D’autres occasions de repas avec des vins mercredi, 4 août 2021

Un soir, sans prétexte particulier, j’ouvre un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle sans année récent. J’ai une inclination pour ce champagne élégant, très floral. Le champagne est subtil et agréable, mais il mériterait de vieillir vingt ans de plus.

Nous retournons au restaurant l’Aventure sur la plage près du port. La langouste que nous avons prise est absolument délicieuse, précédée de moules gourmandes. Le Champagne Ruinart Brut sans année est à peu près la seule option possible sur la chiche liste des vins. Il tient bien son rôle sur un tel repas, se montrant franc et direct.

Il y a bien longtemps que nous n’avons pas bu de vin rouge. Aussi, sur un dos de cabillaud annoncé, ce sera un rouge qui entrera en scène. Avant cela, l’apéritif avec de l’anchoïade, du fromage de tête et d’autres choses à grignoter est encadré par un Champagne Dom Pérignon 1980. A l’ouverture, le bouchon s’est cisaillé et le morceau inférieur a été sorti grâce au tirebouchon. Un joli pschitt a signé son apparition. La couleur est très prononcée, d’or et de mangue. La bulle est active. Ce qui frappe c’est sa complexité. Ce champagne est large, solaire, fruité et il est porteur de bonheur. Il a la prestance d’un champagne plus vieux que 1980. C’est un très grand Dom Pérignon, qui montre, lorsque l’on pense au jeune Grand Siècle récent que nous avons bu il y a peu, à quel point l’âge est crucial pour développer la complexité et l’attrait des champagnes.

Le Château Lynch-Bages Pauillac 1978 est un vin que j’adore. J’avais eu la chance de participer à une importante verticale de ce Pauillac, avec trente-six millésimes représentés et j’avais constaté, malgré la présence d’un très beau 1929 que la période d’excellence était pour moi de 1950 à 1962 dont le 1959 m’était apparu comme l’expression du Lynch-Bages parfait. Mais j’ai pour Lynch-Bages 1978 les yeux de Chimène. Et cette bouteille au niveau de haute épaule est conforme à ce que j’attendais. Le vin est fort, évoquant le charbon et la truffe, il est intense et sa longueur est remarquable. L’accord avec le cabillaud est pertinent.

au restaurant l’Aventure

à la maison

Les vins de plusieurs repas dans le sud samedi, 31 juillet 2021

Après un faux mouvement, je sens une déchirure dans un genou, qui me fait atrocement souffrir. S’enchaînent à la suite une consultation d’un ostéopathe, du médecin qui me suit, qui s’inquiète du gonflement anormal de ma jambe. Bas de contention, bardée de médicaments et examen en hôpital pour vérifier si j’ai une phlébite. Je n’en ai pas, ce qui malgré la souffrance me pousse à ouvrir un Champagne Salon 1997. Comme il est d’usage avec ce millésime, j’ai besoin d’utiliser un casse-noix pour faire tourner le bouchon qui refuse obstinément de se détacher du goulot. Le bouchon est en fait trop long. Le pschitt est vif, et le champagne est un Salon que j’adore. Vif, dynamique, précis et cinglant, il est le Salon idéal. A chaque fois que je bois ce 1997 je me souviens du jour où Didier Depond a fait à Paris la présentation officielle de Salon 1997. Sur l’instant, j’ai eu un léger doute, que j’ai exprimé à Didier Depond qui m’a répondu : « tu verras ». Il avait bien raison car maintenant, ce Salon est absolument idéal.

A la suite de cette soirée avec des souffrances qui ne devraient pas exister dans le monde que je rêve, les vins se sont succédés au fil des visites des enfants et petits-enfants. J’ouvre un soir un Champagne Dom Pérignon magnum 1998. Lorsque le millésime 1998 est apparu, il n’a pas suscité un engouement très marqué, car il faisait suite au superbe 1996 et il allait assez rapidement être dépassé par le 2002. Il était d’ailleurs assez neutre. Mais le temps fait son œuvre et le format joue aussi pour donner à ce champagne des qualités certaines. Je l’ai aimé car il représente tout ce que l’on attend d’un Dom Pérignon classique et équilibré.

