Archives de catégorie : dîners de wine-dinners

Beau déjeuner au restaurant Akrame mercredi, 19 septembre 2018

De retour à Paris, je suis pris dans la spirale d’un monde qui bouge. C’est la première fois que je vois, au retour du sud, les figues du jardin parisien mûres comme celles du jardin du sud. On peut imaginer que lorsqu’il fera 30° à Paris à Noël, il y aura encore des gens qui nieront le réchauffement climatique. Devant faire un des prochains dîners au restaurant Akrame, j’ai réservé une table pour le déjeuner, avec l’intention de voir le chef Akrame en fin de repas pour mettre au point le menu du futur dîner. J’ai invité ma fille cadette à partager ce repas. Etant en avance, j’ai le temps d’ouvrir le vin que j’ai apporté, un Châteauneuf-du-Pape Château de Montredon 1985, parce que j’adore cette année de plénitude à Châteauneuf. Dans la cour du restaurant, Akrame discute avec quelqu’un. Je l’embrasse et je me prépare à ouvrir le vin. Pour me donner du cœur à l’ouvrage, je commande un Champagne Laurent Perrier Cuvée Grand Siècle sans année. L’attaque est belle et généreuse et ce champagne est comme le baume du Tigre : il pourrait guérir de tous les accidents de la vie, tant il exsude une joie de vivre conquérante. Il est complexe, mais tellement accueillant. Ce n’est que du bonheur. J’apporte deux verres à la table où Akrame travaille et nous trinquons. Pour Akrame, un champagne ne se conçoit que s’il est de cette générosité.

J’ouvre mon vin et le tirebouchon limonadier ne lève qu’un bouchon poreux qui se déchire en bribes. Il faut que j’utilise la longue mèche en faisant bien attention pour que le bouchon sorte entier. Le parfum est divin, riche et joyeux.

Akrame est un homme pressé aussi la séance de travail que nous avions prévue à la fin du repas devra se tenir maintenant. Il vaut mieux tenir que courir. Entretemps ma fille arrive et s’assied, trinquant avec Akrame et moi. Nous étudions la liste des vins et c’est toujours un régal de discuter d’un menu avec un chef qui comprend instantanément ce qui va convenir. Nous trinquons au champagne qui plait beaucoup à Akrame et nous ravit, ma fille et moi. Comme un marteau-piqueur officie dans la cour de l’immeuble qui jouxte la cour du restaurant, nous décidons de prendre une table à l’intérieur. Je dis à Akrame de faire ce qu’il veut pour ce déjeuner.

L’équipe du restaurant est jeune, intelligente, souriante et comprend à demi-mot nos souhaits. Ils ont senti que je me chargerai du service du vin. On nous apporte deux beurres travaillés par le chef pour accompagner le pain. Je résiste car il n’est pas question que les efforts de trois mois dans le sud se perdent dès le premier jour. Le menu, tel qu’il m’a été donné en fin de repas, dans son expression minimaliste, ne rend pas compte de l’extrême générosité de la cuisine du chef : Audace : tourteau, carotte, navet / force : homard barbecue, menthe / marin : Skrei (cabillaud), champignon, noisette / terre : pigeon, Kamut / fraîcheur : apéro Ricard, cacahuète / jouissance : tomate, framboise, meringue, mousse chocolat d’antan, coulis fumé.

La sobriété en forme d’épure du menu du chef correspond sans doute à sa recherche mais elle ne rend pas compte de l’incroyable complexité de ses plats, dont la logique est percutante. La fine pâtisserie qui entoure le tourteau est sublimée par une sauce d’une rare justesse. Le homard est divinement cuit et convient aux deux vins, au Châteauneuf quand la chair est seule, et au champagne quand on associe le pesto à la menthe. Mais on s’aperçoit que le Châteauneuf-du-Pape Château de Montredon 1985 est tellement généreux qu’il arrive aussi à cohabiter avec la sauce crémée à la menthe. La chair du homard est cuite à la perfection.

Le vin rouge combine puissance et velours. Il est d’une force envahissante, mais il expose aussi un velours rassurant. Ce vin est magnifique. Le cabillaud est traité avec douceur et a perdu un peu de son aspect sauvage, tendance morue. Aussi est-ce le champagne qui lui convient le mieux. La raviole champignon noisette avec une sauce à la moutarde est délicieuse, sans doute à peine trop moutardée.

Le plat le plus étonnant est le pigeon qui apparaît dans une sorte d’omelette norvégienne qui ne se mange pas. La chair du pigeon est fondante, absolument parfaite. C’est, avec le homard, le couple gagnant de ce repas. Nous sommes rassasiés, aussi la suite du repas, avec le sorbet au Ricard et cacahuète, au goût suffisamment mesuré pour qu’il ne heurte pas le palais, et les desserts qui suivent n’éveillent plus notre enthousiasme.

Alors que les deux vins sont superbes, dont ce Châteauneuf-du-Pape puissant et velouté, qui devient presque doux en fin de repas, ce sont les plats qui ont eu la vedette. Akrame est en pleine possession de ses moyens qui sont grands et réussit une cuisine d’un très haut niveau. Le homard et le pigeon sont parmi les meilleurs que j’aie eu l’occasion de manger. Les chairs sont sublimes, et les accompagnements généreux ne leur nuisent pas.

Ajoutons à cela un service joyeux et compétent. Je sens que le dîner que nous ferons en ce lieu sera une réussite.

le vin du Rhône a un bouchon poreux collé au verre, très difficile à extirper

la table dans la cour de l’immeuble

les beurres travaillés de l’accueil à table

Akrame image toujours sa démarche culinaire

226th Wine-Dinners Dinner at the Exceptional Cellar of the Hotel de Crillon mercredi, 6 juin 2018

The 226th Wine-Dinners Dinner is held at the Exceptional Cellar of the Hotel de Crillon. It is a large room whose walls are windows where the greatest wines are exposed, with a brightness that does not harm their conservation. During the dinner at the Kaviari factory I had wanted to explore the marriage between old spirits and champagnes on caviar dishes. In this dinner, at two moments, we will explore the cohabitation of very old sauternes with rather sweet champagnes on dishes. It is with the chef Christopher Hache that I want to do it because I have the memory of nice dinners that we made before the renovation of the hotel de Crillon.
During a lunch at the hotel’s brasserie we had developed the menu with Christopher and his team including Pablo the pastry chef. All the logistical aspects were developed with the director of the restoration and I was able to measure to what extent all the teams of kitchen, table service and sommellerie are involved. It’s nice to feel such a motivation.
I had delivered my wines almost a week ago and they were set up the day before by Xavier, the excellent sommelier who will follow us all night with Elise, sommelier. Gautier, will manage the service and will be accompanied by Manon. And the chef will come several times to cover our plates with delicious sauces.
At 16:30 I am hard at work to open the bottles. I had brought two bottles of Yquem 1918 to be able to choose at the last moment the one that would be suitable, the lower one having a more sympathetic color. I opened the lowest and the perfection of its rich and flawless perfume reassured me. The 1955 Cheval Blanc perfume is extremely pure and the cork is beautiful.
Due to a tightening at the top of the neck, the cork of La Tâche 1959, very healthy, comes in several pieces. Its promising but still closed odor indicates that aeration will do him good. The cork of Vega Sicilia Unico 1959 comes in many crumbs because the top of the neck tightened and sharp, forbidden to go up the whole. The 1894 Yquem is the only bottle that does not have its original cap. It is marked on the new stopper that reconditioning dates from 1989 but I cannot believe, while it is written, that this cap is so young, because it is blackened in places and splits like old plugs. This is an enigma. The perfume of wine is magic of complexity. The Yquem 2001 opened just after, the darling of victory since he has won all the best ratings since birth, has a fragrance that seems discreet alongside the 1894 which is paradoxical. The wax of the 1869 Cyprus bottle is so thick that I would need a jackhammer to remove it. The scents at the opening are very smoked, even old cabinet. We feel that after aeration it will be big. The most beautiful smell, by far, is that of Rhum 1864, olfactory bomb combining power and incredible sweetness.
While I open the bottles a dialogue is formed with the cooks who prepare the dishes. I will taste sauces, I suggest some attenuations and when we talk about the avocado that would accompany the poached foie gras, I would tend to want to forget it, but Christopher Hache who will join us later, will convince me to keep it.
After the wines are opened and at 18:15, I open the first champagnes. The magnum of Krug Grande Cuvée has a blackened cap that breaks when I turn the top. I get the bottom with the tirebouchon. The perfume is promising and as the format is a magnum, I allow myself to taste this Krug which is divine. Xavier enjoys my glass. He is delighted. The 1962 Krug Collection will need air to flourish and the 1978 Veuve Clicquot Rosé is so powerful, with an explosive bubble that Xavier makes a suggestion that I immediately approve: instead of putting this rosé on the lobster, it would be worth better put it on the pigeon, because there will be no fight with la Tâche and the Spanish wine.

Everything seems on track, I will not need the two spare bottles that I brought. I can change and wait for the guests. We will be twelve, including a woman. The eleven guests all know each other professionally and nine of them have already participated in dinners, the tenth attended a session of the academy of old wines and the eleventh is the only « rookie ».
The aperitif is taken upright. Appetizers are: Quejo Pan & Quail Egg – Tamarind / Gaspacho Sphere / Frog Gyosa. The Magnum Champagne Krug Private Cuvée from the 60ies is rather from the 50ies when we take into consideration the cork and taste. The bottle is beautiful and of great rarity. The champagne is a little amber. In the mouth it plunges all of us into the world of ancient wines because there is no resemblance to current champagnes. It is powerful, sweet, round and offers both red fruits and salt. It has no bubble but a beautiful sparkling, it is very gastronomic and goes very well with the varied tastes of finger foods, the most beautiful agreement being with small tomatoes reconstituted that we bite at once.
We sit down to table. The menu composed by Christopher Hache is: pie – vegetables / shell – coriander / blue lobster – bisque / chicken – broth / pikeperch – meat sauce / pigeon – stuffing au gratin / poached foie gras – avocado / stilton / grapefruit – mango / financial / chocolate – declination.
The Yquem Y 1960 is a beautiful clear gold. The nose is very close to that of a Yquem and in the mouth, while it is a dry wine, this wine of Graves has a lot of kinship with Yquem. It looks more like a light Yquem than a dry wine. It is delicious, round and full but the agreement probably a little too conventional that I proposed with the pie will deprive it of votes at the end of the meal which is unfair because it is a wine of great pleasure.
The soup of shells coriander is accompanied by the Château d’Yquem 1918 because I remembered a successful marriage with a shell soup and Yquem. I probably did not explain enough, I do not know, but even if the agreement was found, it should have avoided coriander and make a broth rather than a cream. We will have to redo the test.
The Château d’Yquem 1918 will now coexist with the Champagne Krug Collection 1962 on the wonderful lobster. The very rare Champagne is completely different from the Krug Private Cuvée of the aperitif. The 1962 is sharp and of great depth. It is an intense and educated champagne. He inspires respect. The 1918 Yquem is of rare elegance. She is a very feminine Yquem who walks around twirling her crinolines and vertugadins. The demonstration is made that a great noble champagne can cohabit with an elegant Sauternes. What is impressive is that the trace of the Yquem in the mouth never ends and never goes out.
And this is where the absolute weapon appears, advised by Alexandre de Lur Saluces, chicken broth, served in a cup, which recalibrates the palate and makes it ready to face the reds. It’s really effective.
We will all be touched by lightning, as the agreement that arrives is out of the ordinary. The Château Cheval Blanc Heirs Fourcaud-Laussac 1955 merges with the zander (pikeperch) in a symbiosis unheard. It is undoubtedly the incredible perfection of the agreement that will propel this wine in first place in the final ranking. The grain of the wine is heavy, truffled like the most beautiful bordeaux of the right bank. I would put this wine on top of the recent Cheval Blanc 1947 that I had the opportunity to drink. This wine is glorious, balanced, rich and full of serenity.
On the pigeon, we will taste three wines because to the two red wines I added the champagne that should have been served on the lobster and that Xavier and I decided to move. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959 had at the opening a fragrance that required aeration but promised. He is now subtly Burgundian. It has the beautiful bitterness of the wines of the Romanée Conti estate. He may be a little shy next to Spanish wine. The supreme pigeon showcase it.

