Archives de catégorie : dîners ou repas privés

Dîner au restaurant Vin sur Vin mardi, 5 février 2002

Mes américains ont dû avoir le tournis de voyager dans tant de régions et en tant de décennies. Après leur visite de domaines bourguignons, ils m’ont invité au Vin sur Vin sympathique restaurant d’un amateur éclairé. Un Mercurey blanc 2000 pour se faire la bouche, puis un Meursault Comtes Lafon 1996. Très doré, fruité, il n’occupe que le centre de la bouche, mais se rattrape par une belle longueur. Bien joli. Un Volnay Comtes Lafon 1996 solidement charpenté, bien construit avec une palette large. Mais évidemment fermé à cet âge. Alors qu’un Beaucastel 1986, bien que moins vaste de palette d’arômes emplissait la bouche d’un bonheur de soleil. Le vin caressant et puissant qui ravit tous les palais. Le Chateauneuf du Pape est décidemment attachant à ce niveau là.
J’ai offert à mes américains sur un fantastique soufflé au chocolat un Banyuls solera de Parcé vers 1970. Un petit bijou, si parfait sur le chocolat. Cela me fait penser qu’il faudra que j’ajoute quelques vieux Banyuls lors de prochains dîners.

Déjeuner au restaurant le Grand Monarque à Chartres lundi, 4 février 2002

Voyage à Chartres. Déjeuner dans un restaurant cossu, le Grand Monarque, tenu par un jeune directeur plein de vie que je connais : il possède aussi le Petit Riche. Au moment du service, quel contraste avec Ducasse ! J’avais l’impression de revivre des repas de Province d’il y a quelques décennies, lorsque, jeune écolier en vacances, je parcourais la France à l’initiative heureuse de mes grands parents. Chaque plat qui me fut servi était exactement ce que je mangeais à l’époque, et le serveur était le même, comme si le temps avait stoppé sa marche sur près d’un demi siècle. Atmosphère dont je percevais la magie, qui me remplissait d’une douce félicité. Nous avons bu un Savennières Chateau de Chamboureau 1986. Choix du directeur qui a une belle cave de Loire. Intéressant pour quelques verres, et on voit vite les limites. Ce vin revécut sur le fromage. Puis un Lafite 1980. En le choisissant, nous savions ce que nous faisions. Il n’était pas question de boire un Lafite explosif, mais de recevoir les suggestions, les séductions de Lafite, en filigrane. Lorsque l’on sait ce que l’on fait, on prend plus de plaisir, et nous avons apprécié les évocations fournies par ce vin au nez délicat. J’ai profité de mon passage pour acheter quelques bouteilles de rêve que me proposait un négociant qui vit dans la région : Yquem 1893, Mouton 1947, de quoi imaginer sur le chemin du retour le dîner qui les accueillerait.

Dîner d’amis à mon domicile vendredi, 1 février 2002

Un dîner quasi impromptu – pas tout à fait – avec un amateur qui n’a pas de repères sur les vins anciens. Mon épouse a préparé un gigot de Corrèze à la façon de Marc Meneau, des fromages et une tarte Tatin.
J’ouvre un Savigny Chanson Père & Fils 1926. Niveau assez bas. Mais le bouchon adhérait bien aux parois, collé au goulot, et en se déchirant, il a délivré des odeurs magiques. Très acide au premier nez, il aurait conduit beaucoup d’amateurs à décider de le changer. Mon visiteur à qui je servais le vin devait penser : « voilà un nécrophile qui m’impose ses lubies ». Mais soudain, très brusquement, l’acidité disparaît et le vin, comme s’il enlevait un manteau ou une coquille, offre toute sa majesté à nos palais. Mon invité a dû soupçonner je ne sais quelle manœuvre tant il est impossible qu’un vin change aussi vite. J’ai « mangé » le fond de la bouteille qui était une quintessence de perfection. Un grand vin onctueux et doux, tout en amabilité. Une grande bouteille.
Comme chaque fois, l’association Comté de 18 mois avec un Château d’Arlay Comte R. de Laguiche 1987 est une surprise gustative – pour moi l’une des plus intéressantes, même si elle marche à tous les coups – et un enrichissement, tant ce vin jaune est troublant et inhabituel. Sur la Tatin, démarrée avec un Tokaji Eszencia Disznoko 1988, l’accord le plus parfait fut avec le fond du Calvados 1880 ouvert depuis longtemps. L’association est merveilleuse. Pomme et pomme. Ça paraît simple à dire, mais ça fonctionne à ce niveau de qualité. Le retour au calme se fit avec une Liqueur de la Vieille Cure de 1911 de l’abbaye de Cénon, cadeau de mon ami Jean Luc Barré, « inventeur » de tant de belles bouteilles.