Mon fils sait que ma fille cadette adore les vins du domaine Didier Dagueneau aussi a-t-il acheté dans la boutique de vins qui jouxte celle de notre boucher-traiteur favori deux vins blancs pour le dîner. Le Pur-Sang Domaine Didier Dagueneau 2018 par Louis-Benjamin Dagueneau est un beau vin bien fait, mais j’ai vraiment trop de mal à apprécier de tels vins si jeunes, qui n’ont pas encore atteint la largeur qui les rendraient plaisants.

Il en est de même du Côtes de Provence Clos Cibonne Tibouren Cuvée Prestige Caroline rosé 2020, vin que j’adore car c’est un des plus beaux rosés typés que l’on puisse déguster, mais là franchement, c’est comme manger des fraises vertes, je ne pourrai pas m’y faire. Aussi ai-je décidé que le lendemain, nous goûterions de « vrais » vins blancs.

Nous commençons notre dîner avec en apéritif un Château Salon magnum 2002. Ce champagne a gagné en largeur, en précision et le format magnum le rend plus confortable. C’est un grand champagne bien construit. Sur une rillette de porc, il est parfait.

Le Silex Domaine Didier Dagueneau Blanc fumé de Pouilly 2014 par Louis-Benjamin Dagueneau montre un écart sensible par rapport au Pur-Sang d’hier, car le temps a fait son œuvre. On sait que le Silex a une minéralité exacerbée qu’on adore, mais je l’ai trouvé un peu strict et un peu monolithique.

La merveilleuse surprise vient du Chablis Grand Cru La Moutonne Domaine Long-Dépaquit Albert Bichot 2002. Ce vin est dans une forme éblouissante, joyeux, large, fruité, complexe, équilibré et parfait. Quel vin de plaisir ! Sur des soles, il a brillé.

Dans ce dîner je classe en premier l’éblouissant Chablis, puis le séduisant Salon et enfin l’enfant terrible Silex.

déjeuner au restaurant BOR mercredi, 21 juillet 2021

Nous avons de beaux souvenirs de déjeuners au restaurant BOR, directement sur la mer, juste après le port d’Hyères. Il y avait des cigales de mer, des gambas superbes et je commandais quasi systématiquement du Cristal Roederer. Le propriétaire a vendu juste avant l’apparition du Covid, ce qui dénote un sens inné de l’opportunisme. Nous y allons et avons une jolie table à moins de trois mètres de l’eau. Il n’y a plus de cigales, plus de gambas, mais il y a toujours Cristal Roederer, que je commande avant même d’avoir choisi le menu. Nous prenons ma femme et moi chacun une daurade et en entrée, je prends tomate mozzarella. Quand mon entrée arrive, je vois une tomate qui ressemble à s’y méprendre à une tomate d’hiver, sans couleur et insipide, alors que nous sommes au cœur de la saison des tomates.

La daurade est très correcte. Le Champagne Cristal Roederer 2012 a une couleur très pâle. Dès le premier contact, je suis conquis. Ce champagne est élégant, solide, bien construit et donne à chaque gorgée un sentiment d’excellence. Il me semble que ce champagne est promis à un bel avenir. Il est délicieux sur des olivades, sur la mozzarella et sur le poisson. Il accompagne élégamment un dessert au chocolat réussi. Nous avons ravivé les souvenirs de ce restaurant, mais nous avons perdu le fil qui nous y rattache. A eux de faire l’effort. Ce champagne m’a ravi ainsi que ce moment avec mon épouse.

le restaurant est directement sur la mer

le menu :

Des vins qui jalonnent les vacances samedi, 17 juillet 2021

Pour un anniversaire, j’ouvre un Champagne Dry Monopole Heidsieck & Co 1955. Le haut du bouchon a une cape déchirée très sale qu’il faut nettoyer avant de tirer le bouchon. Le bouchon parfaitement cylindrique vient facilement, d’un liège de grande qualité. Il n’y a pas de pschitt, pas de bulles, mais le pétillant est sensible en bouche. La couleur est ambrée et belle. Ce champagne est large, plein en bouche et extrêmement rassurant. Il met des sourires sur nos visages. Il a acquis une maturité sereine et n’offre que du plaisir. Sur des tempuras de fleurs de courgettes, c’est un régal.

