Archives de catégorie : vins et vignerons

Chaire UNESCO « Culture et Tradition du Vin » vendredi, 1 octobre 2010

Lors d’un grand dîner de l’Ordre des Coteaux de Champagne, j’avais rencontré une femme qui est responsable de la Chaire UNESCO « Culture et Tradition du Vin ». Nous avions bavardé et l’idée que je fasse une conférence lors de la session annuelle de cette Chaire a pris de la consistance.

Le jour venu, ou plutôt le lendemain du début de programme, je me présente au Château de Clos Vougeot, la magnifique bâtisse du 15ème siècle qui accueille les célèbres réunions des chevaliers du Tastevin, pour écouter des conférences d’un grand intérêt. Les conférences couvrent de multiples sujets, comme un musée du vin dans le Valais, l’émergence d’une viticulture dans des zones tropicales du Brésil, avec trois récoltes par an, le rôle du tonneau de bois dans la personnalité du vin, le rôle du consultant auprès des vignerons, ces deux sujets contribuant à réfléchir sur la notion de terroir. Nous avons eu une conférence de Jacky Rigaut sur la dégustation géo-sensorielle et des contributions scientifiques sur le goût en liaison avec nos organes sensoriels, avec la variation des réactions, selon que l’on est professionnel ou dégustateur amateur. J’ai donné envie aux participants en parlant de vins anciens et en parlant de la façon de comprendre et mettre en valeur les vins anciens, et l’envie s’est carrément transformée en faim quand un grand chef a donné des exemples de menus dans lesquels les recettes font appel au vin dans leur mise en œuvre.

Nous avons eu deux déjeuners dans une salle du château de Clos Vougeot avec une très convaincante cuisine. Un maître d’hôtel m’ayant pris en amitié, trouvait le temps de venir me raconter les vins anciens qu’il avait adorés. L’un des dîners se fit au restaurant Chez Guy où la cuisine est bonne, et un autre au château de Gilly où la cuisine n’est pas du même niveau, compensée fort heureusement de grands vins de bordeaux apportés par le présentateur de l’ouvrage "Grands Crus Classés – Grands Chefs Etoilés" que j’avais déjà lu puisqu’il a été couronné par le prix Edmond de Rothschild, dont je suis membre du jury. Nous avons pu boire des vins différents disséminés à chaque table, dont un convaincant Palmer 2001, un joli Léoville-Poyferré 2004 et un beau Rauzan-Ségla 2003. J’ai quitté le groupe sympathique de chercheurs, d’universitaires, d’historiens et de philosophes passionnants, car un rendez-vous urgent, dont le programme a fait saliver mon auditoire, m’attendait à Lyon.

maison Faiveley au restaurant Taillevent lundi, 13 septembre 2010

Tous les ans, au mois de septembre, Bipin Desai, le célèbre collectionneur américain, emmène avec lui en France un groupe d’amateurs américains. C’est l’occasion, pendant une dizaine de jours, de visiter des grands restaurants de France, d’Espagne et de Belgique, avec des thèmes précis de vins pour certains dîners. Ce soir, le groupe se retrouve au premier étage du restaurant Taillevent pour une dégustation de vins de la maison Faiveley, célèbre vigneron bourguignon. Erwan Faiveley, le jeune dirigeant de cette maison liée à un grand groupe industriel possédé par sa famille et Bernard Hervet, son bras droit, l’une des personnes qui connaît le mieux le vin de Bourgogne, nous font goûter dix-sept vins de leur maison.

Nous sommes 24. Il y a deux bouteilles pour chaque vin. On imagine les problèmes d’intendance que représente le service de plus de quatre cents verres. La maison Taillevent en a l’habitude, Jean-Claude dirigeant le ballet des serveurs avec une bonne humeur légendaire.

Nous prenons l’apéritif debout avec un Champagne Taillevent non millésimé, que je trouve beaucoup plus agréable que lors du dîner que j’avais organisé ici il y a moins de cinq jours. Il se boit bien, et la coupe est souvent resservie, les gougères servant de multiplicateur d’intérêt et d’envie.

Le menu composé par Alain Solivérès est : épeautre du pays de Sault en risotto au homard / mignon de veau de lait de Corrèze rôti aux cèpes de châtaignier / tourte de canard tradition Taillevent / fromages / cannelloni de pomme caramélisée parfumée au cidre.

Les vins sont servis par groupes de quatre ou cinq et longtemps avant le plat. Le plaisir n’en est que plus grand lorsqu’on peut enfin confronter ces grands vins avec les délicieux plats de la cuisine chaleureuse du chef.

Le Meursault Charmes Faiveley 2007 est un vin ciselé, d’une précision extrême. Le final est profond. Le vin est lourd, citronné et va bien avec l’amuse-bouche qui fleure bon la carcasse de homard. On sent le fruit confit dans ce vin élégant. C’est un grand vin, frais, au beau final. Cette dégustation démarre bien. J’aime l’équilibre entre la fraîcheur, le citronné, le fruité et la profondeur.

Le Bâtard Montrachet Faiveley 2008 a un nez doucereux qui évoque le beurre. Plus Bâtard que ce vin là me semble impossible. Il en a la typicité absolue. Il y a beaucoup de poivre et une belle trace alcoolique.

Le Corton Charlemagne Faiveley 2008 a un nez élégant et discret. Passant après le Bâtard, il est vraiment discret, mais l’entrée va le révéler. Son citronné est joli mais je le trouve un peu fermé, ce qui sera contredit plus tard, car il gagne en élégance. Il est jeune et de grande fraîcheur.

Le Corton Charlemagne Faiveley 2006 a un nez très riche, expressif et puissant. On voit que le bambin devient adolescent, avec seulement deux ans de plus que le précédent. Bernard Hervet parle d’évocations de lard fumé. Il précise qu’il y a environ 2% de grains botrytisés dans le vin, ce qui lui donne cet aspect chaleureux et profond. Il est frais, citronné avec du fruit. Le Corton Charlemagne Faiveley 2008 gagne en élégance. C’est lui qui s’accorde le mieux à l’épeautre et le Bâtard se marie le mieux au homard.

Les blancs ont été servis un peu chauds, ce qui limite l’expression de leur précision. La grâce du Corton Charlemagne 2008 est extrême.

Le Latricières Chambertin Faiveley 2008 a un nez d’une incroyable jeunesse. Je trouve ce vin très pur.

Le Latricières Chambertin Faiveley 2007 a un très joli parfum, très équilibré. Il est beau. Il possède une belle astringence, et il met en valeur le plus jeune. Le 2007 donne l’impression de ne pas avoir été éraflé. Ces deux Latricières très différents sont deux belles expressions ascétiques du grand vin de Bourgogne.