Champagne Veuve Clicquot Cave Privée rosé 1978 is a bubble bomb after the previous champagnes that had almost no. It is adapted to the pigeon and finds its place without quarreling of borders with the two reds. It is large and long trace in the mouth, in pink tones that suggest the blood of the pigeon. It is very gastronomic.

The Vega Sicilia Unico 1959 is the quiet strength. His nose was strikingly balanced at the opening. He still is. It’s a Frank Sinatra. Despite his ease he has a rare power that allows him to be most suited to pigeon paw and especially the succulent stuffing. It looks like this « farce » was designed for the Spanish wine.

We will now explore the second challenge of combining an old Yquem with sweet champagnes on the same dish. I put two bottles of Cordon Vert CH.Mumm & Co 1930, one almost full and the other half only. We start with the most evaporated which is an incredible surprise because the champagne is lively, precise, measured sugar, the sweet is elegant. And I’m going to suggest something that I never do, the fuller bottle will be served in the same glass. It turns out that it works and this champagne delights me as it is precise and lively. We would not have given three cents to these tired, torn and stained bottles, but in the glass it’s a marvel.

Beside, the Champagne Moët & Chandon « Mousseux » from the 1930ies that I would rather see from the 50ies is a little clumsy, heavy sugar. It is interesting but the Cordon Vert is much more lively. The Sparkling wine »Mousseux » is not lacking in interest because the sublime poached foie gras enhances it.

Christopher Hache was right to have me keep in the recipe the burnt avocado, sweet as a candy, because it marries wonderfully with the Château d’Yquem 1894 absolutely glorious. This wine has incredible power. While I’m not a foolish lover of reconditioned wines, this Yquem rebouched in 1989 is a perfection and an incredible richness and poached liver enhances it. Complexity, aromatic richness, length and power make it an immense wine that will be the first of my vote.

What is paradoxical is that the Château d’Yquem 2001, a magnificent expression of a Yquem young and one of the greatest in history is almost « pale » next to the former 107 years his eldest. The agreements with stilton then with grapefruit and mango work fully with the 2001.

The Cyprus Wine 1869 is strange because it has smoky accents, but under this envelope it reveals beautiful spices and a beautiful pepper. It is a confusing but charming wine, very interesting for its taste that has nothing comparable. The very successful financiers suit him exactly.

We are twelve to vote for the five favorite among 13 wines since Rhum is not part of the vote. 12 wines out of 13 had votes which makes me extremely happy. Six wines had the honor of being named first. The Yquem 1894 and the 2001 Yquem each had three first votes, L’Yquem 1918 and Cheval Blanc 1955 each had two first votes. La Tâche 1959 and Vega 1959 each had a first vote. The Cheval Blanc who has been on eleven voting sheets with two first and five second votes is the winner of this evening.

The vote of the consensus is: 1 – Château Cheval Blanc Fourcaud-Laussac Heirs 1955, 2 – Vega Sicilia Unico 1959, 3 – Yquem Castle 1894, 4 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959, 5 – Château d’Yquem 2001 , 6 – Yquem Castle 1918.

My vote is: 1 – Château d’Yquem 1894, 2 – Château Cheval Blanc Fourcaud-Laussac Heirs 1955, 3 – Vega Sicilia Unico 1959, 4 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959, 5 – Champagne Krug Collection 1962.

The most beautiful chords are pike-perch and Cheval Blanc then stuffing the pigeon « farce » with the Vega Sicilia Unico.

We take a seat in the courtyard of the hotel. I brought cigars over thirty years old, from the time I smoked. Xavier had put the cigars to hydrate in the cigar cellar of the hotel. For the first time in 27 years I smoked a Cohiba while drinking a Rhum of Saint Martin 1864 absolutely exceptional presence and sweetness, stubborn perfection.

In a friendly and cheerful atmosphere, with an attentive and motivated service, on a kitchen of a talented chef and also motivated, we lived a dinner of very great wines. I wanted to try old Yquem with champagnes on two courses. The experiment succeeded. Off to new adventures.

(pictures are in the article in French. See below)

226ème dîner de wine-dinners à la Cave d’Exception de l’Hôtel de Crillon lundi, 4 juin 2018

Le 226ème dîner de wine-dinners se tient à la Cave d’Exception de l’Hôtel de Crillon. Il s’agit d’une grande salle dont les murs sont des vitrines où les plus grands crus sont exposés, avec une luminosité qui ne nuit pas à leur conservation. Lors du dîner à la manufacture Kaviari j’avais voulu explorer le mariage entre de vieux alcools et des champagnes sur des plats au caviar. Dans ce dîner, à deux moments, nous allons explorer la cohabitation de très vieux sauternes avec des champagnes plutôt doux sur des plats. C’est avec le chef Christopher Hache que j’ai envie de le faire car j’ai le souvenir de beaux dîners que nous avons faits avant la rénovation de l’hôtel de Crillon.

Lors d’un déjeuner à la Brasserie de l’hôtel nous avions mis au point le menu avec Christopher et des personnes de son équipe dont Pablo le pâtissier. Tous les aspects logistiques ont été mis au point avec la directrice de la restauration et j’ai pu mesurer à quel point toutes les équipes de cuisine, de salle et de sommellerie sont impliquées. Ça fait plaisir de sentir une telle motivation.

J’avais livré mes vins il y a près d’une semaine et ils ont été mis à la verticale la veille par Xavier, l’excellent sommelier qui va nous suivre toute la soirée avec Elise, sommelière. Gautier, prenant en charge le service de salle sera accompagné de Manon. Et le chef plusieurs fois viendra napper lui-même nos assiettes.

A 16h30 je suis à pied d’œuvre pour ouvrir les bouteilles. J’avais apporté deux bouteilles d’Yquem 1918 pour pouvoir choisir au dernier moment celle qui conviendrait, la plus basse ayant une couleur plus sympathique. J’ai ouvert la plus basse et la perfection de son parfum riche et sans défaut m’a rassuré. Le parfum du Cheval Blanc 1955 est d’une pureté extrême et le bouchon est beau.

Du fait d’un resserrement en haut du goulot, le bouchon de La Tâche 1959, très sain, vient en plusieurs morceaux. Son odeur prometteuse mais encore fermée indique que l’aération lui fera du bien. Le bouchon du Vega Sicilia Unico 1959 vient en miettes nombreuses car le haut du col resserré et tranchant, interdit de le remonter entier. L’Yquem 1894 est la seule bouteille qui n’a pas son bouchon d’origine. Il est marqué sur le nouveau bouchon que le reconditionnement date de 1989 mais je n’arrive pas à croire, alors que c’est écrit, que ce bouchon soit aussi jeune, car il est noirci par endroits et se fend comme de vieux bouchons. Voilà une énigme. Le parfum du vin est magique de complexité. L’Yquem 2001 ouvert juste après, l’enfant chéri de la victoire puisqu’il a raflé toutes les meilleures notes depuis sa naissance, a un parfum qui paraît discret à côté du 1894 ce qui est paradoxal. La cire de la bouteille de Chypre 1869 est tellement épaisse qu’il me faudrait un marteau-piqueur pour l’enlever. Les senteurs à l’ouverture sont très fumées, voire de vieille armoire. On ressent qu’après aération il sera grand. La plus belle odeur, et de loin, est celle du Rhum de 1864, bombe olfactive combinant puissance et une douceur incroyable.

Pendant que j’ouvre les bouteilles un dialogue se noue avec les cuisiniers qui préparent les plats. On me fait goûter les sauces, je suggère des atténuations et lorsque nous parlons de l’avocat qui accompagnerait le foie gras poché, j’aurais tendance à vouloir l’oublier, mais Christopher Hache qui nous rejoindra plus tard, me convaincra de le garder.

Après les vins et dès 18h15, j’ouvre les premiers champagnes. Le magnum de Krug Grande Cuvée a un bouchon noirci qui se brise quand on tourne le haut. Je récupère le bas au tirebouchon. Le parfum est prometteur et comme le format est un magnum, je m’autorise à goûter ce Krug qui est divin. Xavier profite de mon verre. Il est enchanté. Le Krug Collection 1962 aura besoin d’air pour s’épanouir et le Veuve Clicquot rosé 1978 est si puissant, avec une bulle explosive que Xavier fait une suggestion que j’approuve immédiatement : au lieu de mettre ce rosé sur le homard, il vaudrait mieux le mettre sur le pigeon, car il n’y aura pas de lutte avec La Tâche et le vin espagnol.

Tout me paraît sur de bons rails, je n’aurai pas besoin des deux bouteilles de réserve que j’ai apportées. Je peux me changer et attendre les convives. Nous serons douze dont une femme. Les onze convives se connaissent tous professionnellement et neuf d’entre eux ont déjà participé à des dîners, le dixième a assisté à une séance de l’académie des vins anciens et le onzième est le seul « rookie ».

L’apéritif est pris debout. Les amuse-bouches sont : Pan de Quejo & oeuf de caille – tamarin / sphère gaspacho / Gyosa de grenouille. Le Magnum Champagne Krug Private Cuvée années 60 est plutôt années 50 quand on prend en considération le bouchon et le goût. La bouteille est magnifique et d’une grande rareté. Le champagne est un peu ambré. En bouche il plonge chacun d’entre nous dans le monde des vins anciens car il n’y a aucune ressemblance avec des champagnes actuels. Il est puissant rond et offre tout à la fois des fruits rouges et du sel. Il n’a pas de bulle mais un beau pétillant, il est très gastronomique et se marie très bien avec les goûts variés des amuse-bouches, le plus bel accord étant avec des petites tomates reconstituées que l’on croque en une fois.

Nous passons à table. Le menu composé par Christopher Hache est : pâté en croûte – légumes / coque – coriandre / homard bleu – bisque / poule – bouillon / sandre – jus de viande / pigeon – farce à gratin / foie gras poché – avocat / stilton / pamplemousse – mangue / financiers / chocolat – déclinaison.