Nous retournons au restaurant l’Aventure pour manger de beaux poissons. Il n’y a plus de Champagne Ruinart, car nous avions pris la dernière bouteille. Le Champagne Piper-Heidsieck cuvée brut sans année est moins enthousiasmant que le Ruinart. Mais au bord de l’eau, on le boit avec plaisir. On est en vacances !

L’allocution du Président de la République le 12 juillet m’a pris de court comme un passing-shot. Entendre un tel aplomb pour dire que tout était sous contrôle, que la terre entière nous envie et que nous avons fait mieux que les autres pays dans les domaines, ça m’a laissé sans voix. Je n’ai pas écouté la fin de son allocution car elle faisait un peu trop campagne électorale. Alors, il fallait quelque chose pour me remonter. J’ai choisi un Domaine de Terrebrune Bandol 1997. Quel bonheur, quelle fraîcheur. Le nez est un rêve de garrigue. En bouche le vin est frais et velours. Après le discours présidentiel, je l’ai trouvé charmant, typique de son terroir, mais il y a quand même un manque de profondeur et de richesse. Il est aérien et c’est ainsi qu’il faut le lire.

Le lendemain, pour un autre anniversaire, j’ouvre un Vega Sicilia Unico 1998. Depuis quelques années, j’ouvre les vins jeunes et riches de fruits au dernier moment, au plus près de leur service, afin que les premières gorgées offrent l’éclosion de ces vins. Et l’effet sur moi est spectaculaire. Car la première gorgée est un feu d’artifice de fruits noirs qui part dans toutes les directions de saveurs. Ça virevolte dans ma tête. Le vin est riche, fruité, gouleyant et sa jeunesse est bien structurée. C’est un vin de pur plaisir. Lorsqu’on dépasse la moitié de la bouteille, le vin est toujours aussi jeune et entreprenant mais sa démarche est plus ordonnée. Il n’est plus le feu follet qui m’enthousiasme. Ce Vega Sicilia Unico est un vin puissant que j’apprécie au plus haut point, et ses premiers moments débridés me ravissent.

Avec ma fille cadette une envie d’apéritif se fait sentir. C’est le moment d’ouvrir un champagne que je chéris, un Champagne Krug Grande Cuvée étiquette crème qui doit dater de la fin des années 80 et début des années 90. Le bouchon vient entier, parfaitement cylindrique mais très court. Ce Krug me gratifie d’un pschitt vigoureux, ce que je n’attendais pas. La robe est belle, d’un léger ambre tendant vers le rose. La bulle est bien présente.

Le nez est agréable et subtil. En bouche ce qui me frappe c’est une acidité supérieure à ce qu’elle devrait être. De ce fait le vin est resserré et n’a pas l’opulence et la largeur qui font son charme. Nous l’aimons, car il est noble et subtil, mais il n’atteint pas le charme qu’il est capable d’offrir. Il faudra vérifier sur une autre bouteille de ce grand champagne.

Restaurant l’Aventure samedi, 17 juillet 2021

Sur la plage du port il y a un restaurant qui s’appelle l’Aventure. On y déjeune les pieds dans le sable et la tête protégée du soleil par des canisses.

La proximité du port des pêcheurs permet au restaurant d’offrir de beaux poissons. Je partagerai avec ma nièce une daurade rose accompagnée d’un aïoli puissant.

J’ai commandé un Champagne Ruinart Blanc de Blancs sans année qui n’a pas la complexité des champagnes anciens mais joue bien son rôle pour faire de ce repas avec quatre enfants un moment de joie estivale. Ce restaurant au service impeccable est une belle étape de vacances.

La maison du sud se remplit d’enfants et de petits-enfants. A l’apéritif il y a des chips à la truffe et d’autres chips que l’on trempe dans une crème originale à la betterave et au raifort.