Le Chambertin Clos de Bèze Faiveley 2007 est beaucoup plus doux et séducteur que les Latricières, ce qui met d’autant plus en valeur la typicité des Latricières. Ce Chambertin est adorable d’équilibre. Ce vin est très beau avec une belle balance entre l’alcool et la pureté.

Le Corton Clos des Cortons Faiveley 2008 a un nez charmeur, doucereux. En bouche il est beaucoup plus astringent que ce que promet le nez. Il a une grande puissance et une complexité extrême. Il déroute, mais ça me convient bien. Même s’il est très vert, sa complexité me plaît. Pendant ce temps, le Clos de Bèze devient de plus en plus profond et riche.

Le Corton Clos des Cortons Faiveley 2007 est beaucoup plus doux et facile que le 2008. Il est délicat mais avec un fruit énorme. Malgré tout, je préfère le 2008. Il est parfait et surtout, malgré son jeune âge, je lui trouve de accents et des complexités de vin ancien. Bernard Hervet dit que le 2007 ressemble à l’année 1979. Je préfère le 2008.

En revenant au Clos de Bèze 2007 qui ne cesse de s’ouvrir, on perçoit mieux la rose que nous a signalée Michel Bettane en verve, qui connaît chaque parcelle de Bourgogne mieux que les vignerons !

Le Mazis Chambertin 1996 a un nez curieux qui combine la verdeur et le fruit rouge. Le verre sentant le verre, une odeur de vieille armoire me dérange. Très asséchant, ce vin ne me plaît pas.

Le Latricières Chambertin Faiveley 1993 commence à me faire entrer dans le monde des vins que j’aime. Le nez est fruité. En bouche, même si l’expression est prude, évoquant la rafle, le vin est extrêmement plaisant et j’adore, car il a le « charme discret de la bougognie ».

Le Chambertin Clos de Bèze Faiveley 1990 a un nez un peu poussiéreux. Est-ce le verre ? L’alcool est très présent. Ce vin est bon, rassurant et peu complexe. J’aurais attendu un peu plus de cette grande année.

Le Gevrey Chambertin La Combe aux Moines 1935 a une couleur très jeune. Le nez est très précis et très jeune lui aussi. Le vin est long, avec un beau final de fraîcheur. Il n’est pas exubérant, car l’année ne l’est pas, mais il plait beaucoup. Je retrouve dans le 1993 la salinité bourguignonne que j’aime. Le 1990 me semble un peu trop « facile ». Le 1935 combine complexité et longueur.

Il faut bien des 2005 pour faire contrepoids à la lourde tourte de canard, une institution du restaurant, toujours délicieuse. Le Mazis Chambertin 2005 a une couleur qui évoque la densité. Le nez est très grand. Le vin très tannique est plein de fruits rouges. Il est riche avec une amertume très faible.

Le Latricières Chambertin Faiveley 2005 a une couleur plus orangée. Il est plus astringent. Autour de moi il n’y a que des experts et les vignerons. Ils préfèrent tous le Latricières au Mazis, ce qui n’est pas mon cas. Je ne périrais pas sur le bûcher pour défendre ma foi.

Le Chambertin Clos de Bèze Faiveley 2005 a une belle couleur. Le nez est racé. Le vin est équilibré et très rond, mais Bernard Hervet tempère notre enthousiasme en disant que les trois vins ont connu des problèmes de fûts.

Pour les deux fromages, un comté de 36 mois et un brie, Bipin a voulu un vin blanc. C’est donc le tour du Corton Charlemagne Faiveley 2001. Ce vin a un nez grandiose. C’est un vin glorieux, divin. Il a tout pour lui.

Le dessert est accompagné d’un Château Coutet Barsac 1990, mais je pense que ce serait plutôt un 1999, car les accents un peu glycérinés n’appartiennent qu’aux très jeunes. Ce vin qui n’est pas encore assemblé est assez difficile à boire après la série des bourguignons.

Bernard Hervet toujours aussi passionné nous a parlé avec flamme des progrès qui sont en cours, qui promettent de très grands vins, avec des évolutions dans la ligne de ce que nous avons constaté. La maison Faiveley fait des vins purs, peu séducteurs, jouant plus sur la précision pour convaincre. La personnalité de Bernard Hervet s’inscrit parfaitement dans cette ligne historique. Erwan Faiveley , qui poursuit un MBA à New York peut étudier tranquille : son domaine, dont Michel Bettane a vanté la qualité des terroirs, est dans de bonnes mains.

J’ai fait mon vote sans le divulguer : 1 – Corton Charlemagne Faiveley 2001, 2 – Gevrey Chambertin La Combe aux Moines 1935, 3 – Latricières Chambertin Faiveley 1993, 4 – Corton Clos des Cortons Faiveley 2008.

Ces dégustations thématiques sont d’un grand intérêt. Dans le cadre prestigieux de Taillevent et une cuisine élégante et rassurante, s’y ajoute le plaisir.

dégustation Faiveley – photos lundi, 13 septembre 2010

Erwan Faiveley entouré de personnalités du monde du vin ou de journalistes : Erwan, Anthony Hanson et Frédéric Durand-bazin, puis Michel Bettane, Erwan et Anthony.

les plats du restaurant Taillevent, dont la tourte au canard légendaire

une partie des 17 verres qui ont été dégustés

An unforgettable dinner in Chateau de Beaune with 5 wines before 1870 vendredi, 25 juin 2010

The dinner that is told has been developed with and by the leaders of maison Bouchard Père & Fils. The day included various recent wine tastings at the Domaine de la Romanée Conti and at the Liger-Belair estate, a lunch with Louis Michel Liger-BelAir and will feature another tasting after the opening of the dinner wines.

At 5 pm precisely, I am ready to open the bottles which are all present in the back kitchen of the castle of Beaune.

A Swiss friend wants to photograph the bottles before they are opened. He came with a small polystyrene tabernacle to make accurate photographs by managing the lighting. I admire this refinement, but my pictures have a definition of points divided by fifty between the picture I take and the one I put on my blog because they have to be reduced. Does the extra precision have so much interest?

My Swiss friend opens the two bottles that he brought with his Swiss friend, and he plays on velvet because the Lafite 1844 and Lafite 1858 were recorked at the castle in 1983. Their perfumes, very close, are promising. My job is harder, because I have to deal with much older corks. The original Margaux 1929 cork is of a magnificent quality. It is flexible, but it did not stick to the glass, which explains a drop in level to the shoulder that I considered acceptable. The friend who brought it has a reserve bottle. In spite of a slightly roasted nose, it seemed useless to open the wine of rescue.