L’Y d’Yquem 1960 est d’un bel or clair. Le nez est très proche de celui d’un Yquem et en bouche, alors qu’il s’agit d’un vin sec, ce vin de Graves a beaucoup de parenté avec Yquem. On dirait plus un Yquem léger qu’un vin sec. Il est délicieux, rond et plein mais l’accord sans doute un peu trop conventionnel que j’avais proposé le privera de votes en fin de repas ce qui est injuste car c’est un vin de grand plaisir.

La soupe de coques à la coriandre est accompagnée par le Château d’Yquem 1918 car j’avais le souvenir d’un mariage réussi avec une soupe de coques et Yquem. Me suis-je mal exprimé, je ne sais pas mais même si l’accord s’est trouvé, il aurait fallu éviter la coriandre et faire un bouillon plutôt qu’une crème. Il faudra refaire l’essai.

Le Château d’Yquem 1918 va maintenant cohabiter avec le Champagne Krug Collection 1962 sur le merveilleux homard. Le Champagne très rare est complétement différent du Krug Private Cuvée de l’apéritif. Le 1962 est vif et d’une grande profondeur. C’est un champagne intense et docte. Il inspire le respect. L’Yquem 1918 est d’une rare élégance. C’est un Yquem très féminin qui se promène en faisant virevolter ses crinolines et ses vertugadins. La démonstration est faite qu’un grand champagne noble peut cohabiter avec un élégant sauternes. Ce qui est impressionnant c’est que la trace de l’Yquem en bouche ne s’éteint jamais.

Et c’est là qu’apparaît l’arme absolue, que m’avait conseillée Alexandre de Lur Saluces, le bouillon de poule, servi dans une tasse, qui recalibre le palais et le rend prêt à affronter les rouges. C’est vraiment efficace.

Nous allons tous être touchés comme par la foudre, tant l’accord qui arrive est hors du commun. Le Château Cheval Blanc Héritiers Fourcaud–Laussac 1955 se confond avec le sandre dans une symbiose inouïe. C’est sans doute l’invraisemblable perfection de l’accord qui propulsera ce vin en première place du classement final. Le grain du vin est lourd, truffé comme les plus beaux bordeaux de la rive droite. Je mettrais ce vin au-dessus des récents Cheval Blanc 1947 que j’ai eu l’occasion de boire. Ce vin est glorieux, équilibré, riche et de totale sérénité.

Sur le pigeon, nous allons goûter trois vins car aux deux vins rouges j’ai ajouté le champagne qui aurait dû être servi sur le homard et que Xavier et moi avons jugé opportun de déplacer. La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959 avait à l’ouverture un parfum qui demandait de l’aération mais promettait. Il est maintenant subtilement bourguignon. Il a les belles amertumes des vins du domaine de la Romanée Conti. Il est peut-être un peu timide à côté du vin espagnol. Les suprêmes de pigeon le mettent en valeur.

Le Champagne Veuve Clicquot Cave Privée rosé 1978 est une bombe de bulle après les champagnes précédents qui n’en avaient quasiment pas. Il est adapté au pigeon et trouve sa place sans querelle de frontières avec les deux rouges. Il est grand et de longue trace en bouche, dans des tons rosés qui suggèrent le sang du pigeon. Il est très gastronomique.

Le Vega Sicilia Unico 1959 c’est la force tranquille. Son nez était d’un équilibre saisissant à l’ouverture. Il l’est toujours. C’est un Frank Sinatra. Malgré son aisance il a une puissance rare qui lui permet d’être le plus adapté à la patte de pigeon et surtout à la succulente farce. On dirait que cette farce a été conçue pour l’espagnol.

Nous allons maintenant explorer le deuxième challenge qui est d’associer un vieil Yquem avec des champagnes doucereux sur un même plat. J’ai mis deux bouteilles de Champagne Cordon Vert CH.Mumm & Co années 1930, une quasiment pleine et l’autre à moitié seulement. Nous commençons par la plus évaporée qui est une incroyable surprise car le champagne est vif, précis, au sucre mesuré, le doucereux étant élégant. Et je vais suggérer une chose que je ne fais jamais, la bouteille plus pleine sera servie dans le même verre. Il se trouve que ça marche et ce champagne me ravit tant il est précis et vif. On n’aurait pas donné trois sous à ces bouteilles fatiguées, déchirées et tachées, mais dans le verre c’est une merveille.

A côté, le Champagne Moët & Chandon « Mousseux » années 1930 que je verrais plutôt des années 50 fait un peu pataud, au sucre lourd. Il est intéressant mais le Cordon vert est beaucoup plus vif. Le Mousseux ne manque pas d’intérêt car le sublime foie gras poché le met en valeur.

Christopher Hache a bien eu raison de me faire garder dans la recette l’avocat brûlé, doux comme un bonbon, car il se marie à merveille avec le Château d’Yquem 1894 absolument glorieux. Ce vin a une puissance incroyable. Alors que je ne suis pas un amoureux transi des vins reconditionnés, cet Yquem rebouché en 1989 est d’une perfection et d’une richesse incroyable et le foie poché le met en valeur. Complexité, richesse aromatique, longueur et puissance en font un vin immense qui sera premier de mon vote.

Ce qui est paradoxal c’est que le Château d’Yquem 2001, magnifique expression d’un Yquem jeune et l’un des plus grands de l’histoire fait presque « pâlot » à côté de l’ancien de 107 ans son aîné. Les accords avec le stilton puis avec pamplemousse et mangue fonctionnent pleinement avec le 2001.

Le Vin de Chypre 1869 est étrange car il a des accents fumés, mais sous cette enveloppe il révèle de belles épices et un beau poivre. C’est un vin déroutant mais charmeur, très intéressant par son goût qui n’a rien de comparable. Les financiers très réussis lui conviennent exactement.

Nous sommes douze à voter pour les cinq préférés des 13 vins puisque le rhum ne fait pas partie du vote. 12 vins sur 13 ont eu des votes ce qui me fait extrêmement plaisir. Six vins ont eu l’honneur d’être nommés premiers. L’Yquem 1894 et l’Yquem 2001 ont eu chacun trois votes de premier, L’Yquem 1918 et le Cheval Blanc 1955 ont eu chacun deux votes de premier. La Tâche 1959 et le Vega 1959 ont eu chacun un vote de premier. Le Cheval Blanc ayant figuré sur onze feuilles de vote avec deux votes de premier et cinq votes de second est le vainqueur de cette soirée.

Le vote du consensus est : 1 – Château Cheval Blanc Héritiers Fourcaud–Laussac 1955, 2 – Vega Sicilia Unico 1959, 3 – Château d’Yquem 1894, 4 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959, 5 – Château d’Yquem 2001, 6 – Château d’Yquem 1918

Mon vote est : 1 – Château d’Yquem 1894, 2 – Château Cheval Blanc Héritiers Fourcaud–Laussac 1955, 3 – Vega Sicilia Unico 1959, 4 – La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959, 5 – Champagne Krug Collection 1962.

Les plus beaux accords sont sandre et Cheval Blanc puis farce du pigeon avec le Vega Sicilia Unico.

Nous montons prendre place dans la cour intérieure de l’hôtel. J’ai apporté des cigares de plus de trente ans, de l’époque où je fumais. Xavier avait mis les cigares à hydrater dans la cave de cigares de l’hôtel. Pour la première fois depuis 27 ans j’ai fumé un Cohiba tout en buvant un Rhum de Saint Martin 1864 absolument exceptionnel de présence et de douceur, entêtant de perfection.

Dans une ambiance amicale et enjouée, avec un service attentif et motivé, sur une cuisine d’un chef talentueux et lui aussi motivé, nous avons vécu un dîner de très grands vins. Je voulais essayer de vieux Yquem avec des champagnes sur deux plats. L’expérience a réussi. En route pour de nouvelles aventures.

Magnum Champagne Krug Private Cuvée années 60

le bouchon s’est cassé, le bas extrait au tirebouchon

‘Y’ d’Yquem 1960

Champagne Krug Collection 1962

Champagne Veuve Clicquot Cave Privée rosé 1978

Château d’Yquem 1918 – j’ai prévu deux bouteilles pour le cas où il y aurait un problème

rapprochement des bouchons de l’Y 1960 et de l’Yquem 1918

Château Cheval Blanc Héritiers Fourcaud -Laussac 1955

La Tâche Domaine de la Romanée Conti 1959

Vega Sicilia Unico 1959

Champagne Moët & Chandon « Mousseux » années 1930

Champagne Cordon Vert CH.Mumm & Co années 1930 (j’ai mis deux bouteilles)

Château d’Yquem 1894

Château d’Yquem 2001

Vin de Chypre 1869

Rhum de Saint Martin 1864

les vins dans la cave, sans le Veuve Clicquot rosé

les vins dans la cave d’exception

les bouchons avec de gauche à droite et de haut en bas : Y 60, Yquem 18 / Cheval Blanc 55, La Tâche 59 / Vega 59 / Krug Private Cuvée // Rhum 1864 / Chypre 1869 / Yquem 1894, Yquem 01 / Veuve Clicquot 78 rosé / Krug Collection 1962

notre table

les plats (j’ai oublié le pigeon et le foie gras poché)

les verres en fin de repas

les votes des 12 participants de ce dîner

225th dinner of Wine-Dinners at Pages Restaurant vendredi, 1 juin 2018

The 225th dinner of Wine-Dinners is held at Pages Restaurant. Given the smallness of the restaurant’s cellar, I deliver the wines on the day of the dinner, at 2 pm. Then chaining appointments, I find myself with a friend and a winemaker at the bistrot 116 Pages, drinking a Champagne Rosé Selosse disgorged in 2015. Arrived too cold, it is more cider than champagne and gradually it will flourish finally offering what should be Selosse rosé champagne, strong, impregnating and vivacious.

I am hard at work to open the bottles of dinner at 5 pm. An Englishman who will attend dinner tonight and recently attended the 30th session of the Academy of Ancient Wines is by my side to observe what I am doing. Even if some corks break in a few pieces, I do not have any major problems. Some perfumes are of stunning nobility, like Cyprus 1870, bomb of pepper and spices, the Fargues 1949 which has the majesty of very large Sauternes and the Petrus 1976, which is in the definition of the perfect Petrus. I said before opening the wines to Lewis that what best represents my passion for wine is the Grand Chambertin 1929. When I open the bottle, the sensuality of the discreet but promising fragrance moves me. We will see later what it is at the time of the votes. The white Haut-Brion 1990 has a rather discreet nose compared to what I expected. The only uncertainty is the Rausan-Ségla 1934 which could have a hint of cork. We will see.

We are ten, three of whom are new, with an overwhelming male majority against my will. The only woman registered phoned an hour before the meal to announce to the restaurant that she could not come because of a robbery she had just suffered. I almost got her to come anyway, but after saying yes she said no. She was replaced at short notice by a young American student at Le Cordon Bleu School whose director is at our table. There is an American, an English, a Belgian, a Lyonnais and six Parisians around the table.

The menu was developed with Chef Teshi and his team a few days ago and my suggestions were accepted. It is on the realization that the dinner was prodigious. The appetizers are: ceviché of ‘lieu jaune’ / iced carrot / chervil tuber / parmesan and beetroot.