Bulletins du 1er semestre 2021, du numéro 899 à 920 lundi, 5 juillet 2021

Bulletins du 1er semestre 2021, du numéro 899 à 920

(bulletin WD N° 920 210629)   Le bulletin n° 920 raconte : déjeuner à l’hôtel du Marc de Veuve Clicquot avec des vins merveilleux, déjeuner du dimanche de la Pentecôte et déjeuner de lundi de Pentecôte, l’un des plus beaux de ma vie.

(bulletin WD N° 919 210623)   Le bulletin n° 919 raconte : le 250ème diner au château de Saran avec trois vins centenaires et déjeuner au siège de la maison Salon Delamotte avec un vin d’Henri Jayer et un sublime Salon.

(bulletin WD N° 918 210615)   Le bulletin n° 918 raconte : apport des vins du 250ème dîner au château de Saran et mise au point du menu, au cours d’un repas de famille, dégustation de vins aux niveaux extrêmement bas, au château de Saran ouverture des vins du dîner et à Hautvillers dégustation pertinente de Dom Pérignon P1, P2 et P3.

(bulletin WD N° 917 210608)   Le bulletin n° 917 raconte : 249ème dîner de wine-dinners à la Maison Belle Epoque de la maison de champagne Perrier Jouët.

(bulletin WD N° 916 210601)   Le bulletin n° 916 raconte : dîner de préparation d’un grand repas, déjeuner sous le signe des accords avec les liquoreux, déjeuner de conscrits dans ma cave.

(bulletin WD N° 915 210525)   Le bulletin n° 915 raconte : dîner d’anniversaire, déjeuner d’anniversaire et le dîner qui lui fait suite et déjeuner à la Maison Belle Époque de la maison Perrier-Jouët en préparation d’un futur dîner en ce lieu.

(bulletin WD N° 914 210518)   Le bulletin n° 914 raconte : dîner au domicile d’un ami qui accueillit le lendemain le 248ème dîner de wine-dinners, marqué par un improbable et incertain jéroboam de Romanée Conti 1961 qui a été plébiscité par tous.

(bulletin WD N° 913 210511)   Le bulletin n° 913 raconte : déjeuner de famille avec des vins surprenants, achat d’un jéroboam de Romanée Conti 1961 et ouverture du jéroboam au domicile d’un ami.

(bulletin WD N° 912 210504)   Le bulletin n° 912 raconte : déjeuner du lundi de Pâques et déjeuner en cave avec mon fils.

(bulletin WD N° 911 210427)   Le bulletin n° 911 raconte : dîner et déjeuner d’avant Pâques avec mon fils de passage en France.

(bulletin WD N° 910 210420)   Le bulletin n° 910 raconte : déjeuner chez des amis, déjeuner dans ma cave avec un ami et dîner à domicile.

(bulletin WD N° 909 210412)   Le bulletin n° 909 raconte : déjeuner impromptu dans ma cave avec un ami belge, dîner au caviar et champagne et déjeuner de famille dans ma cave qui devient petit à petit ma cantine quand les restaurants sont inaccessibles.

(bulletin WD N° 908 210330)   Le bulletin n° 908 raconte : visite surprise dans le sud, dîner de retrouvailles et déjeuner dans ma cave avec six vins du domaine de la Romanée Conti, 247ème de mes repas.

(bulletin WD N° 907 210317)   Le bulletin n° 907 raconte : déjeuner amical dans ma cave avec les vins qui restent de la veille, déjeuner avec mon coach et sa fille, déjeuner chez des amis et 246ème déjeuner de wine-dinners dans ma cave.

(bulletin WD N° 906 210310)   Le bulletin n° 906 raconte : déjeuner avec un écrivain du vin dans ma cave, dîner ‘en solo’ le jour de la Saint-Valentin, déjeuner en ma cave avec un ami sur un menu préparé par le restaurant Neige d’Eté et deux bordeaux du 19ème siècle.

(bulletin WD N° 905 210303)   Le bulletin n° 905 raconte : déjeuner dominical avec des vins des années précédant et suivant la Grande Guerre, 1913 et 1919.