The part is complicated to open the cork of the La Tour Blanche 1869 that I brought. Due to the heat, the wine has a little oozing and surrounded the circumference of the bottle with a fatty liquid. But the level in the bottle is exceptional for a bottle with the original cork: it is at the base of the neck. The cork breaks into many pieces. Stéphane Follin-Arbelet would like to help me, but I prefer to finish without help. All the broken pieces come out and the smell that invades the room is extraordinary. One feels the citrus fruits that will be freed. The wine looks perfect. I am happy. I then open the tiny bottle of Cyprus wine 1841 and the cork is completely glued to the neck of glass. So, when I pull the corkscrew, I only remove a small cylinder from the torn center, and I have to separate the cork from the neck by cutting with a sharp tip of very small pieces. Inevitably crumbs fall into the wine, which I will remove at the time of the service with a spoon directly in the glasses. The perfume of this wine is to be damned. I’ve never smelt anything so heady and peppery.

Stéphane urges us to go to the cellar of the castle to make a vertical tasting of the Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils.

After this tasting, we go back with our glasses of Cabotte 1992 on the beautiful terrace which overlooks the gardens implanted in ancient moats of the city fortress. Joseph Henriot joins us, all smiles, and gratified each one with kind compliments. In our group, from the house of Bouchard, Stéphane managing director and Philippe the man who makes and knows all wines at his fingertips, two Swiss friends, great collectors, one of the main customers of the house Bouchard who sells the wines on a large scale but also organizes great tastings in the four corners of the planet. There is also Allen Meadows, the man who knows best the wines of Burgundy, who has just released a book on the wines of Vosne Romanée. Two journalists will film some moments of our meal, for the archives of the house Bouchard.

On the terrace, we drink a champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1959, wine that I appreciate at the highest point. A big fear takes us, because there is in the mouth but not in the nose, a small beginning of cork. Fortunately this small defect disappears and the richness of this champagne butter and lemon, fleshy and charming, delights me. This champagne is first a wine. Joseph Henriot is exciting because he tells us his questions about strategic choices and we are proud to be in the confidence, but he also takes advantage of it to insist on our responsibility to develop the love of quality wines.

The menu composed by Stéphane and directed by Marie Christine is – I think – the most successful of all the dinners I have been invited to in the Orangerie du Château de Beaune. The menu is: Gougères / monkfish medallion with Bresse curry / poultry with morels and wild rice / veal grenadin, cooking juices and vegetables / Cîteaux and Comté / choco- passion. It was very elegant.

The Corton Charlemagne Bouchard Père et Fils 1961 is a sure bet. It has a lemon nose. In the mouth, it’s magic because the candied fruits and the lemon mix. The end of this wine is extreme, with lemon confit. Curry goes well with wine. This Corton Charlemagne overflows with pepper. What is astonishing is the marriage of delicacy and great power.

The Château Margaux 1929 presents itself with a rather tired nose. But we feel that it will improve. Next to him, the Fleurie Château de Poncié 1929 has a very fresh nose. I was astonished that this domain had kept the 1929, but the explanation exists: this estate belonged to the Bouchard house which had a strategy of preserving a « library » of vintages of its wines. It is therefore normal that they kept the 1929. The castle of Poncié left the Bouchard group and Joseph Henriot bought it recently to integrate it again to his group.

On the palate the Margaux is very pretty and velvety. It has a very feminine charm. And his small weaknesses miraculously disappear with morels. The Poncié has menthol aspects. It is very pretty, old wood, with great charm due to its length. There is wood and coffee. This remarkably preserved wine is an example of the interest of Beaujolais de garde. The bitterness is compensated by the beautiful density.

When we are served side by side the Château Lafite Rothschild 1844 and the Château Lafite Rothschild 1858, we become aware that we are entering a world that is the grail of any wine lover. I observed the bottles my friend opened. The original bottles are very old. Recent labels show nothing special, except the vintage and there is a counter label which indicates that the wines were reconditioned at the castle in 1983. Everything appeared to me authentic.

The color of the wines is unreal, because there is not a gram of tile. There is ruby on the edges. The nose is elegant. The wines are very acid, but really elegant. Their youth is confounding. I find the 1844 much more brilliant, with a richness that evokes me Lafite 1961. It has a crazy structure, an incredible density. I find that crazy. We swim in the unreal, with incredible structures and rare aromatic power. The nose of 1858 is delicate. Some prefer the 1858 and I tell them that it is because he is the most bourguignon of the two. The 1844 has the breed and power of a great 1961 and the 1858 flourishes better and is progressively more elegant. But the 1844 conquered me. While I taste, my senses are alert to try to track a possible addition to these wines. But in my opinion it would be impossible to have these balances with wines that would not be completely homogeneous.

Joseph Henriot is an agronomist, so he wonders what would explain a specificity of prephylloxeric wines that would give them this longevity. I am not an expert on this issue, but my Swiss friends and I drank a lot of prephylloxeric wines and it is undeniable that there is a spectacular aging potential in them. Is it because they have been present for a millennium, these varieties felt well in those geological layers that suited them? This idea would please me.

The time has come for the Beaune Greves Vigne de l’Enfant Jésus 1865. Joseph Henriot and Stéphane recall the story of the young Carmelite who had predicted that Anne of Austria would have a child and whose congregation was rewarded from this piece of land called Enfant Jésus. The nose of the wine is extremely bourguignon, with a confusing charm. What strikes me is the perfect balance of this wine with so unreal youth. I think this sublime wine is not the best of the three that I have drunk from this year for this wine. But we are at the top of what Burgundy has given in this historically grandiose year.

All my friends are almost K.O. seated so much the Chateau la Tour Blanche 1869 is of infinite perfection. The perfume is of rare power. On the palate, the wine is of an unheard-of charm. Despite its black color, there is almost no caramel and citrus fruits dominate. We often speak of sauternes who eat their sugar and I remember a Filhot 1858 drunk in this same place that had lost its sugar. This wine of 1869 has kept all its sugar and it is so powerful that it looks like a great Yquem and it evokes me a little the 1861 that I adored and for my Swiss friend it is the Yquem 1869 that he has already drunk three times. He thinks the two are alike. In my opinion this wine is « the » sauternes perfect, with an incomparable enjoyment in mouth. The fat of this wine on a sweet and citrus background is unique.