The menu is: Royal sea bream carpaccio, caviar Daurenki, lemon caviar / ‘pouces-pieds’, mayonnaise with parsley and garlic / abalone, risotto, sea lettuce / red mullet, red wine sauce / lobster blue breton, sauce civet / veal sweetbreads, chanterelles / pigeon from Vendée, salmis, artichoke with barigoule, cherry / stilton / mangoes, fresh / financial almonds.

It’s warm weather so it is nice to have an aperitif on the sidewalk, Naoko, Teshi’s wife, coming to bring us appetizers. Champagne Dom Pérignon Magnum 1992 when served is a bit imprecise and short, as if he had a tiny trace of cork. But in fact it snorts, warms quickly because it is very warm in Paris and the champagne takes off and really looks like a beautiful Dom Pérignon, long, with a well-controlled acidity and generous yellow fruit flavors. It’s especially the sweet ice cream carrot that expands the champagne.

We go to the table and on the sea bream carpaccio we drink Champagne Pol Roger 1959. Its color is beautiful light amber, the bubble is almost invisible but the sparkling is there. This champagne combines with happiness unparalleled sweetness with a rare energy. He is noble and conquering and the agreement is good. We did not all have the same proportion of lemon caviar. My plate had a lot and others little and lemon caviar in high doses fights against champagne. But overall this champagne is exciting and joyful.

Château Haut-Brion Blanc 1990 is a legendary wine. I expected a lot and I find a real lack of power. It remains big with the beautiful bitterness of the wines of Graves, but it is not flamboyant and the demonstration will be given by the white who will follow it. The ‘pouces-pieds’ are delicious, original and it’s not the mayonnaise that suits them best, but a delicate vinaigrette that excites the Haut-Brion.
What abalone, these abalone! A marvel of taste. So, the Corton Charlemagne Bouchard Father & Son 1959 is totally at ease, glorious, serene, the real crooner. It is for my taste the risotto that propels Burgundy to an exceptional level of emotion.
It’s one of my quirks to associate Pétrus with red mullet. This will be the case again. The nose of Pétrus Pomerol 1976 was magical at the opening. He is even more so. And this rich pomerol is heavy with truffles and charcoal. It is a glorious and distinguished Petrus. The mullet is beautifully cooked, its skin is a treat and the agreement shows once again its relevance. What a beautiful Petrus!
I made suggestions for lobster and did not expect that they would be followed with such talent. I said that I much prefer the lobster body to the claws and now there is the body alone, without the slightest flourish, placed on a heavy sauce. And we are going to live one of those rare moments that I cherish: Château Rauzan-Ségla Margaux 1934is‘ the sauce of lobster, like lobster sauce ‘is‘ Margaux 1934. The continuity of taste is total. And the wine, for which I dreaded a possible taste of cork, is glorious. It is balanced, serene like the Corton-Charlemagne and all this is due to the long period of aeration of the wine. Powerful wine has no age, it is timeless. I would never have imagined that this wine that was reconditionned probably forty years ago would reach such a new perfection.
The Grand Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929 is a wine of Jules Régnier, owner of the estate Sosthène de Grésigny. My heart belongs to him because it is in the line of my passion to look for curiosities which can be placed on a par with, even above much more capped wines. This wine is charm and subtlety. Everything is velvet in him. The nose has charm and the mouth is of a total sweetness. It is at once the odalisque of Ingres for mad seduction and d’Artagnan for persuasion. The perfect calf sweetbread is discreet, because on a stage, it is appropriate to be able to emphasize the first role, the star of the show. How this wine does stir my heart! I’m thrilled and Banana Republic votes will show that I was not the only one.
The pigeon is a marvel, the artichokes are sweets and the cherry is the touch of genius that will excite the Côte Rôtie The Landonne Guigal 1991. This wine is a lord, heavy but freshness minty. This is the most successful year for this Landonne and since we have just gone back 62 years since the Chambertin, all this seems an absolute natural. We are all dazzled by so much culinary perfection.
Château de Fargues 1949 is so brown that it is almost black. At the opening he had a perfume of incredible complexity. It still has it and this warm wine is madly complex in the mouth. The agreement with stilton fat is superb and while we have already eaten well, we would have wished more. Sauternes is also paired with a mango and fresh almond dessert that showcases other facets of wine with incredible charm.

The Porto Burmester 1920 had a discreet nose at the opening. The nose is a little more radiant and it is in the mouth that everything is played. This port is all in refinement. He is delicate despite his power. He surfs on the tongue to show his fluidity. The financiers accompany him with happiness. He has palpitations of rare elegance.

The financiers will also accompany the 1870 Cyprus Wine and there is no better tenet than these little pastries. Cyprus is a pepper bomb. While it is rich in spicy flavors, it can give the impression of being dry. But the most mesmerizing is that it takes us to territories of unknown flavors. We find ourselves lying on a beach next to vahinés wearing fragrant flowers that sing soft and enveloping melodies like their perfumes. I like this trip in another dimension.

It is time to vote and we all have stars that shine in our eyes as we lived a unique moment. Each of the ten participants must vote for five favorite wines out of the eleven of the meal and what fills me with joy is that the eleven wines appear in at least one vote. The Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929 has an insolent score that I think I never had at one of my dinners: nine first-in-ten votes. Never. The other wine that was voted first is the Petrus by a single voter.

The consensus vote would be: 1 – Chambertin Grand Cru Sosthenes Grésigny 1929, 2 – Pétrus Pomerol 1976, 3 – Château Rausan-Ségla Margaux 1934, 4 – Corton Charlemagne Castle Beaune Bouchard Father & Son 1959, 5 – Champagne Pol Roger 1959, 6 – Wine of Cyprus 1870.

My vote is: 1 – Chambertin Grand Cru Sosthenes Grésigny 1929, 2 – Wine of Cyprus 1870, 3 – Pomerol Pétrus 1976, 4 – Champagne Pol Roger 1959, 5 – Château de Fargues 1949.

All the guests who have already participated in my dinners say that we are at a higher level than anything they have known. It must be said that all agreements have worked through the simplification of the recipies, which does not hinder talent. The presence of pouce-pieds and abalone at dinner was a pleasure because it is not every day that we eat. The most beautiful agreement was the symbiosis of Rausan-Ségla 1934 with the lobster sauce, so beautiful in its simplicity, followed for me by the risotto with Corton-Charlemagne 1959. The cherry on La Landonne is a whim I love and financiers on Porto and Cyprus are a piece of happiness.

The attentive guests brilliantly animated this meal held most often in English so that Lewis could participate in the debates. I am still amazed at the absolute success of this beautiful meal.

(see pictures on the following article)

225ème dîner de wine-dinners au restaurant Pages mercredi, 30 mai 2018

Le 225ème dîner de wine-dinners se tient au restaurant Pages. Compte-tenu de la petitesse de la cave du restaurant, je livre les vins le jour du dîner, à 14 heures. Enchaînant ensuite des rendez-vous, je me retrouve avec un ami et un vigneron au bistrot 116 Pages, buvant un Champagne Selosse rosé dégorgé en 2015. Arrivé trop froid, il est plus cidre que champagne et progressivement il va s’épanouir offrant enfin ce que doit être le champagne Selosse rosé, fort, imprégnant et de grande vivacité.

Je suis à pied d’œuvre pour ouvrir les bouteilles du dîner à 17 heures. Un anglais qui participera ce soir au dîner et avait assisté récemment à la 30ème séance de l’académie des vins anciens est à mes côtés pour observer ce que je fais. Même si certains bouchons se brisent en quelques morceaux, je ne rencontre aucun problème majeur. Certains parfums sont d’une noblesse renversante, comme le Chypre 1870, bombe de poivre et d’épices, le Fargues 1949 qui a la majesté des très grands sauternes et le Pétrus 1976, qui est dans la définition du Pétrus parfait. J’avais dit avant d’ouvrir les vins à Lewis que ce qui représente le mieux ma passion, c’est le Chambertin 1929. Lorsque j’ouvre la bouteille, la sensualité du parfum discret mais prometteur m’émeut. On verra par la suite ce qu’il en est au temps des votes. Le Haut-Brion blanc 1990 a un nez plutôt discret par rapport à ce que j’attendais. La seule incertitude est le Rausan-Ségla 1934 qui pourrait avoir un soupçon de liège. Nous verrons.

Nous sommes dix dont trois nouveaux, avec une écrasante majorité masculine, contre mon gré. La seule femme inscrite a téléphoné une heure avant le repas pour annoncer au restaurant qu’elle ne pourrait pas venir du fait d’un vol qu’elle venait de subir. J’ai failli obtenir qu’elle vienne quand même, mais après avoir dit oui elle a dit non, bien fol est qui s’y fie. Elle fut remplacée au pied levé par une jeune américaine étudiante à l’école Le Cordon Bleu dont le directeur est à notre table. Il y a autour de la table une américaine, un anglais, un belge, un lyonnais et six parisiens.

Le menu avait été mis au point avec le chef Teshi et son équipe il y a quelques jours et mes suggestions avaient été acceptées. C’est sur la réalisation que le dîner fut prodigieux. Les amuse-bouches sont : ceviché de lieu jaune / carotte glacée / cerfeuil tubéreux / sablé parmesan et betterave. Le menu est : carpaccio de daurade royale de ligne, caviar Daurenki, citron caviar / pouces-pieds, mayonnaise au persil et à l’ail / ormeau, risotto, laitue de mer / rouget, sauce vin rouge / homard bleu breton, sauce civet / ris de veau, girolles / pigeon de Vendée, salmis, artichaut à la barigoule, cerise / stilton / mangues, amandes fraîches / financiers.

Il fait beau aussi prenons-nous l’apéritif sur le trottoir, Naoko, la femme de Teshi, venant nous apporter les amuse-bouches. Le Champagne Dom Pérignon Magnum 1992 au moment d’être servi est un peu imprécis et court, comme s’il avait une infime trace de bouchon. Mais en fait il s’ébroue, se réchauffe vite car il fait très lourd à Paris et le champagne prend son essor et ressemble alors vraiment à un beau Dom Pérignon, long, avec une acidité bien contrôlée et des saveurs de fruits jaunes généreux. C’est surtout la carotte glacée doucereuse qui élargit le champagne.

Nous passons à table et sur le carpaccio de daurade nous buvons le Champagne Pol Roger 1959. Sa couleur est d’un bel ambre clair, la bulle est quasiment invisible mais le pétillant est bien là. Ce champagne combine avec bonheur une douceur sans pareille avec une rare énergie.  Il est noble et conquérant et l’accord se trouve bien. Nous n’avons pas eu tous la même proportion de citron caviar. Mon assiette en avait beaucoup et d’autres peu et le citron caviar à haute dose lutte contre le champagne. Mais globalement ce champagne est enthousiasmant et joyeux.