Quelques bouteilles… dimanche, 27 janvier 2002

Hors de ces étapes, quelques bouteilles isolées : Clos René Pomerol 1983, honnête et chaleureux Pomerol, un Sables Saint Emilion de 1943 (probablement), légèrement acide, et un merveilleux Langoiran (premières cotes de Bordeaux) que j’aurais daté de 1949, mais qui a probablement 20 ans de plus, soit 1929 (bouteille soufflée, bouchon très fragile). Il n’y a pas de vin plus merveilleux sur un foie gras. Une longueur extrême, tout en ayant une légèreté invraisemblable pour un vin légèrement sucré. Une prouesse gustative. Et cet étonnant Calvados de 1870 / 1880 toujours fantastique.

Dîner au restaurant d’Alain Ducasse dimanche, 20 janvier 2002

Un dîner chez Ducasse ou au Ducasse. L’entrée d’un grand hôtel, une salle moderne dans un cadre antique. Le luxe, mais un peu strict sous l’aspect avant-gardiste. Des attentions luxueusement raffinées. C’est comme si on devenait tout d’un coup le gagnant du concours « Reine d’un jour », car tout est fait pour qu’on se sente dans un paradis. Ce ne fut pas le même émerveillement pour la cuisine que lors d’une précédente expérience, car la technique brillante a pris le risque du dépouillement très subtil voire du dépaysement. Mais c’est de loin l’endroit où l’attention au client est la plus raffinée. Bien sûr, on atteint des horizons inconnus en termes de prix, même pour la carte de vins remarquablement intelligente. Mais on est sous le charme d’un compromis absolument exceptionnel. Le dessert est un des plus grands de ma vie. Le petit Branaire Ducru 1997 que j’ai pris sur un chevreuil était parfaitement dans son rôle. Mais je retiens surtout le service quasi irréel des infusions et la Fine Bourgogne du Domaine de la Romanée Conti 1979, l’un des plus beaux nez d’alcool de tout ce que j’ai déjà senti. Les caramels sont le plus doux des péchés.