It is time to share with my friends the Cyprus Wine 1841. It is the only bottle of this year that I have and I took it by game, to offer a wine older than the 1844! The perfume of this wine is incredibly powerful. The feeling of alcohol is very strong. And what makes the charm, unique for me who is crazy about it, is that the strong alcohol is refreshed by a dominant pepper. And wine is a delicacy, mixing power, alcoholic strength with a finesse created by pepper. There is no other wine that has this infinite length.

We are all aware that we have just experienced something unique. Because the quality of all the wines was at the rendezvous. We have seen that wines can approach eternity. Not being the organizer of this dinner, I did not ask that we vote. My vote would be: 1 – Château La Tour Blanche 1869, 2 – Château Lafite Rothschild 1844, 3 – Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865, 4 – wine of Cyprus 1841, 5 – Château Lafite Rothschild 1858.

If I did not put first the Beaune Greves 1865 which was perfect, it is mainly because there was no novelty that this sauternes 1869 absolute perfection offered me. And the 1844 is so much above what I expected from these Lafite that it had to be crowned in good place.

The Bouchard House has created this unique opportunity to drink some of their cherished treasures and bring together lovers of ancient wines around bottles of legend. In my life as a collector – and drinker – of ancient wines, this is perhaps the biggest dinner I have ever been to. Thanks to Henriot and my friends for this unforgettable event.

journée mémorable – les photos jeudi, 24 juin 2010

1 – visite à la Romanée Conti

Cette photo, c’est pour montrer que "j’y étais" :

Quand Bernard Noblet écoute une question, il écoute attentivement. Et quand il boit du vin, il boit attentivement

une vue partielle sur le stock du domaine

2 – visite au Chateau de Vosne-Romanée, domaine du Comte Liger-Belair

Je n’ai pas pris de photos en cave

3 – déjeuner à Loiseau des Vignes à Beaune

les vins : Bâtard Montrachet Domaine Leflaive 1999

Vosne-Romanée aux Reignots Domaine Liger-Belair 2002 (on voit l’effet sur l’étiquette d’un seau d’eau pour rafraîchir le vin)

Côte Rôtie La Landonne Guigal 1986

les trois beaux bouchons

les plats

mon ami James et Louis-Michel Liger-Belair

4 – dégustation des Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils

Les bouteilles prêtes pour la dégustation dans le caveau du chateau de Beaune

5 – dîner extraordinaire à l’orangerie du Chateau de Beaune

Les vins

Le Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1959 bu sur la terrasse du chateau

Château Margaux 1929 (on note qu’un petit choc sur la capsule peut être la cause de la baisse de niveau dans la bouteille)

Fleurie Château de Poncié 1929 qui avait appartenu à Bouchard à cette époque, l’a quitté et se trouve de nouveau "cousin" de Bouchard, dans le portefeuille vinicole de Joseph Henriot.

Château Lafite 1858

Château Lafite 1844 (qui n’était pas "Rothschild" à ce moment là)

Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865, une des plus glorieuses bouteilles de la collection Bouchard

Château La Tour Blanche 1869. On voit une petite coulure à la suite de mon voyage de Paris à Beaune. ça n’a pas empêché ce vin de briller.

On arrive à lire sur cette contre étiquette du La Tour Blanche : "E. Mortier / de Chateau Lafite / Bordeaux France". Je serais heureux si quelqu’un pouvait identifier ce type d’étiquette.

la bouteille de Vin de Chypre 1841, toute petite, est d’une rare beauté

l’ensemble des vins du dîner. Je crois que ce ne sera pas souvent que je verrai un aussi prestigieux rassemblement. Les cinq bouteilles de droite ont plus de 140 ans !

Quelques photos prises à l’apéritif et au repas

L’orangerie qui est accolée au château de Beaune

vision de la forteresse et ses jardins

le repas était si passionnant que je n’ai photographié qu’un plat, celui du poisson

les verres restant sur la table ne donnent pas l’ampleur de l’événement qui comptera dans nos vies d’amateurs de vins rares et anciens

La journée la plus mémorable de ma vie de passionné de vins jeudi, 24 juin 2010

Cette journée est probablement la plus mémorable dans ma vie de passionné de vins. Je vais la raconter comme je l’ai vécue. Comme il y a eu trois dégustations en cave de domaines, je les ai racontées dans des sujets distincts ci-dessous. J’en donne les liens dans le texte.

Il y a des jours qui pèsent plus que d’autres. Ce 24 juin est un poids super lourd, heavy weight selon la classification de la boxe anglaise. Un dîner a été préparé avec quelques amis collectionneurs, sous l’aile bienveillante de Stéphane Follin-Arbelet, directeur général de Bouchard Père & Fils. Ce sera ce soir. Un ami américain dont j’aime la subtilité d’approche des vins et de la cuisine, m’annonce qu’il sera en Bourgogne pendant quelques jours qui incluent le 24 juin. Il paraît assez naturel de déjeuner avec son épouse et lui ce même jour. Il m’annonce que le matin, il visite la Romanée Conti. Il est tentant de me joindre à eux et je préviens le domaine que je serai de cette visite. J’ai aussi envie de rencontrer Louis-Michel Liger-Belair, que j’invite à rejoindre notre déjeuner. Le niveau de remplissage de mon agenda atteint le maximum acceptable. Je réfrène donc toute nouvelle envie de rencontrer d’autres amis bourguignons.

A 10 heures précises, le groupe de visite se forme au domaine de la Romanée Conti.

Le récit de la dégsutation des 2009 est faite ………….. ICI.

Avec mon ami américain et son épouse, nous n’avons que quelques pas à faire pour sonner à la porte du château de Vosne-Romanée. Dès que je sonne un grand chien accourt pour se manifester, suivi d’une petite fille à peine plus grande que le chien, mais le dépassant en autorité. Louis-Michel Liger-Belair vient nous ouvrir et nous propose de goûter quelques vins avant de partir déjeuner.

La dégustation de plusieurs 2009 du domaine Liger-Belair est faite …………….. ICI.

Pendant toute la dégustation, je pressais Louis-Michel d’accélérer, car mon ami James posant des questions pertinentes, il voulait légitimement y répondre. Mais il fallait aller vite au restaurant Loiseau des Vignes à Beaune en faisant un crochet pour que je dépose de précieuses bouteilles à mon hôtel, car avoir trois bouteilles de plus de 140 ans dans un coffre quand il fait chaud, mérite que l’on abrège le supplice des vins. Nous passons à mon hôtel en convoi de trois voitures. Je fais vite à décharger et prendre la bouteille que j’ai prévue pour le repas. Cela se passe trop vite. Nous cherchons des places de parking dans un Beaune très visité par des touristes en un jour de grande chaleur. A l’arrivée au restaurant, on nous propose de déjeuner dans le jardin ou à l’intérieur. Il est plus raisonnable pour les vins d’être à l’intérieur.

