fini, sur la mousse au chocolat, avec le Magnum de Maury Mas Amiel 1948, vin toujours éclatant et généreux, fait idéalement pour le chocolat.

J’ai quitté cette belle équipe, car j’avais eu à midi le déjeuner Enigma, et j’ai remercié chaleureusement ces jeunes hommes aussi brillants que généreux.