Dîner de partage entre amis vendredi, 18 janvier 2002

Expérience de partage de vins comme je les aime, entre professionnels et amateurs dans un restaurant modeste où chacun apporte des vins à découvrir. C’est un des esprits de wine-dinners. Un Dom Pérignon 1970 assez agréable nous a étonnés par ses limites : court, peu opulent en bouche. Un Riesling Randersackerer Pfülben Spätlese Würzburg 1983 : expérience extrêmement intéressante, car les Riesling allemands ont plus de rondeur et de profondeur que les alsaciens (sauf exception). Nez de pétrole comme d’habitude, et bel équilibre intense en bouche.
Beaune Clos des Mouches Joseph Drouhin 1971 : puanteur qui disparaît très vite. Beau blanc un peu fatigué, mais de belle race. Meursault Louis Chevalier 1953 (eh oui, encore un) : nez absolument fantastique, à respirer pendant des heures dans un verre Spiegelau fait exprès. Magnifique longueur. Très beau. Clos Saint Jacques Gevrey Chambertin Clair Daü 1955 : vin très plaisant d’un grand producteur. Bien présent, mais un peu fatigué. Vosne Romanée du château de Vosne Romanée 1919 : odeur caractéristique du vin qui ne reviendra pas : simplement mort.
Puis vint la star du soir : dans une bouteille soufflée à la main du 19ème siècle, ce que nous avons estimé être un Chambertin 1919. Fantastique vin de Bourgogne, caractéristique de cette période, avec ces côtés veloutés, chaleureux, et cette longueur si exceptionnelle. Une vraie merveille. Un Barca Velha Ferreirinha Portugal 1985. Annoncé par son auteur comme une merveille portugaise, nous avons trouvé un vin certes fort agréable, mais sans véritable transcendance. Un vin de paille Côtes de Jura de Hubert Clavelin 1994. Magnifique expression aromatique, dans des directions d’agrumes. Un merveilleux vin de paille d’Hermitage de Michel Chapoutier 1990. Je ne savais pas en apportant le jurassien qu’il y aurait aussi un vin de paille du Rhône. Ce qui est intéressant, c’est que les deux se complètent. Le Chapoutier est rare, solide, envoûtant et plus profond là où le Clavelin (famille du nom de la bouteille de Château Chalon) est plus léger et aérien.
Un Lafaurie Peyraguey 1961 époustouflant, car je voulais une revanche sur le dernier ouvert de cette année, bouchonné à l’ouverture. Une force tranquille et une plénitude qui relègue les vins de paille à distance. Un Climens 1959 léger discret et citronné que des convives ont critiqué, mais que j’ai apprécié, à l’ombre du Lafaurie si gigantesque.
Un magnifique dîner, fruit de l’imagination des apports de chaque convive. Un classement assez unanime sur : 1 – Chambertin 1919, 2 – Lafaurie 1961 et 3 ex aequo le Meursault 1953 et le vin de paille de Chapoutier 1990.

Dîner chez Ghislaine Arabian dimanche, 13 janvier 2002

Un dîner chez Ghislaine Arabian. L’étoile du Nord descendue à Paris chez Ledoyen, ce temple de la bonne cuisine du temps des nappes en dentelle et des couverts en vermeil, passé par un purgatoire trop long. G. A. redémarre dans un site petit mais agréablement décoré, avec un service impeccable et un sommelier de talent, avec une carte des vins fort ingénieuse. Une cuisine qui a de l’ambition et de l’originalité et promet, avec encore un peu de travail d’atteindre de très hauts niveaux. Essai d’un Pouilly Fuissé 1999 Grand Beauregard, hommage à Joseph Burrier. Ce vin titre 13°5. Une de ces découvertes de sommelier, au départ un peu troublante par l’agressivité du fruit. On sent un coté très « tendance ». Mais rapidement, on voit toute la beauté du travail, et le vin révèle des qualités et un plaisir rare. L’odeur merveilleuse de ce vin restait encore dans le verre vide quelques heures après, ce qui est signe de noblesse. Le sommelier nous a fait goûter un verre de Château Potelle un Zinfandel de la Napa Valley de 1998 qui titre aussi 13°5. Du bois, du bois, du bois. Ce goût international qui fait tache d’huile. Puis, un véritable monument : Lynch Bages 1989, qui est considéré à juste titre comme l’une des réussites absolues de ce château. L’équilibre et la plénitude m’ont immédiatement fait penser à 1928. Il y a des vins de 1928 qui ont atteint une rondeur chaleureuse qui se retrouve en ce vin, ce qui est un compliment pour lui.

D’autres Meursaults dimanche, 6 janvier 2002

Après les fêtes, pour vérifier le voyage en Meursault, deux Meursault de Coche Dury : le Meursault les Rougeots Coche Dury 1997 et le Meursault Coche Dury 1998. Le fait d’avoir bu des jeunes et des vieux en si peu de temps confirme l’intérêt de la démarche de wine-dinners : Coche Dury fait des vins splendides, et ses jeunes vins expriment l’authenticité du Meursault. Mais des vins plus anciens font apparaître des palettes de goûts complémentaires si riches et si profonds que l’on doit explorer cette autre facette du vin, qui n’est pas en compétition, mais en addition de saveurs à découvrir.