(bulletin WD N° 904 210223)   Le bulletin n° 904 raconte : un Dom Ruinart bu en solitaire, un Rimauresq bu aussi en solitaire, un déjeuner avec une amie et des grands vins et retour à Paris pour faire honneur à La Tâche 1957 du Domaine de la Romanée Conti.

(bulletin WD N° 903 210209)   Le bulletin n° 903 raconte : déjeuner avec un ami dans la maison du sud, déjeuner chez notre boucher-traiteur préféré et déjeuner chez des amis du sud.

(bulletin WD N° 902 210127)   Le bulletin n° 902 raconte : arrivée dans le sud après Noël, dîners et déjeuners, préparatifs du réveillon et dîner du réveillon de la Saint-Sylvestre.

(bulletin WD N° 901 210119)   Le bulletin n° 901 raconte : dîner de la veille de Noël et déjeuner de Noël en famille, occasions d’ouvrir des grands vins.

(bulletin WD N° 900 210112)   Le bulletin n° 900 raconte : dîner de famille avec deux de mes enfants et des vins enthousiasmants.

(bulletin WD N° 899 210105) Le bulletin n° 899 raconte : déjeuner avec ma fille et un Pouilly-Fuissé 1947, préparation des vins de futurs dîners et dîner avec mon fils et un Lafite 1900 éblouissant.

Un magnifique Rimauresq de 35 ans mardi, 29 juin 2021

Nous recevons dans le sud des amis du monde de la restauration. Elle est cuisinière et cuisine remarquablement. Son mari faisait équipe avec elle en dirigeant la salle et la sommellerie. Ce sont des gourmets connaisseurs.

Pour préparer leur venue je suis allé faire des emplettes chez notre boucher-traiteur ami. Sa boutique jouxte celle d’un marchand de vins que je vais saluer. Nous bavardons et je lui demande s’il a fait des découvertes. Il me suggère de prendre un Champagne Roger Coulon. Pourquoi ne pas l’essayer avec ces amis ?

L’apéritif consiste en une délicieuse tarte aux oignons (du jardin) préparée par mon épouse, dont l’avantage est que les saveurs sucrées de l’oignon vont convenir au Champagne Roger Coulon Heri-Hodie Premier Cru Extra Brut dégorgé en janvier 2021 qui est fait de pinot meunier dont 90% sont des vins de la réserve perpétuelle. La surprise est agréable car le champagne dosé à trois grammes n’a pas le caractère abrupt des extra-bruts. Il est bien construit, droit, agréable à boire et la suggestion du caviste se révèle pertinente. Ce champagne est même élégant.

Le menu préparé par mon épouse est : foie gras / poulet cuit à basse température / camembert Jort / gâteau au citron / gâteaux noisettes café.

Sur le délicieux foie gras préparé par ma femme je sers un Champagne Substance Jacques Selosse dégorgé en avril 2018. Le parfum de ce champagne est incroyable. On pourrait passer des heures à le sentir. C’est fou. Et bien sûr on mesure le fossé qui sépare ce champagne du précédent. Mais ça ne déprécie pas le Roger Coulon. Le champagne Selosse est incroyablement équilibré, intense et beaucoup plus civilisé que d’autres Substance. Cette gentillesse de ton n’est pas une habitude des champagnes Selosse. Je pense que celui-ci est probablement l’un des meilleurs Substance que j’aie bus.

Le poulet à la chair blanche est fondant tant il est cuit à la perfection. Le Rimauresq Côtes de Provence 1985 a été ouvert plus de quatre heures avant le déjeuner. Son parfum exhalait la garrigue. Ce vin est une récompense. Le parfum maintenant est large, civilisé, doux, tout en annonçant un vin puissant. En bouche c’est un miracle. Il y a bien sûr la garrigue et le romarin mais si on oublie ces signaux, il a tout d’un grand bourgogne, noble, équilibré, dans un état de perfection absolue. L’âge sourit aux Côtes de Provence et particulièrement à ce Rimauresq. On pourrait dire qu’il s’agit d’un vin parfait, car tout est assemblé et cohérent et il est inimaginable qu’il puisse être meilleur. L’accord du vin rouge avec le camembert Jort parfaitement affiné est irréellement grand.