Le Château Haut-Brion Blanc 1990 est un vin de légende. J’en attendais beaucoup et je lui trouve un réel manque de puissance. Il reste grand avec les belles amertumes des vins de Graves, mais il n’est pas flamboyant et la démonstration en sera donnée par le blanc qui va le suivre. Les pouces-pieds sont délicieux, originaux et ce n’est pas la mayonnaise qui leur conviennent le mieux, mais une vinaigrette délicate qui excite le Haut-Brion.

Quels ormeaux, ces ormeaux ! Une merveille de goût. Alors, le Corton Charlemagne Bouchard Père & Fils 1959 est totalement à son aise, glorieux, serein, le vrai crooner. C’est pour mon goût le risotto qui propulse le bourgogne à un niveau d’émotion exceptionnel.

C’est un de mes caprices d’associer Pétrus à du rouget. Ce sera le cas une nouvelle fois. Le nez du Pétrus Pomerol 1976 était magique à l’ouverture. Il l’est encore plus. Et ce riche pomerol est lourd de  truffe et de charbon. C’est un Pétrus glorieux et racé. Le rouget est magnifiquement cuit, sa peau est un régal et l’accord montre une fois de plus sa pertinence. Quel beau Pétrus !

J’avais fait des suggestions pour le homard et je ne m’attendais pas à ce qu’elle suivies avec un tel talent. J’avais dit que je préfère nettement le corps du homard aux pinces et voilà que se présente le corps seul, sans la moindre fioriture, posé sur une lourde sauce. Et nous allons vivre un de ces moments rares que je chéris : le Château Rauzan-Ségla Margaux 1934 ‘est’ la sauce du homard, comme la sauce de homard ‘est’ le Margaux 1934. La continuité de goût est totale. Et le vin, pour lequel je redoutais un éventuel goût de bouchon, est glorieux. Il est équilibré, serein comme le Corton-Charlemagne et tout ceci est dû à la longue période d’aération du vin. Le vin puissant n’a pas d’âge, il est intemporel. Jamais je n’aurais imaginé que ce vin qui a été reconditionné il y a probablement quarante ans atteindrait un tel nouveau de perfection.

Le Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929 est un vin de Jules Régnier, propriétaire du domaine Sosthène de Grésigny. Mon cœur lui appartient car il est dans la ligne de ma passion de rechercher des curiosités qui peuvent se situer à l’égal, voire au-dessus de vins beaucoup plus capés. Ce vin est charme et subtilité. Tout est en velours en lui. Le nez  a du charme et la bouche est d’une suavité totale. C’est à la fois l’odalisque d’Ingres pour la folle séduction et d’Artagnan pour la persuasion. Le ris de veau parfait se fait discret, car sur scène, il faut savoir mettre en valeur le premier rôle, la vedette du spectacle. Que ce vin remue mon cœur ! Je suis aux anges et les votes de république bananière montreront que je ne fus pas le seul.

Le pigeon est une merveille, les artichauts sont des bonbons et la cerise est la petite touche de génie qui va exciter la Côte Rôtie La Landonne Guigal 1991. Ce vin est un seigneur, lourd mais de grande fraîcheur mentholée. C’est l’année la plus réussie pour cette Landonne et alors qu’on vient de remonter le temps de 62 ans depuis le chambertin, tout cela paraît d’un naturel absolu. Nous sommes tous éblouis par tant de perfection culinaire.

Le Château de Fargues 1949 est tellement brun qu’il est presque noir. Il avait à l’ouverture un parfum d’une incroyable complexité. Il l’a encore et ce vin chaleureux est follement complexe en bouche. L’accord avec le stilton bien gras est superbe et alors que l’on a déjà bien mangé, on en redemanderait. Le sauternes est aussi associé à un dessert à la mangue et aux amandes fraîches qui mettent en valeur d’autres facettes du vin d’un charme fou.

Le Porto Burmester 1920 avait un nez discret à l’ouverture. Le nez est un peu plus épanoui et c’est en bouche que tout se joue. Ce porto est tout en raffinement. Il est délicat malgré sa puissance. Il surfe sur la langue pour montrer sa fluidité. Les financiers l’accompagnent avec bonheur. Il a des palpitations d’une rare élégance.

Les financiers vont aussi accompagner le Vin de Chypre 1870 et il n’y a pas de meilleur faire–valoir que ces petites pâtisseries. Le Chypre est une bombe de poivre. Alors qu’il est riche de saveurs épicées, il arrive à donner l’impression d’être sec. Mais le plus envoûtant c’est qu’il nous emmène sur des territoires de saveurs inconnues. On se voit allongé sur une plage à côté de vahinés coiffées de fleurs odorantes qui chantent des mélodies douces et enveloppantes comme leurs parfums. J’aime ce voyage dans une autre dimension.

Il est temps de voter et nous avons tous des étoiles qui brillent dans nos yeux tant nous avons vécu un moment unique. Chacun des dix participants doit voter pour cinq vins préférés sur les onze du repas et ce qui me remplit de joie c’est que les onze vins apparaissent dans au moins un vote. Le Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929 a un score insolent que je crois n’avoir jamais eu à l’un de mes dîners : neuf votes de premier sur dix. Jamais. L’autre vin qui a été voté premier est le Pétrus par un seul votant.

Le vote du consensus serait : 1 – Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929, 2 – Pétrus Pomerol 1976, 3 – Château Rausan-Ségla Margaux 1934, 4 – Corton Charlemagne du Château de Beaune Bouchard Père & Fils 1959, 5 – Champagne Pol Roger 1959, 6 – Vin de Chypre 1870.

Mon vote est : 1 – Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929, 2 – Vin de Chypre 1870, 3 – Pétrus Pomerol 1976, 4 – Champagne Pol Roger 1959, 5 – Château de Fargues 1949.

Tous les convives qui ont déjà participé à mes dîners disent que nous sommes à un niveau supérieur à tout ce qu’ils ont connu. Il faut dire que tous les accords ont fonctionné grâce à la simplification des recettes, ce qui n’entrave en aucun cas le talent. La présence de pouces-pieds et d’ormeaux au dîner a fait plaisir car ce n’est pas tous les jours qu’on en mange. Le plus bel accord a été la symbiose du Rausan-Ségla 1934 avec le homard, si beau dans sa simplicité, suivi pour moi du risotto avec le Corton-Charlemagne 1959. La cerise sur La Landonne est un caprice que j’adore et les financiers sur le Porto et sur le Chypre sont des morceaux de bonheur.

Les convives attentifs ont animé avec brio ce repas tenu le plus souvent en anglais pour que Lewis puisse participer aux débats. Je suis encore émerveillé de la réussite absolue de ce beau repas.


Magnum Champagne Dom Pérignon 1992

Champagne Pol Roger 1959

Château Haut-Brion Blanc 1990

Corton Charlemagne du Château de Beaune Bouchard Père & Fils 1959

Pétrus Pomerol 1976

Château Rausan-Ségla Margaux 1934 (certainement reconditionné)

Chambertin Grand Cru Sosthène de Grésigny 1929 Jules Régnier

Côte Rôtie La Landonne Guigal 1991

Château de Fargues 1949

Porto Burmester 1920

Vin de Chypre 1870

photo de groupe en cave

de gauche à droite et de haut en bas : capsule rouge du chambertin 1929, morceau du Corton Charlemagne 1959 dont le reste est plus bas, haut du bouchon du chambertin, bouchon du chambertin / capsule verte et bouchon du Corton Charlemagne 1959 , bouchon du Rausan Ségla 1934 (reconditionné), capsule rouge du 1934 / capsule jaune du Fargues 1949 à côté du bouchon du Haut-Brion 1990, bouchon du Fargues 1949 / en haut entre deux capsules rouges bouchon du Pétrus 1976, en dessous capsule du Pétrus, puis bouchon du Porto 1920 (mis en bouteilles il y a une trentaine d’années). En bas, capsule du Haut-Brion, bouchon de La Landonne 1991 et capsule de La Landonne.

quelques vues des bouchons

le bouchon du Pol Roger 1959

carpaccio de daurade et pouces-pieds

ormeau et risotto (caché par l’ormeau) et la mayonnaise aillée

Je n’ai pas photographié le rouget et je le regrette. Mais un des convives est venu à mon secours avec sa photo de ce plat merveilleux

J’ai mis en plus grand le homard car il représente ce que je souhaite : une simplicité sophistiquée. Ce fut grandiose

ris de veau et pigeon

les verres

les bouteilles vides

un détail raffiné : la cuisine est ouverte sur la salle. Lorsque le service est terminé, il y a une fleur au centre du plan de travail.

Déjeuner à la Brasserie de l’hôtel de Crillon avec le chef Christopher Hache vendredi, 11 mai 2018

Pour préparer un prochain dîner de wine-dinners, j’ai rendez-vous à l’hôtel de Crillon avec Christopher Hache le chef de la restauration des différents restaurants de l’hôtel.

Par un beau jour ensoleillé nous déjeunons dans une belle cour attenante à la brasserie. Il y a autour de la table Christopher le chef, Justin, responsable de la brasserie et Pablo le pâtissier de l’hôtel. J’ai apporté un Champagne Krug années 70 qui ne porte pas la mention « Private Cuvée », ni « Grande Cuvée », cette deuxième mention n’étant apparue que beaucoup plus tard. Elise, sommelière que je connais depuis longtemps, ouvre le champagne dont le bouchon évoque les années 70. Le nez du champagne est extrêmement complexe et expressif.

Je suis étonné qu’en bouche il paraisse, à la première gorgée, comme assez court. Mais cela ne va pas durer car très vite sa longueur rejoint sa complexité. Il est vif, au pétillant subtil même si la bulle est chiche et mes convives qui n’ont jamais approché des champagnes aussi vieux sont impressionnés par sa qualité. Il est peut-être un peu moins typé que les Private Cuvées de Krug, mais il a un tel charme qu’il se montrera gastronomique tout au long du repas.

A l’initiative de Christopher, nous goûtons trois caviars iraniens d’une maison qui s’appelle « Caviar de Beluga ». Le Beluga se présente assez gras, opulent, de belle longueur. Il est d’un grand charme. Le Royal Beluga est plus vif, plus profond et je l’aime encore plus sachant que ces deux versions sont parfaites et radicalement différentes. Le Sévruga au grain plus petit me plait beaucoup moins. Mais si j’avais commencé par celui-ci, il est certain que je l’aurais aimé, car ce caviar iranien est grand mais moins que les deux Belugas. Sur les trois caviars le champagne est délicieusement titillé et devient beaucoup plus complexe.

Dans la brasserie un jeune homme joue le rôle d’écailler mais pas seulement. Il m’avait fait l’article sur les huîtres qu’il présente et nous allons essayer deux huîtres numéro 3, une grasse et une maigre. Ma femme adore les grasses et j’adore les maigres. Il faudra que je l’invite en ce lieu car les huîtres sont de toute première qualité. Et c’est la grasse qui me paraît la plus goûteuse, avec une longueur en bouche que je n’ai sans doute jamais rencontrée à ce niveau. Le champagne brille encore plus.

J’essaie un accord de l’huître grasse avec le caviar le plus gras, le beluga, et ça ne marche pas, car l’huître est trop dominante. Justin fait une remarque pertinente : il faudrait que l’huître soit tiède pour que l’accord fonctionne.