J’enlève le papier journal qui entoure ma bouteille et catastrophe : je me suis trompé de bouteille. Celle-ci est un vin de 145 ans. Il serait hors sujet dans ce que nous avons prévu. Compte tenu des difficultés de parking, je suis découragé d’aller chercher ma bouteille et j’envisage de commander un vin sur la carte des vins. Avec une gentillesse remarquable, Louis-Michel me propose d’aller chercher mon vin. C’est vraiment un geste que j’apprécie.

Le menu que nous choisissons après avoir demandé l’avis du directeur de salle en fonction de nos vins est : Jambon Iberico de Bellota, tartine à la catalane / Spaghetti au homard européen à l’estragon / Suprêmes et cuisses de pigeon caramélisés, poêlée de girolles.

David, jeune sommelier formé à Saulieu, est très motivé de servir nos vins, pour lesquels j’avais demandé la permission de Dominique Loiseau de les apporter, qui m’a fait une réponse positive très amicale.

Le Bâtard Montrachet Domaine Leflaive 1999 est d’une folle jeunesse. Il y a une saveur lactée comme celle que l’on trouve dans les tout jeunes vins. Le vin est riche et équilibré, il est jeune et puissant. C’est pour mon goût un vin idéal. L’accord avec le jambon espagnol, que l’on aurait aimé servi un peu plus froid par ce temps estival, pour adoucir le gras, est un accord de première grandeur. Le citron et le beurre qui sont sensibles en goûtant le vin sont remarquablement équilibrés.

Le Vosne Romanée 1er Cru Aux Reignots Domaine Liger-Belair 2002 a été carafé puis remis dans la bouteille par Louis-Michel ce matin. Il a donc une belle aération. Il y a beaucoup de fruits dans ce vin. Le vin est jeune, riche et c’est un vin que l’on aime boire. Je ressens qu’il n’est pas tout à fait complet, qu’il lui manque un petit détail qui donnerait un équilibre plus assumé. Mais c’est un détail, peut-être l’effet de la jeunesse, car ce vin est diablement bon à boire. Il y a une belle longueur et une grande précision, et l’amertume sensible est jolie. Le homard qui nous est servi est particulièrement copieux. Sa chair est parfaite. La sauce épicée dans laquelle s’enroulent les spaghettis est très épicée, mais il lui manque du poivre que nous faisons rajouter en grains, ce qui donne un coup de fouet à l’accord. C’est la chair du homard qui complète bien le vin très bourguignon.

La Côte Rôtie La Landonne Guigal 1986 a une robe un peu trouble, car elle a voyagé dans ma voiture. Aussi, les arômes ne sont pas stabilisés. Mais quand le vin s’assied dans le verre, tout s’assemble et le vin est agréable à boire. Louis-Michel est très étonné de sa jeunesse. Il est frais comme un jeunet. Je trouve personnellement que La Landonne met en valeur les Reignots 2002, en faisant ressortir la précision du vin bourguignon. Boire les deux vins ensemble profite aux deux. Ils se marient tous les deux avec le pigeon qui est remarquable de chair et de préparation. Sa sauce est idéale.

Le restaurant, qui a été couronné d’une étoile, la mérite. Le pigeon est d’une facture à signaler. Le service est agréable, et nos discussions auraient pu durer encore longtemps. J’ai quitté mes amis américains et Louis-Michel comme un voleur car le temps passait. Il me fallait une petite sieste, car ce soir, c’est le dernier dîner de mon année scolaire, et ce sera très probablement le plus grand.

A l’hôtel des Remparts où je suis un habitué, je plonge sous la couette, espérant grappiller quelques minutes de sommeil. Il est 16 heures, et j’ai promis d’ouvrir les bouteilles du dîner à 17 heures. Si ma sieste a existé, et j’en doute, elle n’a pas dû dépasser une minute. C’est une bonne douche, car je connais maintenant le mode d’emploi de cet appareil, qui me requinque. A 17 heures précises, je suis prêt à ouvrir les bouteilles qui sont toutes présentes dans l’arrière cuisine du château de Beaune.

Un ami suisse veut absolument photographier les bouteilles avant leur ouverture. Il est venu avec un petit tabernacle en polystyrène pour faire des photos de précision en gérant les éclairages. J’admire ce raffinement, mais on constate que mes photos ont une définition de points divisée par cinquante entre la photo que je prends et celle que je mets sur mon blog, car il faut les réduire. Le surcroît de précision a-t-il tant d’intérêt ?

Mon ami suisse ouvre les deux bouteilles qu’avec son ami suisse ils ont apportées, et il joue sur du velours car les Lafite 1844 et Lafite 1858 ont été rebouchés au château en 1983. Leurs parfums, très proches, sont prometteurs. Ma tâche est plus rude, car je dois affronter des bouchons beaucoup plus vieux. Le bouchon du Margaux 1929, d’origine, est d’une magnifique qualité. Il est souple, mais il ne collait pas assez au verre, ce qui explique une baisse de niveau à mi-épaule que j’ai jugée acceptable. L’ami qui l’a apporté a une bouteille de réserve. Malgré un nez un peu torréfié, il m’a semblé inutile de faire appel au vin de secours.

La partie se complique pour ouvrir le bouchon de La Tour Blanche 1869 que j’ai apporté. Du fait de la chaleur, le vin a un peu suinté et entouré le pourtour de la bouteille d’un liquide gras. Mais le niveau dans la bouteille est exceptionnel pour une bouteille au bouchon d’origine : il est à la base du goulot. Le bouchon se brise en de nombreux morceaux. Stéphane Follin-Arbelet aimerait m’aider, mais je préfère finir sans aide. Toutes les morceaux brisés sortent et l’odeur qui envahit la pièce est extraordinaire. On sent les agrumes qui vont se libérer. Le vin semble parfait. Je suis heureux. J’ouvre ensuite la toute petite bouteille du vin de Chypre 1841 et le bouchon est complètement collé aux parois. Aussi, quand je tire le tirebouchon, je ne retire qu’un petit cylindre du centre déchiré, et il me faut séparer le bouchon du goulot en coupant avec une pointe acérée de tout petits morceaux. Inévitablement des miettes tombent dans le vin, que j’enlèverai au moment du service avec une cuiller directement dans les verres. Le parfum de ce vin est à se damner. Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi capiteux et poivré.

Stéphane nous presse pour aller au caveau du château faire une dégustation verticale du Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils.