Pour le dessert, j’ouvre un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle des années 60 qui, comme les autres du même âge, a un bouchon qui se cisaille, la lunule inférieure étant enlevée au tirebouchon. De couleur ambrée il a une bulle rare mais un joli pétillant. C’est un vin rond de plaisir. Doux, plein de charme, il accompagne bien les desserts.

Mon classement est : 1 – Rimauresq 1985, 2 – Substance de Selosse, 3 – Grand Siècle années 60, 4 – Champagne Roger Coulon. Les deux premiers de ce classement sont tout-à-fait exceptionnels, au sommet absolu de leur art. Beau déjeuner d’amitié.

Dégustation de vins du Rhône au restaurant La Cabro d’or lundi, 28 juin 2021

Ceci se passe il y a deux ans et demi. Frédéric est dans un TGV. Il est amateur de vin, il en vend et organise des événements sous le nom de « Grand Cru Wine Consult ». Il lit la revue Vigneron où j’écris une page, parfois deux, depuis des années et en bas de mon article il y a mon adresse mail. Dans le train il m’écrit un mail et nous commençons à converser par mails.

Récemment, il m’annonce qu’au restaurant La Cabro d’Or il y aura un déjeuner avec dégustation de vins de la galaxie Rayas / Reynaud en présence d’Emmanuel Reynaud. L’idée de rencontrer ce vigneron qui fait des vins de grand renom me plait, aussi, après avoir payé ma participation, j’annonce à Frédéric que j’apporterai un vin de ma cave. Dans mon idée, si nous sommes répartis en deux tables, j’offrirais à ma table le Salon 1997 que j’ai prévu de prendre. Mais Frédéric, songeant à mettre ses convives à égalité, téléphona à Didier Depond président de Salon qui lui mit à disposition un autre Salon 1997.

Lorsque j’arrive au restaurant, il y a déjà des membres du club. L’idée qui vient à l’esprit est de comparer les deux Salon. L’un est de ma cave, reçu au moment où le champagne a été commercialisé. Le champagne a été livré dans mon ancienne cave, a été transféré dans ma nouvelle cave parisienne, puis transporté dans ma première cave du sud, puis dans ma deuxième cave du sud. La bouteille de Frédéric vient directement des caves de Salon et c’est certainement un dégorgement récent.

Comme je m’y attendais je n’arrive pas à déboucher ma bouteille car le bouchon est trop serré dans le goulot. Chez moi j’utilise un casse-noix mais ici il n’y en a pas. C’est Gilles Ozzello, le sommelier historique de l’Oustau de Baumanière qui arrive à le tirer. L’ouverture fait un beau pschitt.

Le Champagne Salon 1997 de ma cave a un nez absolument superbe et en bouche, ce qui frappe, c’est l’épanouissement merveilleux de ce champagne. Il est puissant mais agréable, cohérent, noble, d’un raffinement enthousiasmant.

J’arrive à ouvrir le Champagne Salon 1997 ajouté par Frédéric ce qui montre bien que l’embouteillage n’a pas été fait à la même période. Le pschitt est beau et le bouchon est très jeune. C’est un beau 1997 mais sur tous les compartiments du jeu, il joue moins bien que le premier. Il y a une cohérence dans le premier qu’on ne retrouve pas dans le second. On ne peut pas tirer des leçons de cette expérience qui auraient valeur de loi, mais j’en retiens une qui est que les champagnes sont des vins solides que les transports n’usent pas autant que certains l’imaginent.

J’ai une passion certaine pour Salon 1997 et celui que j’ai apporté fait partie – de mémoire – des plus grands que j’ai bus.

Pendant l’apéritif et en attente de tous les convives qui arrivent en chapelet, je raconte des anecdotes en répondant aux questions qui me sont posées. L’ambiance est particulièrement amicale.

Comme il faisait soif en attendant les derniers arrivant, on déboucha le Champagne Baumanière blanc de blancs Grand Cru, cuvée Jean-André Charial, direct, franc et bien agréable à boire.