Nous goûtons ensuite le pâté en croûte qui est délicieux et léger grâce aux petits pickles et à la gelée délicate. Le champagne se régale de cet accord. Le ris de veau croustillant avec une déclinaison d’artichauts est un plat massif et imposant qui réclamerait un vin rouge très lourd. Le champagne l’accompagne, mais la valeur ajoutée est plus faible.

Pendant ce repas nous avons mis au point le menu du dîner qui aura lieu dans moins d’un mois. Christopher Hache est motivé et nous avons pu concevoir l’ordonnancement du repas dans une compréhension mutuelle que je trouve extrêmement agréable et positive. Et le déjeuner fut bon, ponctué au final par des chocolats délicieux sur le café. Que demander de plus ?

Caviar, antique alcohols and rare champagnes, a trip in the unknown dimanche, 15 avril 2018

The caviar house Kaviari has in the 4th arrondissement of Paris a « factory » which is very nicely decorated. From time to time Kaviari invites chefs to come and design lunches on their caviars. Thus, responding to the invitation of chef Valerie Costa to come to lunch when it was her turn to be in the kitchen, I discovered Caviars Kaviari and met the General Manager Karin Nebot.

The idea came to me to associate my champagnes and my spirits for one dinner. The dinner of tonight is held at the Manufacture Kaviari. We will be twelve, one of the faithful friends of my dinners having invited ten people to constitute the table. Philippe Turquet is a cook who from time to time participates in the development of menus for caviar. I came here a few weeks ago to do some testing, and I asked him that the priority be pure products rather than the « façon » of presenting them. It is always a little frustrating for a chef to fade in front of the product, but Philippe has lent himself with a success that should be noted. Pascale Karin’s efficient collaborator made the purchases and the products were of high quality.

I arrive at 5 pm to open the wines and later the champagnes. Several ideas came up for me to compose this dinner. The first is that caviar must play a major role in more than half of the meal and it then fades when we arrive at cheeses and desserts. Indeed the fact to want to marry the caviar at every moment of the dinner in improbable agreements will not suit my wines.

The second idea is to take risks to try agreements and perhaps to create wonders. So in the program there are three wines or spirits that I have never tasted. The third idea is to check how can behave alcohol that is served at the same time as champagnes or wines. It is therefore a pioneering, adventurous experience that I wish to share with the guests of the meal.

There is in the program a Vodka of 1867, perhaps from Macedonia, which came from the Parisian cellar of the Duke of Windsor. I had asked a Russian-speaking friend to explain the Cyrillic label. She had trouble reading because it is not Russian but she confirmed two things: the date of 1867 is a vintage and not the date of creation of the distillery (as the Chateldon water that we drink is not vintage 1650) and it is probably a vodka fruit (?). I fact due to some people who saw the picture, it could be a Serbian plum Slivovitz. But at that time I thought of vodka. When I want to open it, a very hard concretion exists at the cork top. I try to break it without pushing the cork down but irresistibly it falls into the liquid. I decant the liquid very amber and with a string I manage to get out the cork while contracted, which impresses Napal who works in the kitchen and is watching me do. I clean any dust from the bottle and I can put the alcohol in its bottle. I did not want to take the risk that the cork would disintegrate in the liquid by polluting it. I open the wines between 5pm and 6pm, some Champagnes young around 6pm and the oldest at 7pm. Among the wines there is a totally unknown wine of 1916 for which I was without illusion. His nose delights me. Everything is fine.

When the guests have arrived we take the aperitif standing with a Champagne Dom Ruinart 1988 and we take at will caviar with small wooden spoons. The caviar is Transmontanus which is the blackest caviar of this house. The slightly amber champagne is of a magnificent fullness. It is tasty and the salt well measured caviar makes it even more greedy. The year 1988 succeeds in champagnes and this Dom Ruinart reaches a level of great excellence.

The menu that I composed – for once it’s me alone who composed it – and made with talent by Philippe Turquet is: caviar osciètre with oyster, caviar osciètre with warm oyster / caviar osciètre and scallops in carpaccio / osciètre caviar and saint-pierre cooked at low temperature, new candied turnips, white butter, turnip juice / Comté 18 months / Stichelton of the house Bellevaire / mango dessert just seized / mango gingerbread / lukewarm financial with nuts and hazelnuts.
The first dish with the two oysters hosts two champagnes. Champagne Substance Jacques Selosse disgorged in 2013 is a beautiful champagne noble who ideally enjoys being disgorged five years ago. It is noble and lively, but the competition is tough with the Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 which is in a state of absolute perfection. What nobility. If we were to make a watch comparison this champagne would be like a tourbillon watch, the complication much sought after by amateurs. Noble, tall, seigniorial, this champagne is in a state of grace.
With the delicious raw scallops, we will try an alcohol and a champagne. What I suggest to my guests is to make a path « dish – champagne – dish – alcohol – dish » so that we do not telescope the two beverages. We always have the dish in between. The Champagne Moët & Chandon Brut Imperial 1964 is extremely amber. It is soft because it is dosed but it is well sparkling. It has accents of sauternes. He is very sensual. The agreement with the shell and the caviar is magical. I had tried during my preparatory meal in this place the Eau-de-vie Kummel 1943 and I was conquered. We take a little caviar and a little shell and the extremely fresh alcohol, aniseed chili and cumin taste form a splendid agreement. But the most alive is the following. When you take the shell right after the alcohol, you have in your mouth the memory of cumin and it’s great. The sugar in the shell cannot prevent the Kummel’s flashback. I check with joy that the alcohol does not crush neither the dish nor the champagne. This scheduling is convincing. This is a convincing experience.
Now, there is something unreal about having three drinks in front of us from 1915, 1916 and 1867. Two are over a hundred years old and one is over a hundred and fifty years old. They are associated with the saint-pierre.
The Blanc Vieux d’Arlay Jean Bourdy 1915 is a wine that I cherish in this sublime year. It breathes the nut and in the mouth it combines density and lightness. It would be impossible to give it an age as its fluidity exceeds time. I love this beautiful and so fluid expression of Jura wine.
Carcin Wine 1916 is a complete unknown. I had met a collector of antique empty bottles who has in his house in the center of France a real museum of the history of glasses and bottles. In a Breton castle he had acquired dozens of antique empty bottles and had also taken full bottles which he sold me several rarities including this one and some wines of the 18th century. I searched on internet and could not find anything that really explains this wine. Here is what I took off from the Web: what we read is rather Carcin, but it could be Larcin. Carcin can be a synonym for Quercynian. Larcin is a Bergerac wine. We would be in the wines of Cahors. But the glass of the bottle is engraved Birmenstorfer Wein which is a Swiss wine from Birmenstorf north-west of Zürich. It would then be a Swiss wine. But it could have been bottled by a merchant with any wine.

Through the very nice bottle I could see a very clear liquid. I had added this stranger to our meal, accepting in advance that the wine is tasteless. At the opening, the very pure perfume seemed pretty close to that of the Jura wine of 1915. The proximity of date had also played in my choice but it is especially the exploration of the unknown that animated me. On the palate I am so captivated that this wine will be the one I will put in number one in my vote. This wine, which I am unable to guess the region is a dry wine, resolutely dry. The Swiss track is plausible. But what is crazy is that it has a minty freshness in the finish that I have never met so well for a white wine. It is fresh, has no age in taste, enigmatic and good and its final freshness. On the caviar is a magic moment. I would not bet on this wine and this feeling of an unknown taste enchants me.

The Probable Vodka with Macedonian fruit 1867, from the parisian cellar of the Duke of Windsor, is incredibly amber. His taste clearly evokes a taste of vodka. But it seems to be a Serbian Slivovitz that is a plum schnapps. Everyone can be wrong, especially with alcohol of this age. The alcohol is there, but not very strong. There is a bit of rough in the taste but overall this alcohol is delicious. It is enigmatic, complex and twirling and appreciable, we can go from one to the other of the three wines and alcohol without feeling the slightest taste break. This improbable juxtaposition is one of the curiosities I like to inspire.

We now close the door to the dishes around the caviar to return to a more conventional part of the dinner. The Comté is excellent but a bit dry. He is very tasty. Chateau Chalon Jean Bourdy 1929 is a divine nut but I find it a little less powerful, a little more fluid than the 1929 that I already drank of this excellent wine.

Château d’Yquem 1946 is a beautiful amber color with almost pink tones. His nose is rich with a thousand complexities and sweet as rare pleasures. With the creamy Stichelton the agreement is superb. And what is confusing is that another chord is found with the perfect slices of mango pan-fried with a trace of honey. This Yquem is magnificent of accomplishment. And its adaptability is remarkable. The trace in the mouth of this wine is indelible, joyful and greedy.

The gingerbread was considered with the Yquem but I thought it preferable that the Yquem only rubs the mango and it is a Champagne Dom Pérignon 1978 that closes the meal. He is divine, magically accomplished. His serenity and balance make him a great Dom Pérignon that I could have included in my vote.

It is time to vote and it is very difficult as the wines and spirits are different. What gives me great pleasure is that the eleven wines have had at least one vote, which means that everyone has been deemed worthy to be in the top five by at least one guest. The other satisfaction is that six out of eleven wines were deemed worthy of being first by at least one of the guests. The Yquem had five first votes, the 1915 Blanc d’Arlay and the 1978 Dom Pérignon each had two first votes and three wines had a first vote, the 1985 Krug Clos du Mesnil, Carcin Wine 1916 and Vodka 1867. In my vote if I had retained the pure quality I would have put the Clos du Mesnil first, but the Wine of Carcin 1916, complete enigma surprised me so much that it is him that I have retained.

The vote of consensus is: 1 – Château d’Yquem 1946, 2 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1985, 3 – Old White d’Arlay 1915, 4 – Probable vodka with fruit of Macedonia 1867, 5 – Vin de Carcin 1916, 6 – Champagne Dom Pérignon 1978.

My vote is: 1 – Vin de Carcin 1916, 2 – Château d’Yquem 1946, 3 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1985, 4 – Eau-de-vie Kummel 1943, 5 – Probable vodka fruit of Macedonia 1867.

What to say about this dinner? The Manufacture agreed to host one of my dinners and contributed to the success of the experience. The purchase of high quality products and a chef who agrees to play simplicity to deliver pure products without unnecessary façon, these are two major assets. We had not planned a sommelier and I had to take on this role. It is imperative for a sommelier to ensure the service of the wine if we imagine new experiences.

I wanted to take risks with wines or alcohol that I did not know, because it seemed to me to be part of the experience. We were lucky that all the wines were good. It gives me a furious desire to start again. I will try to convince those who have itching to mix caviar, rare alcohols and large champagnes.

With particularly nice and open diners, we had an anthology dinner. 1867, 1915, 1916, 1929, 1943, 1946 …. time has no hold on great wines.

(pictures are in the article in French concerning this dinner)

224ème dîner à la manufacture Kaviari mercredi, 11 avril 2018

La maison de caviar Kaviari dispose dans le 4ème arrondissement de Paris d’une « manufacture » qui est très joliment décorée. De temps à autre Kaviari invite des chefs pour qu’ils viennent concevoir des déjeuners sur leurs caviars. C’est ainsi que répondant à l’invitation de Valérie Costa de venir déjeuner lorsque ce fut son tour d’être aux fourneaux, j’ai connu les caviars Kaviari et la directrice générale Karin Nebot.