Dîner de réveillon lundi, 31 décembre 2001

Arrive enfin le réveillon du 31, où le parti pris fut aussi, entre amis, de faire des expériences plus risquées que d’habitude, tout en recherchant quelques plaisirs rares. Magnum de Dom Pérignon 1992. La sensualité de cette bouteille est un facteur de séduction certain auprès des femmes. Très agréable champagne, bien solide, mais sans folie. Ensuite trois Meursault : un Meursault 1953 de Louis Chevalier (encore une fois), vraiment très agréable, un Meursault 1942 de Patriarche : mort et un Meursault Goutte d’Or des petits fils d’Henri de L’Euthe 1945 : une pure merveille. De ces vins qui font frémir tant on atteint la perfection gustative. Il y avait tout dans ce Meursault. Sans doute l’un des plus grands Meursault que j’aie bus. Le Richebourg de Charles Noëllat de 1929 que j’avais ouvert quelques heures plus tôt m’avait fait peur. Il n’est jamais revenu à la vie. Bien que mort, il n’a jamais été imbuvable, ni immédiatement ni quelques jours plus tard, conservé en carafe pour voir comment il évoluerait. Faisant partie d’un achat décevant, je savais le risque pris. En revanche La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1943 fait partie de ces bouteilles qui marquent une vie. C’était un clin d’œil au réveillon d’un an auparavant où j’avais ouvert Richebourg DRC 1943. Grandissimes bouteilles. Le Richebourg était plus grand encore que La Tâche, qui est malgré tout à un niveau stratosphérique dans la hiérarchie des Bourgognes. Un magnifique Coteaux du Layon 1936 a ravi tous les palais. Ces vins sont si beaux quand ils ont de l’âge. Beaux arômes, belles palettes de saveurs subtilement douces. Magnifique vin qui préparait l’arrivée d’un Suduiraut 1928 grandiose mais supportait bien la comparaison dans la différence. Ce Sauternes d’une couleur si belle, tout de subtilité, légèrement moins bon que celui du dîner de juillet, mais splendidement grand quand même. Une vieille quetsche du début de siècle a clôturé ce voyage dans de nombreuses années de rêve : 53 / 45 / 43 / 42 / 36 / 29 / 28.

Dîner de Noël lundi, 24 décembre 2001

Pour Noël, en famille, des essais de vins de toutes provenances et valeurs, essais plus faciles en famille que dans un dîner officiel. Bollinger grande année 1990, juste pour se remémorer que 90 est vraiment grand. Montrachet Grand Cru Guichart Potheret 1988 en magnum. Belle structure et épanouissement d’un Montrachet, grand vin juteux et savoureux. Chassagne Montrachet les Embrazées premier cru Bernard Morey et fils 1991. Juste pour vérifier qu’un Montrachet est plus grand. Coustolle Canon Fronsac 1982. Là aussi pour vérifier qu’un de mes maîtres, qui vénère ce vin a bien raison, tant ce vin est bien fait, Black Noble de Bortoli, vin australien botrytisé de 17°5. En fait trop puissant pour le boire dans un repas. Lafaurie Peyraguey 1961 en demie bouteille affreusement bouchonnée. Grande tristesse tant j’avais déjà aimé ce vin. Quelques vins ont été finis le lendemain midi, auxquels j’ai ajouté Besserat de Bellefon rosé 1966, splendide champagne déjà madérisé, mais si agréable quand on aime cela (les grands champagnes madérisés sont un type de vin en soi). Château Chalon Désiré Petit 1992 (médaille d’or). Splendide. Rivesaltes ambré 1994 Cazes à comparer au Plénitude de Mas Amiel, grenache de 1998 : deux intéressantes expressions gustatives, débordantes de saveurs variées de soleil. A noter que le Lafaurie Peyraguey 61 rebu le lendemain avait quasiment perdu tout son goût de bouchon et m’a rappelé toute sa valeur. Entre les fêtes un Mouton-Rothschild 1993, si difficile à classer, car c’est un solide guerrier que n’aide ni l’année ni son jeune âge.