Nous passons à table et contrairement à ce que j’imaginais nous sommes répartis en six ou sept tables de quatre ou cinq et non pas en deux tables comme je le supposais. Les participants sont de tous âges, de toutes occupations mais sont tous sympathiques, souriants et amoureux des vins.

Le menu réalisé par le chef Michel Hulin est : langoustines mi- cuites dans leurs carapaces, huile d’olive vanillée, mangue verte er betterave, vinaigrette safranée / dos de loup cuit lentement, fenouil au confit de citron et tomates séchées, crumble au vieux parmesan / agneau confit et caramélisé à la broche, feuille à feuille de pomme de terre à l’ail noir, pain soufflé à l’anchoïade / assiette de fromages / zéphyr de pamplemousse au gin, écume aux éclats de meringue et coriandre / meringue croustillante, crème légère vanille, confit de fraises, fraises fraîches et sorbet aux herbes.

Le Domaine des Tours, Vin de pays de Vaucluse blanc Clairette 2016 est tout jeune, tout frêle et je le trouve très sympathique. Il porte en lui une belle émotion liée à sa jeunesse et à sa vivacité. L’accord avec les délicieuses langoustines est idéal.

Les Tours Grenache blanc, Indication géographique protégée Vaucluse 2016 est un vin totalement opposé au précédent. L’un était gracieux, celui-ci est guerrier, offensif, voire trop. Sur le loup, il aurait fallu beaucoup moins d’énergie. Le vin se calmera sans doute dans quelques années mais pour l’instant, je n’en profite pas.

Nous allons nous livrer à une dégustation à l’aveugle mais limitée puisque nous savons de quels vins il s’agit. Les verres sont numérotés 1 et 2 et les vins sont : Pignan et Rayas du même millésime, 2006. Je connais Rayas et je n’ai pas eu l’occasion de goûter Pignan.

Le premier vin a un parfum à se damner. Quelle magnifique évocation. En bouche, il est délicieux, extrêmement bourguignon. J’adore ce vin. Je ne me prononce pas encore mais on sait que Rayas a la réputation d’être le plus bourguignon des Châteauneuf-du-Pape.

Le deuxième vin a un nez très faible, fermé. En bouche ce qui frappe c’est la grande richesse de vin, mais d’un vin fermé. On sent le potentiel que le vin refuse de délivrer. Alors, il me semble que le deuxième est Rayas et cela est confirmé.

Le Pignan Châteauneuf-du-Pape 2006 est merveilleux en ce moment. Dans quelques années le Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 2006 lui passera devant. C’est un grand vin mais qui ne s’exprime pas assez. Emmanuel Reynaud qui n’est pas venu avait prévu un Rayas 2007 et avait changé pour 2006, croyant qu’il s’exprimerait mieux. Ce ne fut pas le cas.

Vient maintenant une expérience amusante. On met sur table des verres déjà remplis. Les verres sont opaques et l’on ne peut pas voir la couleur. Je sais qu’on peut facilement se tromper dans cet exercice, mais pour moi, le nez exclut un rouge. Je réponds donc blanc. En fait c’est un rosé. Il est extrêmement simple mais ne laisse pas indifférent. Et sur le dessert, l’acidité des fruits a joué le jeu avec cet étonnant Parisy Vin de table rosé 2013 qui titre quand même 14°. Original il a sa place sur les tables d’été.

L’un des sponsors du club met à disposition de ces dégustations des verres dont, comme il se doit, il vante les qualités, et il présente un autre de ses cadeaux, un Champagne Rémi Leroy jéroboam dégorgé en 2019, fait de 45% de chardonnay et le reste en pinot noir (si j’ai bien lu), et qui comporte des champagnes de 2014 et 20% de champagnes de réserve. Le terroir est de la Côte des Bar. On sent tout de suite que l’effet jéroboam joue à plein, car le champagne a une rondeur qu’il n’aurait pas naturellement. J’aime beaucoup sa fluidité. Il n’est pas très complexe, mais il se boit avec plaisir.