L’idée m’est venue d’associer mes champagnes et mes alcools pour un de mes dîners. Le 224ème dîner se tient à la Manufacture Kaviari. Nous serons douze, un des amis fidèles de mes dîners ayant invité dix personnes pour constituer la table. Philippe Turquet est un cuisinier qui de temps à autre participe à l’élaboration des menus pour le caviar. Je suis venu il y a quelques semaines faire des essais, et je lui ai demandé que la priorité soit aux produits purs plutôt qu’à la « façon » de les présenter. C’est toujours un peu frustrant pour un chef de s’effacer devant le produit, mais Philippe s’y est prêté avec une réussite qu’il convient de signaler. Pascale la collaboratrice efficace de Karin a fait les achats et les produits se sont montrés de haute qualité.

J’arrive à 17 heures pour ouvrir les vins et plus tard les champagnes. Plusieurs idées sont intervenues pour que je compose ce dîner. La première est que le caviar doit jouer un rôle majeur dans plus de la moitié du repas et qu’il s’efface ensuite lorsque l’on arrive aux fromages et desserts. En effet vouloir marier le caviar à tout prix dans des accords improbables ne conviendra pas à mes vins.

La deuxième idée est de prendre des risques pour essayer des accords et peut-être susciter des merveilles. Ainsi dans le programme il y a trois vins ou alcools que je n’ai jamais goûtés. La troisième idée est de vérifier comment peuvent se comporter des alcools qui sont servis en même temps que des champagnes ou des vins. C’est donc une expérience de pionnier, d’aventurier que je souhaite faire partager aux convives du repas.

Il y a dans le programme une Vodka de 1867, peut-être de Macédoine et qui provenait de la cave parisienne du duc de Windsor. J’avais demandé à une amie parlant russe de m’expliquer l’étiquette à l’écriture cyrillique. Elle a eu du mal à lire car ce n’est pas du russe mais elle m’a confirmé deux choses : la date de 1867 est bien un millésime et pas la date de création de la distillerie (comme la Chateldon que l’on boit n’est pas du millésime 1620) et c’est bien une vodka probablement aux fruits ( ?). Lorsque je veux l’ouvrir, une concrétion très dure existe au sommet de bouchon. J’essaie de la fracturer sans pousser le bouchon vers le bas mais irrésistiblement il tombe dans le liquide. Je carafe le liquide très ambré et avec une ficelle j’arrive à faire sortir le bouchon tout contracté, ce qui impressionne Napal qui travaille en cuisine et me regarde faire. Je nettoie les éventuelles poussières de la bouteille et je peux remettre l’alcool dans sa bouteille. Je ne voulais pas prendre le risque que le bouchon se désagrège dans le liquide en le polluant. J’ouvre les vins entre 17h et 18h, certains champagnes jeunes vers 18 heures et les plus vieux à 19 heures. Parmi les vins il y a un vin totalement inconnu de 1916 pour lequel j’étais sans illusion. Son nez me ravit. Tout va donc très bien.

Lorsque les convives sont arrivés nous prenons l’apéritif debout avec un Champagne Dom Ruinart 1988 et nous prenons à volonté du caviar avec de petites cuillers en bois. Le caviar est du  Transmontanus qui est le plus noir des caviars de cette maison. Le champagne légèrement ambré est d’une magnifique plénitude. Il est goûteux et le sel bien mesuré du caviar le rend encore plus gourmand. L’année 1988 réussit aux champagnes et ce Dom Ruinart atteint un niveau de grande excellence.

Le menu que j’ai composé – pour une fois c’est moi seul qui le composais – et réalisé avec talent par Philippe Turquet est : caviar osciètre avec huître nature, caviar osciètre avec huître tiède / caviar osciètre et coquilles Saint-Jacques en carpaccio / caviar osciètre et saint-pierre cuit à basse température, navets nouveaux confits, beurre blanc, jus de navet / Comté 18 mois / Stichelton de la maison Bellevaire / dessert à la mangue juste saisie / pain d’épices à la mangue / financier tiède à la noix et aux noisettes.

Le premier plat avec les deux huîtres accueille deux champagnes. Le Champagne Substance Jacques Selosse dégorgé en 2013 est un beau champagne noble qui profite idéalement d’avoir été dégorgé il y a cinq ans. Il est noble et vif, mais la compétition est rude avec le Champagne Krug Clos du Mesnil 1985 qui est dans un état de perfection absolue. Quelle noblesse. Si l’on devait faire une comparaison horlogère ce champagne serait comme une montre à tourbillon, la complication très recherchée des amateurs. Noble, grand, seigneurial, ce champagne est dans un état de grâce.

Avec les délicieuses coquilles Saint-Jacques crues, nous allons essayer un alcool et un champagne. Ce que je suggère à mes convives c’est de faire un chemin « plat – champagne – plat – alcool – plat » de telle façon qu’on ne fait pas se télescoper les deux breuvages. On repasse toujours par la case plat. Le Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1964 est extrêmement ambré. Il est doux car il est dosé mais il est bien pétillant. Il a des accents de sauternes. Il est très sensuel. L’accord avec la coquille et le caviar est magique. J’avais essayé lors de mon repas préparatoire en ce lieu l’Eau-de-vie Kummel 1943 et j’avais été conquis. On prend un peu de caviar et un peu de coquille et l’alcool  extrêmement frais, aux fraîcheurs anisées et au goût de cumin forme un accord splendide. Mais le plus vivant est ce qui suit. Quand on prend de la coquille juste après, on a en bouche la mémoire du cumin et c’est grandiose. Le sucre de la coquille ne peut empêcher le retour de flamme du Kummel. Je vérifie avec joie que l’alcool n’écrase ni le plat ni le champagne. Cet ordonnancement est convainquant. Voilà une expérience probante.

Il y a quelque chose d’irréel d’avoir devant soi trois breuvages de 1915, 1916 et 1867. Deux ont plus de cent ans et un plus de cent-cinquante ans. Ils sont associés au saint-pierre.

Le Blanc Vieux d’Arlay Jean Bourdy 1915 est un vin que je chéris dans cette année sublime. Il respire la noix et en bouche il combine densité et légèreté. Il serait impossible de lui donner un âge tant sa fluidité dépasse le temps. J’adore cette si belle et si fluide expression du vin du Jura.

Le Vin de Carcin 1916 est une complète inconnue. J’avais rencontré un collectionneur de bouteilles vides antiques qui possède dans sa maison du centre de la France un véritable musée de l’histoire des verres et bouteilles. Dans un château breton il avait acquis des dizaines de bouteilles vides antiques et avait aussi pris des bouteilles pleines dont il m’a vendu plusieurs raretés dont celle-ci. J’ai cherché sur internet et je n’ai rien trouvé qui explique vraiment ce vin. Voici ce que j’ai soutiré de la Toile : ce qu’on lit est plutôt Carcin mais ce pourrait être Larcin. Le Carcin peut être un synonyme de Quercynien. Le Larcin est un vin de Bergerac. On serait donc dans les vins de Cahors. Mais le verre de la bouteille est gravé Birmenstorfer Wein qui est un vin suisse de Birmenstorf au nord-ouest de Zürich. Ce serait alors un vin suisse.

A travers la très jolie bouteille je pouvais voir un liquide très clair. J’avais ajouté cette inconnue à notre repas, acceptant par avance que le vin soit insipide. A l’ouverture, le parfum très pur mes semblait assez proche de celui du vin du Jura de 1915. La proximité de date avait aussi joué dans mon choix mais c’est surtout l’exploration de l’inconnu qui m’animait. En bouche je suis subjugué, au point que ce vin sera celui que je mettrai en numéro un dans mon vote. Ce vin, dont je suis bien incapable de deviner la région est un vin sec, résolument sec. La piste suisse est plausible. Mais ce qui est fou, c’est qu’il a dans le finale une fraîcheur mentholée que je n’ai jamais rencontrée ainsi pour un vin blanc. Il est frais, il n’a pas d’âge, il est énigmatique et il est bon et sa fraîcheur finale sur le caviar osciètre est un moment magique. Je n’aurais rien parié sur ce vin et ce sentiment d’un goût inconnu m’enchante.

La Probable Vodka au fruit de Macédoine 1867, provenant de la cave parisienne du duc de Windsor, est incroyablement ambrée. Son goût m’évoque clairement un goût de vodka. Mais il semble qu’il s’agit d’un Slivovitz serbe qui est un schnaps à la prune. Tout le monde peut se tromper, surtout avec des alcools de cet âge. L’alcool est là, mais pas très fort. Il y a un petit peu de rêche dans le goût mais globalement cet alcool est délicieux. Il est énigmatique, complexe et virevoltant et, chose appréciable, on peut passer de l’un à l’autre des trois vins et alcools sans ressentir la moindre rupture gustative. Cette juxtaposition improbable fait partie des curiosités que j’aime susciter.

Nous fermons maintenant la porte aux plats autour du caviar pour revenir dans une partie plus conventionnelle du dîner. Le comté est excellent mais un peu sec. Il est très goûteux. Le Château Chalon Jean Bourdy 1929 est d’une noix divine mais je le trouve un peu moins puissant, un peu plus fluide que les 1929 que j’ai déjà bus de cet excellent vin.

Le Château d’Yquem 1946 est d’une magnifique couleur ambrée avec des tons presque roses.  Son nez est riche de mille complexités et doux comme des plaisirs rares. Avec le Stichelton bien crémeux l’accord est superbe. Et ce qui est confondant, c’est qu’un autre accord se trouve avec les parfaites tranches de mangue poêlées avec une trace de miel. Cet Yquem est magnifique d’accomplissement. Et son adaptabilité est remarquable. La trace en bouche de ce vin est indélébile, joyeuse et gourmande.

Le pain d’épices était envisagé avec l’Yquem mais j’ai jugé préférable que l’Yquem ne côtoie que la mangue aussi est-ce un Champagne Dom Pérignon 1978 qui clôture le repas. Il est divin, magiquement accompli. Sa sérénité et son équilibre en font un grand Dom Pérignon que j’aurais pu faire figurer dans mon vote.

Il est temps de voter et c’est bien difficile tant les vins et alcools sont différents. Ce qui me fait un immense plaisir, c’est que les onze vins ont eu au moins un vote, ce qui veut dire que chacun a été jugé digne de figurer dans les cinq premiers par au moins un convive. L’autre satisfaction c’est que six vins sur onze ont été jugés dignes d’être premier par au moins l’un des convives. L’Yquem a eu cinq votes de premier, le Blanc Vieux d’Arlay 1915 et le Dom Pérignon 1978 ont eu chacun deux votes de premier et trois vins ont eu un vote de premier, le Krug Clos du Mesnil 1985, le Vin de Carcin 1916 et la Vodka 1867. Dans mon vote si j’avais retenu la qualité pure j’aurais mis en premier le Clos du Mesnil, mais le Vin de Carcin 1916, énigme complète m’a tellement surpris que c’est lui que j’ai retenu.