La dégustation verticale des Cabotte est faite ………………… ICI.

Nous remontons avec nos verres de la Cabotte 1992 sur la belle terrasse qui surplombe les jardins implantés dans d’anciennes douves de la ville forteresse. Joseph Henriot nous rejoint, tout sourire, et gratifie chacun d’aimables compliments. Il y a dans notre groupe, de la maison Bouchard, Stéphane directeur général et Philippe l’homme qui fait et connaît tous les vins sur le bout des doigts, deux amis suisses, grands collectionneurs, un des principaux clients de la maison Bouchard qui vend du vin à grande échelle mais organise aussi des grandes dégustations aux quatre coins de la planète. Il y a aussi Allen Meadows, l’homme qui connaît le mieux les vins de Bourgogne, qui vient de sortir un livre sur les vins de Vosne Romanée. Deux journalistes vont filmer des moments de notre repas, pour les archives de la maison Bouchard.

Sur la terrasse, nous buvons un Champagne Henriot Cuvée des Enchanteleurs magnum 1959, vin que j’apprécie au plus haut point. Une grande peur nous prend, car il y a en bouche mais pas au nez, un petit début de bouchon. Fort heureusement ce petit défaut disparaît et la richesse de ce champagne beurre et citron, charnu et charmeur, me ravit. Ce champagne est d’abord un vin. Joseph Henriot est passionnant car il nous confie ses interrogations sur des choix stratégiques et nous sommes fiers d’être dans la confidence, mais il en profite aussi pour insister sur notre responsabilité pour développer l’amour des vins de qualité.

Le menu composé par Stéphane et réalisé par Marie Christine est – je pense – le plus abouti de tous ceux des dîners auxquels j’ai été invité dans l’Orangerie de Château de Beaune. Le menu est : Gougères / médaillon de lotte au curry / volaille de Bresse aux morilles et riz sauvage / grenadin de veau, jus de cuisson et petits légumes / Cîteaux et comté / choco- passion. Ce fut très élégant.

Le Corton Charlemagne Bouchard Père et Fils 1961 est une valeur sûre. Il a un nez de citron. En bouche, c’est magique car se mêlent les fruits confits et le citron. Le final de ce vin est extrême, avec du citron confit. Le curry va bien au vin. Ce Corton Charlemagne déborde de poivre. Ce qui est étonnant c’est le mariage d’une délicatesse et d’une grande puissance.

Le Château Margaux 1929 se présente avec un nez assez fatigué. Mais on sent qu’il va s’améliorer. A côté de lui, le Fleurie Château de Poncié 1929 a un nez très frais. Je m’étonnais que ce domaine ait gardé des 1929, mais l’explication existe : ce domaine a appartenu à la maison Bouchard qui avait une stratégie de conservation d’une « bibliothèque » de millésimes de ses vins. Il est donc normal qu’ils aient gardé des 1929. Le château de Poncié a quitté le groupe Bouchard et c’est Joseph Henriot qui l’a acheté récemment pour l’intégrer à son groupe.

En bouche le margaux est très joli et velouté. Il a un charme très féminin. Et ses petites faiblesses disparaissent miraculeusement avec les morilles. Le Poncié a des aspects mentholés. Il est très joli, vieux bois, avec beaucoup de charme dû à sa longueur. Il y a du bois et du café. Ce vin remarquablement conservé est un exemple de l’intérêt des beaujolais de garde. L’amertume est compensée par la belle densité.

Lorsqu’on nous sert côte à côte le Château Lafite Rothschild 1844 et le Château Lafite Rothschild 1858, nous prenons conscience que nous entrons dans un monde qui est le Graal de tout amateur de vin. J’ai bien observé les bouteilles qu’ouvrait mon ami. Les bouteilles d’origine sont très anciennes. Les étiquettes récentes ne montrent rien de particulier, sauf le millésime et il y a une contre étiquette qui indique que les vins ont été rebouchés au château en 1983. Tout m’est apparu authentique.

La couleur des vins est irréelle, car il n’y a pas un gramme de tuilé. Il y a même du rubis sur les bords. Les nez sont élégants. Les vins sont très acides, mais vraiment élégants. Leur jeunesse est confondante. Je trouve le 1844 beaucoup plus brillant, avec une richesse qui m’évoque Lafite 1961. Il a une structure folle, une densité incroyable. Je trouve cela complètement fou. On nage dans l’irréel, avec des structures invraisemblable et une puissance aromatique rare. Le nez du 1858 est délicat. Certains préfèrent le 1858 et je leur dis que c’est parce qu’il est le plus bourguignon des deux. Le 1844 a la race et la puissance d’un grand 1961 et le 1858 s’épanouit mieux et se montre progressivement plus élégant. Mais le 1844 m’a conquis. Pendant que je déguste, mes sens sont en éveil pour essayer de dépister une éventuelle ajoute à ces vins. Mais à mon sens il serait impossible d’avoir ces équilibres avec des vins qui ne seraient pas complètement homogènes.

Joseph Henriot est un agronome, aussi s’interroge-t-il sur ce qui expliquerait une spécificité des vins préphylloxériques qui leur donnerait cette longévité. Je ne suis pas un expert de cette question, mais mes amis suisses et moi avons bu beaucoup de vins préphylloxériques et il est indéniable qu’il y a en eux une aptitude au vieillissement qui est spectaculaire. Est-ce parce que présentes depuis un millénaire, ces variétés se sentaient bien dans ces couches géologiques qui leur convenaient ? Cette idée me plairait.

L’heure est venue pour le Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865. Joseph Henriot et Stéphane rappellent l’histoire de la jeune carmélite qui avait prédit qu’Anne d’Autriche aurait un enfant et dont sa congrégation fut gratifiée de ce bout de vigne baptisé Enfant Jésus. Le nez du vin est extrêmement bourguignon, avec un charme confondant. Ce qui me frappe, c’est l’équilibre parfait de ce vin à la jeunesse aussi irréelle. Je trouve que ce vin sublime n’est pas le meilleur des trois que j’ai bus de cette année. Mais on est au sommet de ce que la Bourgogne a donné dans cette année historiquement grandiose.

Tous mes amis sont quasiment K.O. assis tant le Château la Tour Blanche 1869 est d’une perfection infinie. Le parfum est d’une puissance rare. En bouche, le vin est d’un charme inouï. Malgré sa couleur noire, il n’y a quasiment pas de caramel et ce sont les agrumes qui dominent. On parle souvent de sauternes qui mangent leur sucre et je me souviens d’un Filhot 1858 bu en ce même lieu qui avait perdu son sucre. Ce vin de 1869 a gardé tout son sucre et il est tellement puissant qu’on dirait un grand Yquem et il m’évoque un peu le 1861 que j’ai adoré et pour mon ami suisse c’est l’Yquem 1869 qu’il a déjà bu trois fois. Il estime que les deux se ressemblent. A mon sens ce vin est « le » sauternes parfait, avec une jouissance en bouche incomparable. Le gras de ce vin sur un fond sucré et agrumes est unique.

