307ème dîner au restaurant Pagesjeudi, 12 février 2026

Le soir même je vais retrouver un couple de deux turcs d’Istanbul pour un dîner. Ils s’étaient inscrits pour un de mes dîners et comme j’ai été très occupé par des sujets qui n’ont rien à voir avec le vin, je n’ai pas pu constituer une table entière et j’ai repoussé la date du dîner. J’ai senti au téléphone une tristesse profonde, car ils voulaient à cette date proposée fêter un anniversaire important.

Je leur ai alors proposé de faire un de mes dîners, mais pour trois. Ils étaient heureux que je m’adapte à leurs désirs. Ce sera le 307ème dîner au restaurant Pages.

Je suis sur place à 18 heures pour ouvrir les vins et j’ai bâti une menu correspondant aux vins avec le chef Ken et le directeur Pierre-Alexandre. Aucun bouchon ne m’a posé de problème et les parfums sont encourageants.

Le Champagne Krug Private Cuvée années 60-70 fait partie d’un lot que j’avais acheté, dont toutes les bouteilles se sont montrées parfaites, malgré une présentation avec des étiquettes souvent déchirées. Ce Krug a fait un pschitt à l’ouverture ce que je trouve passionnant pour un champagne aussi âgé. Le champagne est élégant, précis et raffiné. Un grand champagne aristocrate. Nous le buvons avec un carpaccio de sériole.

Pour le carpaccio de wagyu, je fais servir le Château Laville Haut-Brion 1975 à la couleur très jeune. C’est un vin très puissant, tranchant et pénétrant comme un couteau et d’une grande longueur. Ce vin blanc fait si jeune qu’on pourrait lui donner moins de vingt ans alors qu’il en a cinquante ! C’est un grand vin expressif. Le poisson qui accompagne le vin a une sauce un peu lourde mais la coque donne une fraîcheur marine idéale qui donne un coup de fouet au vin.

Le Chambertin Grand Cru Louis Latour 1955 est d’un charme certain. Il paraît jeune et lui aussi sans âge. Sa subtilité élégante a le charme des grands chambertins. Le homard à la sauce intense crée un bel accord qui surprend mes convives. L’accord avec le wagyu est beaucoup plus naturel mais les deux plats montrent des facettes qui se justifient.

Le Château d’Yquem 1976 n’était pas mon choix initial mais le désir de la charmante stambouliote. Il d’un grand classicisme généreux et parfait.

Depuis des années j’avais partagé en fin de repas avec des convives une Fine de Mouton que j’avais achetée dans une boîte portant la mention : Fine de Mouton Cave personnelle de Philippe de Rothschild. Ce couple aura eu l’occasion de boire les dernières gouttes de ce bel alcool dont il ne reste rien et dont je n’ai pas d’autres exemplaires.

L’ambiance de ce dîner à trois a été extrêmement chaleureuse. Lorsqu’ils ont quitté le restaurant et qu’il me restait à ranger toutes mes affaires, les personnes des trois tables voisines ont demandé à ce que l’on fasse des photos d’eux avec moi. Cette célébrité éphémère a fait plaisir au personnel éronné du restaurant Pages.

Mes deux convives ravis vont demain célébrer leur anniversaire au restaurant Plénitude. Ils se sont inscrits au dîner que je ferai au mois de mai. Voilà une belle soirée.