Le vote du consensus est : 1 – Château d’Yquem 1946, 2 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1985, 3 – Blanc Vieux d’Arlay 1915, 4 – Probable vodka au fruit de Macédoine 1867, 5 – Vin de Carcin 1916, 6 – Champagne Dom Pérignon 1978.

Mon vote est : 1 – Vin de Carcin 1916, 2 – Château d’Yquem 1946, 3 – Champagne Krug Clos du Mesnil 1985, 4 – Eau-de-vie Kummel 1943, 5 – Probable vodka au fruit de Macédoine 1867.

Que dire de ce dîner ? La Manufacture a accepté d’accueillir un de mes dîners et a contribué à la réussite de l’expérience. Les achats de produits de haute qualité et un chef qui accepte de jouer le jeu de la simplicité pour mettre en valeur les produits purs, ce sont deux atouts majeurs. Nous n’avions pas prévu de sommelier et j’ai dû assumer ce rôle. Il faut impérativement un sommelier pour assurer le service du vin.

J’ai voulu prendre des risques avec des vins ou alcools que je ne connaissais pas, car ça me semblait faire partie de l’expérience. Nous avons eu la chance que tous les vins soient bons. Ça me donne une furieuse envie de recommencer. Je vais essayer de convaincre ceux qui auraient des démangeaisons de mêler caviar, alcools rares et grands champagnes.

Avec des convives particulièrement sympathiques et ouverts, nous avons vécu un dîner d’anthologie.  1867, 1915, 1916, 1929, 1943, 1946…. le temps n’a pas de prise sur les grands vins.

 

Le dépliant fait par la maison Kaviari

Champagne Dom Ruinart 1988

Champagne Substance Jacques Selosse dégorgé en 2013

Champagne Krug Clos du Mesnil 1985

Eau-de-vie Kummel 1943 (cadeau de Jean Hugel qui avait écrit le nom sur le dos d’une étiquette d’un vin de sa maison Hugel)

Champagne Moët & Chandon Brut Impérial 1964 (l’étiquette parfaitement conservée paraît neuve)

Blanc Vieux d’Arlay 1915 (c’est pour moi une des plus belles qui soient, par sa simplicité)

Vin de Carcin 1916 – le Carcin peut être un synonyme de Quercynien. Le Larcin est un vin de Bergerac. On serait donc dans les vins de Cahors. Mais le verre de la bouteille est gravé Birmenstorfer Wein qui est un vin suisse de Birmenstorf au nord-ouest de Zürich. Ce serait alors un vin suisse.

Probable vodka au fruit de Macédoine 1867 (provenant de la cave parisienne du duc de Windsor)

j’ai récupéré le tout petit bouchon avec une ficelle

Château Chalon Jean Bourdy 1929

Château d’Yquem 1946

Champagne Dom Pérignon 1978

les vins du repas dans ma cave

les vins du repas à  la manufacture

j’ai raté les photos des plats tant j’étais concentré sur la sommellerie et les discussions animées. J’ai oublié des plats !

les votes très disparates

les verres en fin de repas

223rd dinner is held at restaurant Le Laurent mercredi, 4 avril 2018

The 223rd wine-dinners dinner is held at the restaurant Le Laurent. It was decided in record time, a faithful of my dinners telling me that a Boston American wanted to celebrate with his associates and his councils the realization of a contract which I did not ask me say more. The wines were delivered a week ago.
When I arrive at 5 pm to open the wines, Ghislain, the sommelier-chef of the restaurant, has already arranged the bottles of dinner on a table in the order of service so that I can take the traditional photo. I really appreciate this initiative. On a nearby table everything I could need is in place. I open the bottles in the order of service and I do not have the memory of having opened so many bottles without one of them causing me problems of unfriendly odors. Today all perfumes are perfect. Will they hold, we’ll see. The Pomerol Caillou 1953 has a divine perfume of Pomerol, much richer than that of the Pétrus 1966. I swoon feeling the odor message of the Domaine Echézeaux Romanée Conti 1981 which is so characteristic of the Domaine. The 1961 Yquem seems much drier than the more botrytised Climens 1943. Now comes the opening of the last wine, not registered in the program, which I added as a gift. It is a Rota 1858, only mentions on the label written by hand. There is very little information on the web about this Andalusian wine and as the glass is opaque I do not know what type of wine it is, red, white or sweet. The cork is very strongly glued to the glass and crumbles easily. I have to curette at the beginning to be able to lift the perfect cork. I make Ghislain smell and ahead of me he says that this nose is the same as that of my 1845 Cyprus wines. These fragrances are those of a perfume, haunting, bewitching, made of pepper, licorice, spices, zest of infinite richness. And I cannot help feeling immense joy. In the cave of Ali Baba that I acquired, the Rota 1858 were unknown as were unknown bottles without labels. Knowing that this Rota 1858 is at the level of wine dearest to my heart, Cyprus 1845, can only make me happy.
We are thirteen, including three women. As the organizer of this dinner is American, the dinner is held in English, too, as almost all the guests are unknown to me and speak English, I do not know what is the proportion of Americans and French. I suppose it’s half and half.
In the entrance lounge which has the shape of a rotunda we drink the Champagne Salon Magnum 1997 on beautiful cheese gougères. This champagne is at once the ideal son-in-law, because he is insolent of charm, like George Clooney at the age of twenty, and at the same time Macronian in the sense of « and at the same time », because it combines ease of reading and complexity and it combines a vinous character with a great romanticism. He has everything for him and is at more than twenty years old in a moment of fullness.
We sit down to table. The menu prepared by Alain Pégouret is: Sea spider in its jelly juices, cream of fennel / Morels and peas wracked, juices barely creamed, garlic of the bears (ail des ours) / Piece of beef served in aiguillettes, puffed apples / Lamb of milk (agneau de lait) marinated herbs cooked in field dress, crispy of safflings and artichokes, fondue of heart of romaine / sweetbreads, black olives / Stilton / Marvelous with mango / Palm trees « Laurent ».

Champagne Ruinart Père & Fils 1955 is the only wine I tasted before the meal because pouring a glass is against the integrity of the method of slow oxygenation, which is all the more effective when we no longer touch the bottle that has just been opened. The champagne had conquered me but I had measured how much this champagne can be difficult to understand for those who are not used to old champagnes. To my surprise, all the guests enjoyed this bubble-free champagne but sparkling well present, with autumn tastes but sunny. Very rich and long in the mouth it is softened by the spider crab and shows a confusing charm. It is a very beautiful champagne generous, precise and chiselled.

Morels accompany two wines. Château Laville Haut-Brion Graves 1982 is an irresistibly young light yellow, and it is a characteristic of this wine at all ages. It is complex, playing on its ideal acidity and a beautiful character of Graves and what strikes is its full width. He is a triumphant warrior. Beside him the Kebir-Rosé Etablissements Frédéric Lung Alger # 1947 in the color of a pink tea is unknown to all but two guests who have already participated in one of my dinners at George V where I had served it. It is surprising because we have no reference. Ghislain at the opening had felt the datte in his perfume. I also feel sketches of coffee and it seems to me more in a line of white wine than rosé wine. It could be a rich and noble white Rhône. Everyone is captivated by this wine. The harmony of morels is also interesting with each wine. The Laville widens and the Kebir becomes deeper.

On the piece of beef with heavy sauce there are three bordeaux of the right bank. The Chateau Ausone 1964 is exceptional of refinement. I waited for a solid Ausone and I drink a noble and gallant Ausone, an Aramis, an Alfred de Vigny. It is a very big refined Ausone. Château Le Caillou Pomerol 1953 is the absolute definition of perfect Pomerol, even more than its more capped neighbor. He is rich, exudes the truffle, and shows an unsuspected energy. The 1966 Petrus is all about subtlety. Much less triumphant than the Caillou, he is like the Japanese calligrapher who will only be understood by initiates. His message is subtle, balanced, refined and apparently the whole table understands it. Caillou reacts well on the heavy sauce.

The Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981 has the characteristics I like, the rose and salt. I love it because it is all in suggestion. It is not a powerful wine, it is a wine that suggests notes of great intelligence. Beside him, on the suckling lamb, Château Corton Grancey Louis Latour 1964 is of an incredible serenity. It’s the perfect Burgundy wine. I drank several times this 1964 and I never met him as fulfilled and balanced. The votes will devote his brilliant performance. I ate the meat on the Corton and the salad of a beautiful bitterness on the Echézeaux because this Roman salad has exacerbated the bitterness of the 1981 in an alliance of total beauty.

The Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Aîné 1962 is an absolute balance. It is fine, refined, very Burgundian without giving up its Rhone origins. I’m in love with this wine so easy to read, like the 1997 Salon, but revealing beautiful complexities. The agreement with sweetbreads is divine.

The two sauternes will be served on two courses, stilton first and then mango dessert. The Château d’Yquem 1961 is noble and ate some of its sugar. He thus plays on his finesse and the saline stilton showcases it much more than the Château Climens Haut-Barsac 1943 with the golden mahogany robe and the blooming botrytis. While intrinsically the Climens is wider and more joyful than the Yquem it is the latter who will collect votes while the Climens will be unfairly forgotten.
Now comes in her beautiful opaque bottle with very deep bottom Rota Spanish wine 1858. The color is complex with very dark tones but also light yellow tones as a mixture unreal. The nose is incredibly invasive and in the mouth it is melted lead of happiness. There is an intense pepper, licorice, orange zest suggested. Many spices are added but it is especially its aromatic persistence which is infinite. It is a cousin of taste with Cyprus 1845, absolutely divine wine.
It is time to vote and it is difficult because I think that with so much perfection if I redo my vote in one hour I could vote differently. We vote for our five favorites. Out of 13 wines, 12 had at least one vote. Six wines had the honor of being named first. The Hermitage La Chapelle had 4 votes of first, the Corton Grancey 3 votes of first, the Echézeaux and the Rota 1858 had 2 votes of first, the Laville and the Pétrus had one vote of first.
The ranking of the consensus would be: 1 – Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 2 – Echézeaux Domaine of Romanée Conti 1981, 3 – Hermitage La Chapelle Paul Jaboulet Senior 1962, 4 – Château d’Yquem 1961, 5 – Pétrus 1966, 6 – Château Laville Haut-Brion Graves 1982.
My classification is: 1 – Rota wine from Spain 1858, 2 – Château Corton Grancey Louis Latour 1964, 3 – Château Laville Haut-Brion Graves 1982, 4 – Echézeaux Domaine de la Romanée Conti 1981, 5 – Château Ausone 1964.
When I asked the guests what was the agreement that excited them most, what was my joy to see that all the dishes were cited as being the best food and wine pairing for at least one of them. My best would be sweetbread with 1962 La Chapelle. Congratulations to chef Alain Pégouret for creating so legible dishes that they have stuck to wines. The service was perfect, Aurélien who did the service of the wines was very attentive and succeeded perfectly. Were we in a flower day or a fruit day or another day for all the wines to be presented in the most accomplished form they could have, I do not know, but this dinner was a complete success.

(pictures are on the article in French, see below)