Il est temps de partager avec mes amis le Vin de Chypre 1841. C’est la seule bouteille de cette année que j’ai et le l’ai prise par jeu, pour offrir un vin plus vieux que le 1844 ! Le parfum de ce vin est d’une puissance incroyable. La sensation d’alcool est très forte. Et ce qui fait le charme, unique pour moi qui en suis fou, c’est que l’alcool fort est rafraîchi par un poivre dominant. Et le vin est une délicatesse, mêlant puissance, force alcoolique à une finesse créée par le poivre. Il n’existe aucun autre vin qui ait cette longueur infinie.

Nous sommes tous conscients que nous venons de vivre quelque chose d’unique. Car la qualité de tous les vins était au rendez-vous. Nous avons pu constater que les vins peuvent approcher l’éternité. N’étant pas l’organisateur de ce dîner, je n’ai pas demandé que l’on vote. Mon vote serait : 1 – Château la Tour Blanche 1869, 2 – Château Lafite Rothschild 1844, 3 – Beaune Grèves Vigne de l’Enfant Jésus 1865, 4 – vin de Chypre 1841, 5 – Château Lafite Rothschild 1858.

Si je n’ai pas mis en premier le Beaune Grèves 1865 qui était parfait, c’est essentiellement parce qu’il n’y avait pas la nouveauté que ce sauternes 1869 à la perfection absolue m’a offerte. Et le 1844 est tellement au dessus de ce que j’attendais de ces Lafite qu’il devait être couronné en bonne place.

La maison Bouchard a créé cette occasion unique de boire certains de leurs trésors chéris et de réunir des amoureux de vins anciens autour de bouteilles de légende. Dans ma vie de collectionneur – et buveur – de vins anciens, c’est peut-être le plus grand dîner auquel j’aie pu assister. Merci à la maison Henriot et à mes amis présents à cet événement inoubliable.

Dégustation verticale de quelques millésimes de la Cabotte de Bouchard jeudi, 24 juin 2010

Stéphane Follin Arbelet DG de Bouchard nous invite à aller au caveau du château faire une dégustation verticale du Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2008 a un fort nez de noix et de noisette. Il est d’une densité énorme. Ce vin est beau. Il y a un peu de fumé. Philippe, l’homme qui fait les vins, dit qu’il est plus Chevalier que Montrachet. Il y a du fruit confit et du bonbon anglais et du poivre. La mise en bouteille est de mars 2010, il y a trois mois. On sent la noix et l’abricot sec. Ce vin est d’une forte personnalité.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2007 a aussi un nez d’amandes. Il est plus léger, élégant, un peu laiteux. Il est un peu court (tout est relatif, à ce niveau de qualité), mais le final citronné est très élégant. J’aime ces vins moins puissants qui vont vers l’élégance, ici florale et de citron. Dans la finale, il y a un peu d’amande pilée sur du citron.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2006 a un nez d’amande comme le 2007. Il commence à s’arrondir. Le vin est plus intégré. C’est un vin plus chaud. Il y a un peu de fumé, de beurre, de gras. Le final citronné est joli. Les arômes sont plus lourds, donnant un caractère assez capiteux.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2005 a un nez plus tendre au premier abord, plus citron. Le vin est frais, plus léger, pêche blanche. Un ami signale le miel d’acacia. Le final est de citron vert et de poivre. Je le trouve assez différent des trois précédents. La puissance se découvre maintenant et le final est mentholé. Son charme s’étale maintenant.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2002 est le premier vin a avoir vraiment un nez bourguignon. C’est un parfum de grande classe. Il y a de la noisette, du citron, de l’amande et ce petit « je ne sais quoi » qui fait la Bourgogne. En bouche le vin coule de source avec une insolente évidence. Il est frais et grand. Le panier de viennoiseries se sent avec du beurre, mais le final est citronné. C’est un vin immense, à l’équilibre spectaculaire.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 2000 a un nez plus discret mais fin. En bouche, il est le plus chaleureux. C’est celui qui a le moins d’acidité. Malgré moins de présence que le 2002, je le trouve très fin et élégant. C’est un beau vin d’élégance.

Le Chevalier Montrachet La Cabotte Bouchard Père & Fils 1992 est servi en magnum. C’est le premier millésime de ce vin. Car ce vin qui géographiquement est dans l’emprise des Montrachet, n’en a pas le nom, pour des raisons administratives. Il a été jugé intéressant de le vinifier pour lui-même, sans l’inclure dans le Chevalier Montrachet, du fait d’une personnalité qui justifie qu’on lui donne son indépendance. Le nez de ce vin est magique. Il y a de la morille et du sous-bois. Ce vin est beau. Il y a du toasté, du fumé, et une complexité certaine. Le final est en fanfare, avec des fruits jaunes fumés. Il a une grande fraîcheur. Quand on reprend du 2002 derrière le 1992, on sent que le 2002 est plus racé, mais qu’il raconte moins de choses. Et l’expérience saisissante, c’est de boire le 2008 après le 1992, car la continuité gustative est spectaculaire. Le 2008 est plein de richesse, si frais et si long en bouche.

Cette dégustation est convaincante. J’ai un faible pour ce vin.

dégustation de quelques 2009 du domaine Vicomte Liger-Belair jeudi, 24 juin 2010

Après la dégustation des 2009 de la Romanée Conti, avec mon ami américain et son épouse, nous n’avons que quelques pas à faire pour sonner à la porte du château de Vosne-Romanée. Dès que je sonne un grand chien accourt pour se manifester, suivi d’une petite fille à peine plus grande que le chien, mais le dépassant en autorité. Louis-Michel Liger-Belair vient nous ouvrir et nous propose de goûter quelques vins avant de partir déjeuner.

Nous admirons la belle demeure et le joli parc et nous nous rendons dans la cave qui est sous la maison.

Le Vosne Romanée 1er Cru Les Chaumes Domaine Liger-Belair 2009 a un joli nez, très épicé et chaud. Le vin est très droit, et très différent des vins du DRC. Il est élégant mais un peu monolithique.

Le Vosne Romanée 1er Cru Les Petits Monts Domaine Liger-Belair 2009 a un nez joli. En bouche, il est un peu perlant mais joli. C’est un vin élégant même s’il est un peu moins ouvert que Les Chaumes.