Que dire de cette dégustation ? Frédéric est extrêmement sympathique et les membres de tous âges de Grand Cru Wine Consult sont tous souriants, accueillants et amoureux des vins. J’aurais évidemment préféré qu’Emmanuel Reynaud tienne son engagement, mais Gilles Ozzello, si compétent sommelier et puits de sciences a su captiver chacun. J’ai rencontré des vignerons amis, ce qui fait que je suis ravi de ce déjeuner et de cet après-midi.

Il est de tradition que mon vote couronne un vin que j’ai apporté. Je sais, c’est mon côté mère poule qui adore ses petits, mais c’est comme cela. Donc mon vote sera : 1 – Champagne Salon 1997, 2 – Pignan Châteauneuf-du-Pape 2006, 3 – Domaine des Tours, Vin de pays de Vaucluse blanc Clairette 2016, 4 – Parisy Vin de table rosé 2013, et j’ajouterai quand même car c’est un grand vin : Château Rayas Châteauneuf-du-Pape 2006.

Longue vie à ce sympathique club de dégustation.

contact : gc.wineconsult@gmail.com

Dernier repas à Paris et premiers repas dans le sud dimanche, 27 juin 2021

Le lendemain du déjeuner au restaurant Le Sergent Recruteur, je reçois à déjeuner ma fille cadette et une nièce de ma femme qui va se rendre dans notre maison du sud le lendemain. Ma fille a préparé des plats vegan et j’ouvre un Champagne Comtes de Champagne Taittinger Blanc de Blancs 2007. Ce champagne est fort agréable et frais, mais je mesure l’invraisemblable différence qui existe entre les champagnes anciens que j’ai bus hier, de 1973 et 1961, et ce jeune champagne. La divine complexité est chez les champagnes anciens. Amateurs mes frères, faites vieillir vos champagnes. C’est un investissement au rendement gustatif assuré.

Dans la nuit, une incroyable tornade s’est abattue sur la région parisienne, faisant voler les chapeaux des cheminées de ma maison. J’ai eu peur.

Ça y est, c’est le jour du départ dans le sud. Là-bas, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté, dirait Baudelaire. Le premier soir, j’ai envie de manger du caviar avec deux champagnes, un jeune et un vieux de la même maison, pour vérifier une fois de plus si mon amour pour les champagnes anciens est justifié. J’ouvre un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle très récent dont le fort pschitt et le bouchon qui se gonfle dès qu’il est retiré montre sa jeunesse.

J’ouvre aussi un Champagne Laurent-Perrier Grand Siècle que j’estime des années 60 ou début des années 70 ce qui est confirmé par l’absence de pschitt et le fait que le bouchon ne veut pas sortir, le haut se déchirant et le bas ne venant qu’au tirebouchon.

Nous commençons par des fraises fraîches qui sont délicieuses sur la fraîcheur du jeune champagne. Une poutargue bien moelleuse et délicieuse se conçoit bien avec le jeune mais l’ampleur du champagne ancien, à la couleur ambrée et au charme infini trouve un écho supérieur avec le gras de la poutargue.

Le caviar osciètre forme un bel accord avec le jeune, mais le champagne ancien décuple le plaisir. Ce champagne ancien est dix fois plus complexe, dix fois plus large et dix fois plus gourmand. La question est donc réglée, sans appel possible, le bonheur est avec les champagnes anciens.

Avec un camembert Jort à l’affinage idéal, le mariage est voluptueux avec le champagne ancien. Cela ne veut pas dire que le champagne jeune serait sans intérêt. Il est un beau champagne romantique, mais le plus vieux est flamboyant. Il me semble que les amateurs de vins qui ont la faculté de faire vieillir des vins – ce qui est hélas de plus en plus rare – devraient en priorité réserver un espace important aux champagnes, car l’effet du vieillissement est beaucoup plus important que pour les autres vins.

Le lendemain, nous nous rendons avec notre nièce au restaurant L’Hemingway à La Londe des Maures, restaurant installé sur une jolie plage et décoré avec goût. On y mange bien car les produits sont bons. J’ai décidé de ne pas boire sauf de la bière mais je me rattraperai lors d’une prochaine visite en ce lieu que j’apprécie.

Hemingway