Le Vosne Romanée 1er Cru Les Suchots Domaine Liger-Belair 2009 est plus lourd, plus assis. C’est un vin de plaisir.

Le Vosne Romanée 1er Cru Aux Reignots Domaine Liger-Belair 2009 est très élégant. Il y a beaucoup de cohérence et une belle densité de tous ces vins. Le final du Reignots est très élégant avec une pointe de cassis. C’est très joli.

L’Echézeaux Grand Cru Domaine Liger-Belair 2009 a un joli nez. Le vin est plus léger, plus romantique. On est dans la légèreté avec un beau poivre et de l’élégance.

La Romanée Grand Cru Domaine Liger-Belair 2009 est d’une spectaculaire élégance. Tout est parfait dans ce vin. Il est beau, et dix fois plus lisible que la Romanée Conti 2009. Le final est charnu. C’est un vin de plaisir.

Je ne suis pas un expert des vins de Liger-Belair, mais cette dégustation des vins d’une grande année est très probante.

Dégustation des 2009 DRC, deux Echézeaux plus anciens et un Bâtard jeudi, 24 juin 2010

A 10 heures précises, le groupe de visite se forme au domaine de la Romanée Conti. En plus de mes amis, il y a environ huit autres américains, de Houston, de Californie et de Chicago. Il y a de lourds collectionneurs et des professionnels du vin aux caves exponentielles. Après un petit mot de bienvenue d’Aubert de Villaine, la visite est conduite par Bernard Noblet, l’homme qui fait les vins du domaine depuis de nombreuses années, à la suite de son père. L’anglais de Bernard Noblet est assez succinct, aussi ai-je joué le rôle de traducteur. Que se serait-il passé si je n’avais pas rejoint ce groupe ? Je ne sais pas. Les métaphores de Bernard sont éminemment poétiques, ce qui rend la traduction difficile, et quand Bernard se lance dans des envolées lyriques sur les charmes féminins des vins du domaine, la pudeur me commande de ne pas traduire tout ce qui est dit.

Nous descendons en cave et commençons par le Grands Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 2009, et Bernard nous indique que l’Echézeaux est dans une autre cave. Bernard insiste sur le fait que les vins sont dans des phases très différentes de leur fermentation malo-lactique et nous précisera pour chaque vin l’état de fermentation que Bernard compare au moment de la puberté. Le Grands-Echézeaux donne une sensation de perlant. Sa « malo » comme on dit n’est pas finie. Le vin est très vert mais il a beaucoup de matière. Il est puissant et riche.

La Romanée Saint-Vivant Domaine de la Romanée Conti 2009 est un vin plus doucereux, au nez nettement plus agréable. Sa malo est plus avancée. Ce vin a de la finesse et un final plus poivré. Bernard signale l’acidité des tannins et compare ce vin à une femme féline. J’aime le poivre et la délicatesse.

Le Richebourg Domaine de la Romanée Conti 2009 a un nez superbe de force. En bouche, le vin est droit et musclé. C’est le vin le plus en retard dans sa fermentation malo-lactique. Bernard signale un peu de réduction dans ce vin. Je l’aime beaucoup.

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 2009 a un nez plus fermé. Sa malo est aux trois quarts faite. Le vin est plus fluide, mais a quand même de la richesse et beaucoup de matière. Bernard dit qu’il est très exubérant et monumental. Il est plus anguleux que le Richebourg qui est plus sphérique. Ce vin me semble être un monument, très beau à boire. Le final est très signé DRC, avec des feuilles vertes que l’on mâche et du poivre.

La Romanée Conti DRC 2009 a fini sa malo. Il n’est donc plus impubère. La couleur est traditionnellement plus claire et Bernard compare avec une jolie femme qui n’a pas besoin de maquillage pour paraître belle, la couleur du vin étant le maquillage dans sa métaphore. Le vin est très féminin, au nez subtil. En bouche, le vin est frais, complexe, léger et subtil. Son toucher est soyeux et Bernard dit qu’il a la légèreté de la soie et parle de dentelle. Le final est très persistant et on retrouve la complexité du terroir. Bernard parle de spiritualité, et je m’évertue à essayer de traduire ! Je dois avouer que ce vin n’est pas si facile à lire que cela, car ses complexités vont s’ordonner sous d’autres formes.

Bernard considère que 2009 est plus grand et plus complet que 2005 et il situe ce millésime dans la continuité de 1999.

Nous changeons de cave pour la traditionnelle dégustation en cave de vins en bouteilles et non en fût comme le 2009. Cet exercice se fait à l’aveugle.

Bernard Noblet nous indique que le premier vin vient d’une année qui est très bonne et dont les quantités sont abondantes. Je lui trouve une belle matière. Il est très soyeux avec un beau final très frais. Je le trouve très puissant et quand Bernard donne la réponse : Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1999, tout le monde est étonné qu’un Echézeaux puisse avoir ce coffre et ce beau final. Certains ont même pensé qu’il s’agissait de La Tâche.

Le second vin a vraiment un nez du domaine. Là, je retrouve ce que j’aime. En bouche, le vin est beau et c’est la définition de ce qui est gravé dans ma mémoire. C’est un vin féminin – et je n’ai pas traduit tout ce que Bernard a dit – à la belle fraîcheur et aux belles épices. Là aussi c’est une belle surprise, car je n’attendais pas un Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1990 à ce niveau.

Le troisième vin est un blanc, qui est riche, beau, au final minéral. On reconnaît un peu de caramel, de beurre, mais aussi de l’iode. Comme à chaque fois, tout le monde se trompe. Quand j’ai dit : « je sais quel est ce vin », tout le monde m’a dit : « nous savons que vous savez » et j’ai répondu : « oui, mais nous ne pensons pas au même vin ». Car il s’agit du Bâtard Montrachet Domaine de la Romanée Conti 1995 qui n’est pas commercialisé et dont beaucoup ignoraient l’existence, pensant au Montrachet. Mais en fait, le Bâtard passe plus en force, quand le Montrachet joue plus sur son charme. J’ai adoré ce vin brillant, pétulant, de grande complexité.

J’ai remarqué que dans cette cave à la jolie voûte, quand on boit de si bons vins, on arrive toujours à trouver des affinités avec les gens que l’on rencontre. Nous avons échangé des cartes de visite, avec l’envie de nous revoir. Je retiens deux choses : la beauté et la richesse du millésime 2009, et la belle performance des deux Echézeaux de grandes années, que je n’attendais pas aussi glorieux.